‹ PoésiesChapitre 256 sur 341 · LIVRE IIT — FANNY · texte numérisé non relu

LIVRE IIT — FANNY

Que n'est-ce encor ce temps et d'amour et de gloire , Qui de PoUux, d'Alceste, a gardé la mémoire, Quand un pieux échange apaisait les enfers ! Quand les trois sœurs pouvaient n'être point inflexibles, Et qu'au prix de ses jours, de leurs ciseaux terribles

On rachetait des jours plus chers ! 30

Oui, je voudrais alors qu'en effet toute prête, La Parque, aimable enfant, vhit menacer ta tête. Pour me mettre en ta place et te sauver le jour ; Voir ma trame rompue à la tienne enchaînée. Et Fanny s'avouer par moi seul fortunée, 35

Et s'applaudir de mon amour.

Ma tombe quelque jour troublerait sa pensée.

V. 26. Sur Pollitx, voyez YÉpître à Le Brun et au marquis de Braza'is, v. 93 . j4lceste, femme d'Admète, se dévoua pour sauver les jours de son mari. Voy. la belle tragédie d'Euripide, bien digne d'animer le tendre génie de Racine.

V. 34. Cette pensée a été mille fois exprimée par les poètes. Sénèque , Brevit. vitse, VIII, dit que les hommes sont ainsi toujours prêts à donner leur vie , parce que le temps n'e^t pas une chose dont on connaît et dont on pèse la valeur exacte. Mais il est juste de dire que cette pensée marque chez les poètes un instant d'exj)ansion , d'amour, d'enthousiasme, qui n'a rien de fictif, et qui honore dans le poète ou l'amant ou l'ami. Les passages où cette pensée se rencontre sont nombreux ; nous nous contenterons d'en indiquer quelques-uns. Cf. Ovide, Met. Vil, 108, et Met. X, 202 (Apollon à Hyacinthe); TibuUe, I, VI, G3 ; Pétrone, MuUerculx epitaphhtm ; Stace, SHves, m, III, 192 (Étruscus devant les cendres de son père fait aussi allusion à Alceste); Stace, Silv. V, i, 170, etc. Puis Segrais, Égl. Vil; Racine, Bérén. II, ii (Titus à Bérénice) ; et Racine encore, Idylle sur la pair, brûlant un grain d'encens aux pieds de la majesté royale :

O ciel, ô saintes destinées Qui prenez soin de ses jours florissants, Retranchez de nos ans Pour ajouter à ses années.

Noy. encore La Fontaine, Epitaphe d' Homonée (cf. Brunck, Analecta^ III, p. 310, DCCXXXll), et Parny, Poés. érot. II, IV. Molièie n'a pas manqué do mettre cette pensée dans la bouche de Tartufe, et de lui faire dire à Elmire : On ne peut trop cliérir votre chère santé, Et pour la rétablir J'aurais donné la mienne.

Quelque jour, à sa fille entre ses bras pressée, L'œil humide peut-être, en passant près de moi : « Celui-ci, dirait-elle, à qui je fus bien chère, Tut content de mourir, en songeant que ta mère N'aurait point à pleurer sur toi. »

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