‹ PoésiesChapitre 278 sur 341 · A DE PANGE AÎNÉ · texte numérisé non relu

A DE PANGE AÎNÉ

De Pange, ami chéri, jeune homme heureux et sage.

Parle, de ce matin dis-moi quel est l'ouvrage ?

Du vertueux bonheur montres-tu les chemins

A ce frère naissant dont j'ai vu que tes mains

Aiment à cultiver la charmante espérance ? 5

Ou bien vas-tu cherchant dans l'ombre et le silence,

Seul, quel encens le Gange aux flots religieux

Vit les premiers humains brûler aux pieds des dieux ?

V. '44. Dans toutes les éditions précédentes , d'après l'édition de 1819,rép!tre

continue :

Qu'il est doux, au retour de la froide saison, etc. 11 est impossible de trouver un lien entre l'épître et ce fragment. C'est probablement une des moins heunuises coutures de M. de Latouclie. Nous avons placé le fragnieut dans ÏArt d'aimer; c'est un tableau complet et plein de grâce, qui, parmi les papiers du poëte, attendait sa place définitive. L'épître telle que nous la donnons est parfaitement achevée, et dans la pensée, et dans le mouvement, et dans la contexturc de la dernière jjhrase.

VI. — Celle épilre est composée sur le plan de l'épilre d'Horace (!, iv) adressée à

Tibulle :

Albi, nostrorum scruionum raiididc judex,

Quid nunc te dicaui facere in rcjjione Pedana ? etc.

V. .'). « L'espérance de quelqu'un, » c'est-à-dire l'espérance ipu' nous donne quel- (■n'uii. Molière a dit de même dans VEcole des femmes, IV, i ; .le l'aurai fait passer clic/, moi (US sou enfance, Kt yen aurai chéri la /ilus tciiUre espérance.

A DE l'ANGE 321

Ou comment dans sa route, avec force tracée, Descartes n'a point su contenir sa pensée ? lo

Consumant ma jeunesse en un loisir plus vain. Seul, animé du leu que nous nommons divin. Qui pour moi chaque jour ne luit qu'avec l'aurore, Je rêve assis au bord de cette onde sonore Qu'au penchant d'Hélicon, pour arroser ses bois, 15

Le quadrupède ailé fit jaillir autrefois. A. nos festins d'hier un souvenir fidèle Reporte mes souhaits, me flatte, me rappelle Tes pensers, tes discours, et quelquefois les miens , L'amicale douceur de tes chers entretiens, 20

Ton honnête candeur, ta modeste science, De ton cœur presque enfant la mûre expérience. Poursuis : dans ce bel âge où, faibles nourrissons, Nous répétons à peine un maître et ses leçons. Il est beau , dans les soins d'un solitaire asile 25

(Même dans tes amours, doux, aimable, tranquille) , De savoir loin des yeux, sans faste, sans fierté,

V. 10 Allusion au système des tourbillons. V. 14. Properce, 111, m, 1 :

Visus eram molli recubans Heliconis in iiinbra BoUerophontei qiia fluit humor equi.

V. IG. " Le qiiaclrupcdc aile. » Pégase, né de Neptune el de Méduse, l'une des Gorgones {Sc/tol. Pind. Ol. Xlll, 118 ; Apollodore, II, m et iv). Il est surtout connu dans l'histoire fabuleuse de la Grèce par l'aventure héroïque de Bellérophon (Pind. supr. citât.) Dans les légendes des poètes, il est célèbre par la fontaine Hippocrèuc, qu'il fit jaillir d'un coup de sabot (Nonnus, Dionjs. XLIV, G; Ovide, Fast. V, 7) ; cette fontaine se trouvait sur l'Hélicon. La Béotie , du reste, était riche en fontaines des Muses; voy. Pline, Hist. nat. IV, vil. C'est du nom de Pégase que les Muses sont appelées Pdgasides; voy. Properce, III, I, 19. Pindare, Ol. XIII, 122 : « tTtTto? -Tspôîi; ». Régnier, Sat. IX, l'appelle « le cheval volant. » Milton, Par. perd. VII, 17 : '< The ilying steed. »

V. 24. « Nous répétons un maître. » La Fontaine, Fah. IX, xviii, a dit par une tournure semblable, fréquente du reste en poésie :

Jo vous rriconlerai Térée et son envie.

Sage pour soi, content, chercher la vérité. Va , poursuis ta carrière, et sois toujours le même ; Sois heureux, et surtout aime un ami qui t'aime. Ris de son cœur débile aux désirs condamné. De l'étude aux amours sans cesse promené, Qui, toujours approuvant ce dont il fuit l'usage, Aimera la sagesse, et ne sera point sage.

VU

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