‹ PoésiesChapitre 305 sur 341 · VI. — V. i). Ed. 182G cl · texte numérisé non relu

VI. — V. i). Ed. 182G cl

Mais souvent malgré toi, sans tiel et sans injiiir. V. 18. Segrais, ^//i«, III, s'adressant à l'Amour :

Il faut être appelé dans tes secrets mysièrcs,

Pour pouvoir exprimer ces aimables colèns.

Ces invitants refus, ces démêles charmants,

Ces transports désirés, ces doux empressements.

Et ces rudes combats dont les plus fortes arrars

Sont les soumissions, les soupirs et les iarnics. V. 24. Ce Irait est imité de Pétrone, Satjr. CXXVIII : » Haimil deiiuii- lareiili spéculum, et, |)()sl(|iiai)) ornnes vultus teiilavil, (fiiox solct i/tlcr amti/itcs ri.uis fraitfrerc ...»

Le courroux d'un amant n'est point inexorable.

Ah ! si tu la voyais, cette belle coupable,

Kougir et s'accuser, et se justifier,

Sans implorer sa grâce et sans s'humilier,

Pourtant de l'obtenir doucement inquiète, 5

Et, les cheveux épars, immobile, muette.

Les bras, la gorge nus, en un mol abandon.

Tourner sur toi des yeux qui demandent pardon !

Crois qu'abjurant soudain le reproche farouche,

Tes baisers porteraient son pardon sur sa bouche. lo

VJll

Qu'il est doux, au retour de la froide saison, . Jusqu'au printemps nouveau regagnant la maison, De la voir devant vous accourir au passage. Ses cheveux en désordre épars sur son visage! Son oreille de loin a reconnu vos pas : Elle vole, et s'écrie, et tombe dans vos bras ;

VII. — Ce fragment faisait partie des Frag. d'élégies , dans les autres éditions.

VIII. — Nous avons détaché ce fragment de VEpùre V avec laquelle il n'avait

aucun rapport. — Segrais, £gl. III, a tracé un tableau semblable :

0 (lieux ! que de plaisir, si. quand j'arriverai,

Elle me voit plus tôt que Je ne la verrai ;

Et du haut du coteau (|ui découvre ma route.

En s'ccriant : C'est lui I c'est lui-même, sans doute I

Pour descendre en la rive elle ne fait qu'un pas.

Vient Jusqu'à moi peut-être ; et, me tendant les bras.

M'accorde un doux baiser de sa bouche adorable.

Et sur vous appuyée et respirant à peine,

A son foyer secret loin des yeux vous entraîne.

Là, mille questions qui vous coupent la voix,

Doux reproches, baisers, se pressent à la fois. lo

La table entre vous deux à la hâte est servie :

L'œil humide de joie, au banquet elle oublie

Et les mets et la table, et se nourrit en paix

Du plaisir de vous voir, de contempler vos traits.

Sa bouche ne dit lien , mais ses yeux, mais son âme, I5

Vous parlent ; et bientôt des caresses de flamme

Vous mènent à ce lit qui se plaignait de vous.

C'est là qu'elle s'informe avec un soin jaloux

Si beaucoup de plaisirs, surtout si quelque belle

Habitait la contrée où vous étiez loin d'elle. 20

Quand Junon sur l'Ida plut au maître du monde, Nous l'avait tenue au cristal de son onde,

IX. — V. 1. Le délnit de ce fragment est inspiré de Pétrone, Sat. CXXVII :

Idaeo quales fudit de vertice flores

Terra parens, cum se confesso junxit amori

Jupiter, et toto concepit pcctore flammas ;

F.micuere rosse, violaeque

V. 2. Quand dans Homère, Iliade, XIV, Jiinon veut séduire .lupiter, après s'être parée de la ceinture de Vénus , elle descend de l'Olympe, traverse la l'iérie , l'Émaihie, la Thrace, arrive à Lemnos, d'où elle repart avec le Sommeil pour aborder directement au pied de l'Ida ; elle ne va pas en Cilicie, et ce n'est (pie métaphoricpiement qu'André dit que Noiis l'avait tenue au cristal de son onde. C'est une concision, une ruse prodigieuse (trop peut-être!) de son art savant. Un mol seul exj)rime tout l'artifice de toilette de Junon, et voici comment il faut comprendre la pensée d'André. Quand .luuon sur l'Ida plut au maître du monde , elle s'était plongée dans d«'s Ilots d'une huile divine, qui avaient eu sur elle des efl'ets qu'il compare dans sa

Et sur sa peau vermeille une savante main Fit distiller la rose et les flots de jasmin. Cultivez vos attraits : la plus belle nature 5

Veut les soins délicats d'une aimable culture. Mais si l'usage est doux, l'abus est odieux. Des parfums entassés l'amas fastidieux, De la triste laideur trop impuissantes armes, Â d'indignes soupçons exposeraient vos charmes. lO

Que dans vos vêtements le goût seul consulté ^ étale qu'élégance et que simplicité.

L'or ni les diamants n'embellissent les belles ; Le goût est leur richesse ; et, tout-puissant comme elles, Il sait créer de rien leurs plus beaux ornements ; 15

Et tout est sous ses doigts l'or et les diamants, .l'aime un sein qui palpite et soulève une gaze. L heureuse volupté se plaît, dans son extase,

pensée à ceux du Noiis (Nûs) ; car, selon ce que dit Pline, Hist. nat. XXXI, li : « In Cilicia apud oppidum Crescum rivus fluit Nûs, ex quo bibentium subtiliores sensiis fieri M. Varro tradit. " Quant au mot Nous en lui-même, qu'André fait de deux syllabes : [Un fleuve d'Arcadie dans Pausanias, VIII, xxxviii, est appelé Noù;; le Nil a aussi été désigné par ce nom ; mais le mot Noûç, nom de fleuve, est une diplithongue dont les voyelles ne se séparent pas. Noû;, avec la diphtbongue séparable et s'écrivant N6o;, signifie l'intelligence, et pourrait en français s'écrire Nous. Quant au fleuve de Cilicie, Pline écrit son nom latinisé, non fàsNoùs, mais A^us. Boissonade.] C'est la mesure du vers qui a exigé cette licence d'orthograpbe.

V. 7 et suiv. Dans le passage qui suit, André développe la même pensée que Properce, I, II :

Quid juvat ornato proccdere, vita, capillo.

Et tenues Coa veste movere sinus?

Aut quid Orontea crines perfundere myrrha,

Teque peregrinis vendere muneribus; Naturseque decus mercato perdere cultu,

IVec sinere in propriis membra nitere bonis ? Crede mihi, non ulla tuse est medicina Dgurae :

Nudus amor forma non amat artificem.

Cf. Ovide, ^rt d'aimer, III, 129.

Et comme le dit encore Pétrone dans un fragment :

Neglectira mihi qux se corail aniica,

Hxc et inoinata simplicitate valet.

A fouler mollement ces habits radieux

Que déploie au Cathay le ver industrieux, 20

Le coton mol et souple, en une trame habile,

Sur les bords indiens, pour vous prépare et fde

Ce tissu transparent, ce réseau de Vulcain,

Qui, perfide et propice à l'amant incertain.

Lui semble un voile d'air, un nuage liquide, 25

Où Vénus se dérobe et fuit son œil avide.

Mais surtout sans les yeux quels plaisirs sont parfaits ?

Laissez près d'une couche ainsi voluptueuse

Veiller, discret témoin, la cire lumineuse.

Elle a tout vu la nuit, elle a tout épié ;

Dès que le jour paraît, elle a tout oublié. 5

V. 23. " Ce reseau de Vulcain; « tissu lin conunc imc toile d'araignée; voyez Y Aveugle, 198.

Page 1