‹ PoésiesChapitre 297 sur 341 · J68 FORMES · texte numérisé non relu

J68 FORMES

Mais la vérité seule est une, est éternelle ; 25

Le mensonge varie, et l'homme trop fidèle

Change avec lui : pour lui les humains sont constants,

Et roulent de mensonge en mensonge flottants. . .

Mais quand le temps aura précipité dans l'abîme ce qui est aujourd'hui sur le faîte, et que plusieurs siècles se seront écoulés l'un sur l'autre clans l'oubli, avec tout l'attirail des préjugés qui appartiennent à chacun d'eux, pour faire place à des siècles nouveaux et à des erreurs nouvelles

Le français ne sera dans ce monde nouveau

Qu'une écriture antique et non plus un langage ; 30

Oh ! si tu vis encore, alors peut-être un sage,

Près d'une lampe assis, dans l'étude plongé,

Te retrouvant poudreux, obscur, demi-rongé,

V^oudra creuser le sens de tes lignes pensantes :

Il verra si du moins tes feuilles innocentes 35

Méritaient ces rumeurs, ces tempêtes, ces cris

Qui vont sur toi, sans doute, éclater dans Paris;...

alors, peut-être... on verra si... et si, en écrivant, j'ai connu d'autre passion

Que l'amour des humains et de la vérité !

V. 31. Ronsard, dans la pièce citée à la page précédente, suit le destin de son livre jusque dans l'avenir; mais, il tant le dire, il y a dans la pensée de Honsaiil pins d'orgueil que de grandeur ;

Ouelqu'iin après mil ans, de mes vers estonné,

Voudra dedans mon I-oir comme en Permcsse boire.

};t, voyant mon pays, à peine voudra croire

Que d'un si pelit champ tel pointe soit né. Certes Ronsard est poète; mais André (îliénier est, de pins, philosophe et moraliste. V. 38. [Ce vers linal, (pii est toute la devise, un peu i'asineuse, de la philosophie (lu (lix-liuitième siècle, exprime aussi l'entière inspiration de Yllerniès. Saintk- Hkiivk.I

Magellan, fils du Tage, et Drake et Bougain ville

Et l'Anglais dont Neptune aux plus lointains climats

Reconnaissait la voile et respectait les pas.

Le Cancer sous les feux de son brûlant tropique

L'attire entre l'Asie et la vaste Amérique, 5

En des ports où jadis il entra le premier.

Là l'insulaire ardent, jadis hospitalier,

L'environne : il périt. Sa grande âme indignée.

Sur les flots, son domaine, à jamais promenée,

D'ouragans ténébreux bat le sinistre bord lo

Où son nom, ses vertus, n'ont point fléchi la mort.

Fragments. — I. Ce fragment, dont les onze premiers vers sont inédits, a été rectifié sur le manuscrit, que nous devons à M. Emile Deschamps, et (|ui ne poi-te aucun titre. C'est une énumération des plus célèbres navigateurs. Peut-être ce fragment appartenait-il à V Hermès, peut-être aussi témoigne-t-il d'un Poème sur l'Amérique. 11 fut composé à la fin de 1793 ou au commencement de 179'i, six ans après les dernières nouvelles qu'on reçut de LaPeyrouse, en 1788 (voy. v. 16).

V. 2. Cook, qui péril dans une des îles Sandwich, sous les coups des insulaires, qui l'avaient reçu amicalement lors de son premier voyage.

V. 9. L'àme de Cook , j-wr /fi- flots, son domaine, à jamais promenée, rappelle l'ombre errante de Polydore, an début de YHécube d'Euripide.

J'accuserai les vents et cette mer jalouse

Qui retient, qui peut-être a ravi La Peyrouse.

Il partit. L'amitié, les sciences, l'amour

Et la gloire française imploraient son retour. îi

Six ans sont écoulés sans que la renommée

De son trépas au moins soit encore informée.

Malheureux ! un rocher inconnu sous les eaux

A-t-il, hrisant les flancs de tes hardis vaisseaux,

Dispersé ta dépouille au sein du gouffre immense? 20

Ou, le nombre et la fraude opprimant ta vaillance,

Nu, captif, désarmé, du sauvage inhumain

As-tu vu s'apprêter l'exécrable festin?

Ou plutôt dans une île, assis sur le rivage,

Attends-tu ton ami voguant de plage en plage; 2.'»

Ton ami qui partout, jusqu'aux bornes des mers

Où d'éternelles nuits et d'éternels hivers

Font plier notre globe entre deux monts de glace,

Aux flots de l'Océan court demander ta trace?

Malheureux! tes amis, souvent dans leurs banquets, 30

Disent en soupirant : « Reviendra-t-il jamais ? »

Ta femme à son espoir, à ses vœux enchaînée,

Doutant de son veuvage ou de son hyménée.

N'entend, ne voit que toi dans ses chastes douleurs,

Se reproche un sourire, et, tout entière aux pleurs, s.'i

(Cherche en son lit désert, peuplé de ton image ,

Un pénible sommeil que trouble ton naufrage.

V. Hi. Toutes les éditions, par suite d'une lecture inattcntive (le M. lie Latouclie

Dix ans sont écoulés sans que la rcnoramét;. V. ?.S. D'KntrerasIeaiix, (jui était p.uli eu 17!tl à la recherche de La Peyrouse.

Un Inca, racontant la conquête du Mexique par les Espagnols, t[ue le peuple prenait pour des dieux, s'ex[)rinie ainsi :

I^our moi, je les crois fils de ces dieux malfaisants

Pour qui nos maux, nos pleurs, sont le plus doux encens.

Loin d'être dieux eux-même, ils sont tels que nous sommes,

Vieux, malades, mortels. Mais, s'ils étaient des hommes,

Quel germe dans leur cœur peut avoir entante

Un tel excès de rage et de férocité ?

Chez eux peut-être aussi qu'une avare nature

IN 'a point voulu nourrir cette race parjure.

Le cacao sans doute et ses glands onctueux

Dédaignent d'habiter leurs bois infructueux. lo

Leur soleil ne sait point sur leurs arbres profanes

Mûrir le doux coco, les mielleuses bananes.

Leurs champs du beau maïs ignorent la moisson,

La mangue leur refuse une douce boisson.

D'herbages venimeux leurs terres sont couvertes. i '»

Noires d'affreux poissons, leurs rivières désertes

N'offrent à leurs filets nulle proie, et leurs traits

Ne trouvent point d'oiseaux dans leurs sombres forêts.

II. — Ce fragment appartenait sans doute à un Poème sur la conquête du Pérou, dont FayoUe dit avoir vu le plan dans les manuscrits d'André. Peut-être André se fùt-il souvenu d'un passage de Valérius Flacons, Àrg. I, 598, où Borée s'écrie : Pangcca quod ab arce nefas, ait, jEo\e, vidi ! Giaia novam ferro molem commenta juventus Pergit, et ingenti gaudens domat seqiiora vélo. V. 3. Cette pensée est imitée de Malherbe, dans sa paraphrase du Psaume CXLV : Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont ce que nous sommes. Véritablement hommes, Et meurent comme nous.

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