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CHANT VI

Mais les liomnies se plaindraient du ciel, si le crime opprimait toujours l'innocence. L'Eternel était content de l'épreuve. Il appela l'ange tout de feu qui anime les prophètes (i).

« Va, lui dit-il, trouver le jeime Daniel,

Et révèle-lui la vérité. Qu'il parle et qu'il punisse. » Le jeune Daniel, mêlé dans la foule du peuple, s'était levé sur ses pieds pour voir la condamnée. «Non, s'était-il dit à lui-même, cette physionomie n'est point celle d'une femme coupable... » 11 s'était élancé hors de la foule en criant (2) : « Peuple , je suis innocent du meurtre que vous allez commettre. » Tout à coup l'esprit divin descendit sur lui, éclaira ses yeux, le fil lire dans les âmes, à travers le voile de chair et d'os qui les couvre. Il vit avec ravissement l'état de pureté de l'âme de Suzanne. Il frémit en voyant celle des vieillards, noire d'imposture et de vices, semblable au lac Asphaltite.

« Arrêtez, arrêtez! insensés que vous êtes! ...

s'écria-t-il. Vous êtes dupes de scélérats!... Suzanne est innocente ! . . . — Suzanne est innocente ! cria le peuple avec transport. Vive le jeune prophète qui venge la vertu opprimée!. .. » Ils s'assemblent... " Enfant prophète de Dieu, dit le peuple, interrogeles toi-même... » Il se lève... « Qu'on les sépare (3)... Eli bien!

(1) Daniel, XIII, V : « Exaiulivil aiitein Doinimis vocem l'jus. (luniquo diicen'lui' ;i(l inorlciu, suscilavil Uouiiuus spiritum sanctum jiiieri jiinioris, ciijus iionien Daniel. »

(2) Ihid. : « Et exclainavit voce magna ; Muiiclus ego siun a sanguine hiijus. »

(3) Daniel, XIII, VI, lA : <> El di\il €iil eos Daniel : Separate illos ah inviceni procul, et (lijndicabo eos. Cum ergo divisi essent alter ab altero, vocavit unuui de eis, et dixitad eum : Nunc ergo si vidisli eam, die sn!) (|ua arbore videris eos colloquentes

toi,... race méchante et maudite, dis-nous sous quel arbre P.. . — Sous un chêne...

— Sous un chêne ! \ a ! fuis ! ton mensonge exéci'able Demeure suspendu sur ta tète coupable.

Voilà comme vous jugiez le peuple ! Qu'on fasse entrer l'autre. — Eh bien ! scélérat! dis-nous sous quel aibrei'... — Jeune enfant, quel es-lu ? que veux-tu ? quel droit as-tu d'interroger les vieillards?... — Parle, parle, imposteur. Ce n'est point moi qui t'interroge; c'est tout le peuple; c'est Dieu qui tient son glaive tout prêt...

Tremble, ton heure vient. Réponds, dis quel ombrage ?. . .

— Réponds, s'écrie le peuple... - Il se déconcerte un instant; mais il se relève, essaye au calme...

son front dur et pervers.

Il rassure sa voix, il commence, il s'arrête :

« Un sycomore épais... — Vengeance sur ta tête.

Vil imposteur ! . .

Voilà comme vous jugiez le peuple!.. La beauté vous séduisait !.. » On les lapide (i) ; et le peuple en triomphe ramène à Joachim son épouse, qui, donnant la main à sa jeune sœur, l'aborde avec un sourire.

sibi. Qui ait : Sul) schiiio. bi.xilautem Daniel : Recte meiilitus es in caput tiiiiin

Et, amoto eo, jussit veuire aliura, et dixit ei : Semen Chauaan, et non Juda , species decepit te, et concupiscentia subvertit cor tuum. Nunc ei go die niihi sub qua arbore comprehenderis eos loqueutes sibi. Qui ait : Sub prino. Dixit autem ei Daniel : Recte meutitus es et tu in caput tuum. »

(1) On les lapide comme faux témoins (^Daniel, XIII, vi ; Dciitcr. XIX, u).

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