LIVRE II — CAMILLE
La génisse traînant sa mamelle féconde,
Prodiguant à ses fils ce trésor indulgent,
A pas lents agiter sa cloche au son d'argent, 50
Promener près des eaux sa tête nonchalante,
Ou de son large flanc presser l'herbe odorante.
Le soir, lorsque plus loin s'étend l'ombre des monts,
Ma conque, rappelant mes troupeaux vagabonds,
Leur chanterait cet air si doux à ces campagnes, 55
Cet air que d'Appenzell répètent les montagnes.
Si septembre, cédant au long mois qui le suit,
Marquait de froids zéphyrs l'approche de la nuit,
Dans ses flancs colorés une luisante argile
Garderait sous mon toit un feu lent et tranquille, 60
Ou, brûlant sur la cendre à la fuite du jour,
Un mélèze odorant attendrait mon retour.
Une rustique épouse et soigneuse et zélée,
Blanche (car sous l'ombrage, au sein de la vallée,
Les fureurs du soleil n'osent les outrager), 65
V. 49. « Indulgcnl, » avec le sens latin, trésor qu'elle leur partage volontiers. V. 52. Éd. 1833 :
Ou de son flanc presser l'herbe odoriférante. V. GO. C'est le vœu de Tibulle, 1,1,5:
Me mea paupertas vitae traducat inerti, Dum meus exiguo luceat igné focus.