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A BRAZAIS

Ma jeune lyre osait balbutier des vers.

Déjà même Sappho des champs de Mitylène 15

Avait daigné me suivre aux rives de la Seine.

Déjà dans les hameaux , silencieux rêveur,

Une source inquiète, un ombrage, luie fleur.

Des filets d'Arachné l'ingénieuse trame,

De doux ravissements venaient saisir mon âme. '20

Des voyageurs lointains auditeur empressé,

Sur nos tableaux savants où le monde est tracé,

Je courais avec eux du couchant à l'aurore.

Fertile en songes vains que je chéris encore,

.l'allais partout, partout bientôt accoutumé, 2.5

Aimant tous les humains, de tout le monde aimé.

Les pilotes bretons me portaient à Surate,

Les marchands de Damas me guidaient vers l'Euphrate.

Que dis-je ? dès ce temps mon cœur, mon jeune cœin'

Commençait dans l'amour à sentir un vainqueur; 3n

11 se troublait dès lors au souris d'une belle.

Qu'à sa pente première il est resté fidèle !

C'est là, c'est en aimant, que pour louer ton choix

Les Muses elles-méme adouciront ta voix.

Du sein de notre amie, oh! combien notre lyre 35

Abonde à publier sa beauté, son empire,

Ses grâces, son amour de tant d'amour payé 1

Mais quoi ! pour être heureux faut-il être envié ?

Quand même auprès de toi les yeux de ta maîtresse

N'attireraient jamais les ondes du Permesse, 40

V. 15. Allusion à l'épigramme de Sappho , qu'il traduisit en vers à seize ans. Voy. Poésies antu/ues, F.pigr. VI. — 3Iitjlè/ie (ou Mytiiène) était la patrie de Sappho et d'Alcée. Suivant d'autres, Sappho serait d'Éresse en I>esI)os; voy. Sanphtis poclr'np v'itn, Voiler.

Qu'importe? penses-tu qu'il ait perdu ses jours Celui qui, se livrant à ses chères amours, Recueilli dans sa joie, eut pour toute science De jouir en secret, fut heureux en silence ?

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