‹ PoésiesChapitre 295 sur 341 · XXII. - Lucrèce, II · texte numérisé non relu

XXII. - Lucrèce, II

Quippe videlicet vivos existere vermeis Stcrcore de tetro, putrorem cum sibi nacta "st Intcmpestivis ex imbribus huniida telliis ;

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projets comme s'il devait vivre mille ans. Le vieillard qui a usé la vie est inquiet et triste. Son importune envie ne voudrait pas que la jeunesse Fusât à son tour. Il crie : Tout est vanité! — Oui, tout est vain sans doute , et cette manie , cette inquiétude, cette fausse philosophie, venue malgré toi lorsque tu ne peux plus remuer, est plus vaine encore que tout le reste.

« La terre est éternellement en mouvement. Chaque chose naît, meurt et se dissout. Cette particule de terre a été du fumier, elle devient un trône, et, qui plus est, un roi. « Le monde est une branloire perpétuelle, » dit Monlaigne (à cette occasion, les conquérants , les bouleversements successifs des invasions , des conquêtes, d'ici, de là...). Les hommes ne font attention à ce roulis perpétuel que quand ils en sont les victimes: il est pourtant toujours. L'homme ne juge les choses que dans le rapport qu'elles ont avec lui. Affecté de telle manière, il appelle un accident un bien: affecté de telle autre manière, il l'appellera un mal. La chose est pourtant la même, et rien n'a changé que lui...

Et si le bien existe, il doit seul exister. »

XXIIL — Le poète se proposait de clore le morceau des sens par le développement de cette idée :

"Si quelques individus, quelques générations, quelques peu-

Praelerea riinctas itidein rcs verterc sese.

V'ertunt se fluvii, frondes, et pabiila Ireta

In peciides : vertiint pecurtes in corpora nostra

Naturam, et nostro de corporc saepe ferarum

Aiigescuiit vires, et corpora pennipntentnni. Mais la pensée d'André rappelle Shakspeare, Haml. V, I. — Le mol qu'André cite de Monlaigne est au livre III, chap. Il ; mais, pour la pensée, voyez Montaigne, II, xii. Quant à l'existence absolue du bien, [André Chenier rentrerait ici dans le système de l'optimisme de Pope, s'il faisait intervenir Dieu; mais, comme il s'en al)stient absolu ment, il faut convenir ([ue cette morale va plutôt à l'éthitiue de Spinosa , de même (|ue sa physiologie corpusculaire allait à la philosophie zoologifpie de Lamark. Sai!ntk-Heuve.]

XXIII. — L'image qui termine la pensé»; d'André est de Perse, Sai. V, I5i) :

Vani liictala canis nndiini abrupit ; atlainen ilti,

Qiinm fugit, a collo trahihir pars lonfja ratensr. Kaciue n'y songeait-il pas, quand Oreste dit, dans A/i(iioma<juc, 1, i :

Et tu m'as vu depuis

J'iaiiicr lie mers en mers 71x1 chiiine et mes ennuis?

pies, donnent dans un wce ou dans une erreur, cela n'empêclie que Tànie et le jugement du genre humain tout entier ne soient portés à la vertu et à la vérité, comme le bois d'un arc , quoique courbé et plié un moment , n'en a pas moins un désir invincible d être droit, et ne s en redresse pas moins dès qu'il le peut. Pourtant, quand une longue habitude l'a tenu courbé, il ne se redresse plus; cela fournit un autre emblème :

Et traîne

Encore après ses pas la moitié de sa chaîne. »

Le troisième chant devait embrasser la poUtique et la religion utile qui en dépend, la constitution des sociétés, la civilisation enfin, sous l'inlluence des illustres sages, des Orphée, des Numa, auxquels le poëte assimilait Moïse. Les fragments de l'Hermès (voir p. 350) se rapportent plus particulièrement à ce chant final.

XXIV, — « Chaque individu dans l'état sauvage est un tout indépendant; dans l'état de société, il est partie du tout, il vit de la vie commune. Ainsi, dans le chaos des poètes, chaque germe, chaque élément est seul et n'obéit qu'à son poids; mais, quand tout cela est arrangé, chacun est un tout à part , et en même temps une partie du grand tout. Chaque monde roule sur luimême et roule aussi autour du centre. Tous ont leurs lois à part, et toutes ces lois diverses tendent à une loi commune et forment l'univers. . . »

Mais ces soleils assis dans leur centre brillant,

Et chacun roi d'un monde autour de lui roulant,

Xe gardent point eux-méme une immobile place :

Chacun avec son monde emporté dans l'espace,

Ils cheminent eux-mème : un invincible poids 5

Les courbe sous le joug d'infatigables lois,

Dont le pouvoir sacré, nécessaire, inflexible,

Leur fait poursuivre à tous lui centre irrésistible.

XXV. — C'était une bien grande idée à André que de consacrer «insi ce troisième chant à la description de l'ordre dans la société d'à-

bord, puis à l'exposé de l'ordre dans le système du monde, qui devenait l'idéal rélléchissant et suprême. 11 établit volontiers ses comparaisons d'un ordre à l'autre :

« On peut comparer (se dit-il) les âges instruits et savants, qui éclairent ceux qui viennent après, à la queue étincelante des comètes. »

XXYI. — H se promettait encore de « comparer les premiers hommes civilisés, qui vont civiliser leurs frères sauvages, aux éléphants privés qu'on envoie apprivoiser les farouches; et par (juels moyens ces derniers. »

XXVII. — Le poëte, pour compléter ses tableaux, aurait parlé pro pliétiquement de la découverte du nouveau monde :

« O destins, hàtez-vous d'amener ce grand jour qui... qui... , mais non, destins, éloignez ce jour funeste, et, s il se peut, qu'il n'arrive jamais ! >•

Et il aurait Métri les horreurs qui suivirent la con(juéte. Il n'aurait pas moins présagé Gama , et triomphé avec lui dos périls amoncelés <pie lui opposa en vain

Des deniiei's Africains le cap noir de tempêtes!

XXVI. — [Hasard charmant ! L'auteur du Génit' du christianisme a rempli comme ;i plaisir la comparaison <lcsirée, lorsqu'il nous a montré les missionnaires du Par;iguay remontant les lleuves en pirogues, avec les nouveaux catéchumènes qui ciiaiitaient de saints cantiques: .< Les néophytes répétaient les airs, dit-il, comme des oiseaux privés chantent pour attirer dans les rets de l'oiseleur les oiseaux sauvages. » Saintk- Bkuvk.]

XXVII. — " Des t/cr/ticrs Africains. » [Latinisme. Virgile, Enéitic, XII, 'ÀVi '. » Uliinia Tliraca » ; Horace, Odes, II, xvili : « Ultima AlVica ; » et Odes, I, XXXVI : » Ultinia Hesperia. » Claudien, Contre Hufin, H, 1 i8 : « Qnidquid regat uliima Tethys. » J.-B. Rousseau, Ode au prince de Vendôme, imitant Horace : » Juscpi'à la dernière Hespérie. >■ Voltaire a dit même en prose : « Il étendit ses soins juscpie sur cette partie du genre humain (|u'on achète chez les derniers Africains. » Bois-

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