ÉPILOGUE
O mon fils^ mon Hennés, ma plus belle espérance,
O fruit des longs travaux de ma persévérance,
Toi, l'objet le plus cher des veilles de dix ans,
Qui m'as coûté des soins et si doux et si lents ;
Confident de ma joie et remède à mes peines ; 5
Sur les lointaines mers, sur les terres lointaines,
Compagnon bien-aimé de mes pas incertains,
O mon fils, aujourd'hui quels seront tes destins?
Une mère longtemps se cache ses alarmes ;
Elle-même à son fils veut attacher ses armes: lo
Mais, quand il faut partir, ses bras, ses faibles bras,
iNe peuvent sans terreur l'envoyer aux combats.
Dans la France, pour toi, que faut-il que j'espère?
Jadis, enfant chéri, dans la maison d'un père
Qui te regardait naître et grandir sous ses yeux, 15
Tu pouvais sans péril, disciple curieux.
Sur tout ce qui frappait ton enfance attentive
Donner un libre essor à ta langue naïve.
Plus de père aujourd'hui! le mensonge est puissant,
Il règne : dans ses mains luit un fer menaçant. 20
De la vérité sainte il déteste l'approche ;
Il craint que son regard ne lui ftisse un reproche ;
Que ses traits, sa candeur, sa voix, son souvenir.
Tout mensonge qu'il est, ne le fasse pâlir.
V. I. Ronsard aussi, Am. II, Elég. à son livre, s'adresse avec inquiétude à son livre au moment de s'en séparer :
Mon fils , si tu sçavois cl- qu'on dira de toy, Tu ne voudrois jamais déloger de clicz raoy ; etc.