‹ PoésiesChapitre 294 sur 341 · XII. - Virgile, Géorg. III, 2C'J · texte numérisé non relu

XII. - Virgile, Géorg. III, 2C'J

nias ducit amor trans Gargara, transqnc sonaiitciii

Ascanitim; superant montes, et fltimina tianant :

Continiioqiic, avidis iibi snbdita flaiuma mcdiillis,

Vtrc inagis (quia vcic calor icilit ossibus) illa ,

()re omnes versa; ad Zcphyrum, stant rupibus .illis

l'^xceptantquc levés auras; et sa-pe sine iillis

<]on]ugiis vento gravidac (mirabl)e dictu !)

Saxa pcr et scopulos et depressas convallcs

Diffugiunt

Cette aiiti(pie croyance fui appuyée par Aristote, Hist. an. VI, 18, et Varro , de Re riisi. II, I, l'J. — \)ai\s Homère, Iliade, XVI, 150, nous voyons les coursiers d'A-

religieux, ont souvent été produits par une idée sans fondement, une rêverie, un vani (antùnie.

Comme on feint qu'au printemps d'amoureux aiguillons La cavale agitée erre clans les vallons, Et, n'ayant d'autre époux que l'air qu'elle respire, Devient épouse et mère au souffle du zéphire. >y

XIII. — « La plupart des fables furent sans doute des emblèmes et des apologues des sages (expliquer cela comme Lucrèce au livre III). C'est ainsi que l'on fit tels et tels dogmes, tels et tels dieux... mvstères... initiations. Le peuple prit au propre ce (|ui était dit au figuré. C'est ici qu'il faut traduire une belle comparaison du poëte Lucile, conservée par Lactance. [Inst. div. liv. I, cil. xxii) :

Ul piieri infantes credunt signa omnia aliéna Vivere et esse homines, sic istic omnia ficta Vera piitant...

Sur quoi le bon Lactance, qui ne pensait pas se faire son procès

cliille, Xanihe et Balie : » Toù; exsxî Zîçûfto àvé[ji.w ''ApTtuia noôâpyr,. » Kt Iliade, XX, 223, les cavales d'Erichthonius : « Tàwv xat popériç ripâatrato poffxo(i£vâwv. » yEiien, Hist. an. IV, VI, citant justement ce vers d'Homère, combat l'opinion d'Aristote, et dit que cette croyance vient de ce que les chevaux se délectent du veni , l'aspirent, s'en gonflent les naseaux, £?av£[jLwvTai.

Du reste, même parmi les anciens, plus d'un, avec Oppien {dt; Veiiut. III, 355), a dû rejeter celte croyance parmi les fables. Le Tasse, Ger. l'tb. VII, Lxxvi, s'est souvenu des vers de Virgile , quand il a voulu célébrer le cheval de Raymond. El La Fontaine, qui aimait les symboles, dit du coursier d'Adonis :

Une jument d'Ida l'engendra d'un des vents. -Vndré, se saisissant de cette même idée, la transforme en comparaison, rajeunit la pensée de cette fable antique, et reste original en imitant Virgile ; il étaye un penser nouveau sur une antique et poétique idée.

XIII. — Lucrèce dit que les fables de Tantale, de Titye, de Sisyphe, ne sont que les emblèmes des passions et des faiblesses qui agitent l'àme humaine. Voyez encore Lucrèce, IV, 597. — Corneille, dans Polyeucte, IV, VI, avait exprime cette ])ensée :

Peut-être qu'après tout ces croyances publiques

Ne sont qu'inventions de sages politiques,

Pour contenir un peuple ou bien pour l'émouvoir,

Et dessus sa faiblesse affermir leur pouvoir. Voici le passage complet de Lactance que rappelle André: " Nam Lucilius eoimn

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à lui-nièiue, ajoute, avec beaucoup de seiits, que les entants sont plus excusables que les hommes faits : Illi eniin simulncra hommes putant esse , hideos. «

XIV. — « Mais quoi ! tant de grands hommes ont cru tout cela... Avez-vous plus d'esprit, de sens, de savoir?... Non; mais voici une source d'erreur bien ordinaire : beaucoup d'hommes, invinciblement attachés aux préjugés de leur enfance, mettent leur gloire, leur piété, à prouver aux autres un système avant de se le prouver à eux-mêmes. Ils disent : Ce système, je ne veux point l'examiner pour moi. Il est vrai, il est incontestable, et, de manière ou d'autre, il faut que je le démontre. Alors, plus ils ont d'esprit, de pénétration, de savoir, plus ils sont habiles à se faire illusion, à inventer, à unir, à colorer les sophismes, à tordre et défigurer tous les faits pour en étayer leur échafaudage... Et, pour ne citer qu'un exemple et un grand exemple, il est bien clair que, dans tout ce qui regarde la métaphysique et la religion, Pascal n'a jamais suivi une autre méthode. »

Ce second chant devait renfermer, du ton lugubre d'un Pline T Ancien, le tableau des premières misères, des égarements et des anarchies de l'humanité commençante. Les déluges, qu'il s'était d'abord proposé de mettre dans le premier chant, auraient sans doute mieux trouvé leur cadre dans celui-ci :

stultitiam, qui siuuilachra deos putanl esse, deridet his veibis :

Terricolas Lamias Fauni, quas Pompiliique f

Institiiere Numae; troinit luis; hic omnia ponit.

Ut pueri infantes crediint signa omnia ahcna

Vivere et esse liomines, sic istic omnia ficta

Vera putant; credunt signis cor inesse ahenis.

Pergula pictoriim. Veri niliil : omnia ficta. .

Poeta quidem stultos homines infantibiis comparavit : at ego multo iinprudenlioies esse dico. Illi enim simulachra liomines putant esse, lii deos. lilos œtas facit putaie quod non est; hos stultitia. »

XIV. — Comme le remarque avec raison M. Sainte-Beuve, « André ne voyait Paseal que dans l'atmosphère d'alors, et, pour ainsi dire, à travers Condorcet. » Cette note d'André résume toute son époque ; le dix-huitième siècle supprimait la loi , seule route qui mène à la certitude en tout ce qui concerne la religion. Du jour où Pascal eut la foi, il eut la certitude, et son système consista à faire pa.sser dans làiiif d'autrui la foi qu'il avait dans la sienne. Mais, en allant au fond de la pensée d'Aiidié, il est visible que c'est la foi en elle-même qu'il attaciue et traite de superstition.

W. — <- Peindre les (hflerents déluges qui dcli iiisireiit toul... La mer Caspienne, lac Aral et mer Noire réunis... réruplion par l'Hellespont... Les hommes se sauvèrent au sommet des montagnes :

Et vêtus inventa est in niontibus anchora sumrais.

(Ovide, Met. llv. XV, 265.)

La ville cV Jncyre fut fondée sur une montagne où l'on trouva une ancfe. »

A- V L — Il voulait peindre les avitels de pierre, aloi'S posés au bord de la mer, et qui se trouvent aujourd'hui au-dessus de son niveau , les membres des grands animaux primitifs ei'rant au gré des ondes, et leurs os déposés en amas immenses sur les côtes des continents. 11 ne voyait dans les pagodes souterraines, d'après le voyageur Sonnerat , que les habitacles des Septentrionaux qui arrivaient dans le Midi et fuyaient, sous terre, les fureurs du soleil. Il eût expliqué , par quelque chose d'analogue peut-être, la base impie de la religion des Éthiopiens et le vœu présumé de son fondateur :

« Il croit (aveugle erreur!) que de l'ingratitude Un peuple tout entier peut se faire une étude, L'établir poin- son culte, et de dieux bienfaisants Blasphémer de concert les augustes présents. »

XVII. — A ces époques de tâtonnements et de délire, avant la vraie civilisation trouvée, que de vies humaines en pure perte dépensées ! « Que de générations Tune sur l'autre entassées, dont l'amas

Sur les temps écoulés invisible et flottant

A tracé dans cette onde tm sillon d'un instant ! »

XV. — Les différents déluges auxquels André lail allusion sont, d'abord le déluge universel de la Bible [Genèse, VII, II), ensuite les déluges connus des anciens, tels que ceux d'Ogygès, de Deucalion, de Dardanus. Voy. Nonnus, Dionjs. III, 204; Ovide, Met. I ; Clément d'Alex. Strom. I, p. 235.

XVI. — Le fait relatif à la religion des Éthiopiens, dont parle André, est relaté dans Diodore, III, IX. Quelques peuplades éthiopiennes ne reconnaissaient pas de dieu; lorsque le soleil se levait, comme s'il était leur plus cruel ennemi, ils se retiraient dans les marais en blasphémant.

X\lll. — Mais le poëte veut sortir de ces ténèbres, il en veut tirer l'humanité. Et ici se serait placée probablement son étude de l'homme, l'analyse des sens et des passions, la connaissance approfondie de notre être, tout le parti enHn qu'en pourront tirer bientôt les habiles etles sages. Dans l'explication du mécanisme de l'esprit humain gît l'esprit des lois. André, pour l'analyse des sens, rivalisant avec le livre IV de Lucrèce, eût été le disciple exact de Locke, de Condillacet de Bonnet: ses notes, à cet égard, ne laissent aucun doute. Il eût insisté sur les langues, sur les mots :

« Rapides protées (dit-il) , ils revêtent la teinture dv tous nos sentiments. Ils dissèquent et étalent toutes les moindres de nos pensées, comme un prisme fait les couleurs. »

XIX. — Mais les beautés d'idées ici se multiplient; le moraliste profond se déclare et se termine en poëte :

'< Les mêmes passions généiales forment la constitution générale des hommes. Mais les passions , modifiées par la constitution particulière des individus, et prenant le cours que leur indique une éducation vicieuse ou autre, produisent le crime ou la vertu, la lumière ou la nuit. Ce sont mêmes plantes qui nourrissent rabeille ou la vipère; dans Func elles font du miel, dans l'autre du poison. Un vase corrompu aigrit la plus douce liqueur. "

XX. — « L'élude du cœur de riioinmc est notre plus digne étude :

\ssis ail contre obscur de cette foret sombre Qui fuit et se partage en des routes sans nombre, Chacune autour de nous s'ouvre : et de toute part

XIX. — La comparaison du vase corrompu est de Liicrcrc, VI, Ki :

liitellexit, ibi vitium vas cfliccre ipsum, Omninque illiiis vitio cornimpier intus, etc.

XX. — (ïelle belle image rappelle Maiiilius, ^str. IV, :!()1 :

.Sic altis natura inanet lonscpta ti-nebiis,

Et vcniin in caeco est, niiiltaqiie arabaginK niinii. Dans .\ndré, le philosoplie est assis au centre; dans Maniliiis, c'est la Vérité ellemême, (^.ette loi et sombre, n'esl-ce pas la foret même de la vie an centre de laquelle Perse, Sal. V, .'î''», place l'homme irrésolu:' — Cl'. Hoilcau, Snt, IV.

^ons y pouvons an loin plonger un long rogard. »

Belle image que celle du philosophe ainsi dans l'ombre, au carrefour du labyrinthe, comprenant tout, immobile ! Mais le poëte n'est pas immobile longtemps.

XXI. — n En poursuivant dans toutes les actions humaines les causes que j'y ai assignées, souvent je perds le fil, mais je le retrouve :

Ainsi clans les sentiers d'une foret naissante,

A grands cris élancée, une meute pressante,

Aux vestiges connus dans les zéphyrs errants,

D'un agile chevreuil suit les pas odorants.

L'animal, pour tromper leur course suspendue, 5

Bondit, s'écarte, fuit, et la trace est perdue.

Furieux, de ses pas cachés dans ces déserts,

Leur narine inquiète interroge les airs.

Par qui bientôt frappés de sa trace nouvelle,

Ils volent à grands cris sur sa route fidèle. » 10

XXIL — La pensée suivante, pour le ton, fait songer à Pascal; la brusquerie du début nous représente assez bien André en personne , causant :

« L'homme juge toujours les choses par les rapports qu'elles ont avec lui. C'est béte. Le jeune homme se perd dans un tas de

XXI. — C'est, plus développée, la comparaison de Lucrèce, !, 'lOS:

Namque canes ut raontivagae perssepe ferai

Naribus inveniiiiit intectas fronde quieles,

Cum semel institerunt vestigia certa viaï :

Sic alid ex alio par te tute ipse videra

Talibus in rébus poteris, csecasque latebras

Insinuare omncis, et verum protrahere inde. V. 3. « Aux vestiges connus, n C'est l'expression de Virgile, Enéide, Vil, 480 :

Et nnto nares contingit odore.

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