‹ PoésiesChapitre 327 sur 341 · ANTISTROPHE II · texte numérisé non relu

ANTISTROPHE II

Dès lors l'étranger étonné Se tait avec respect devant leur sceptre immense ;

Leur peuple à leurs pieds enchaîné,

Vantant jusques à leur clémence.

Nous voue à la risée^ à l'opprobre, aux tourments, Nous, de la vertu libre indomptables amants. Humains, lâche troupeau. .. Mais qu'importent au sage

Votre blâme, votre suffrage, Votre encens, vos poignards, et de flux en reflux

Vos passions précipitées ?

V. 44. Cette strophe est d'une graiule beauté; elle développe la pensée exprimée dans ces vers de Lucain, VII, 487 :

Rapit omnia casiis;

Alqiie inccrta facit, qiios vult, Forluna noccntes. Qui ne sait par cœur ce passage de Corneille, Mort de Pompée, III, Il :

Gr.iccsà ma victoire, on me rend des hommages

Où ma fuite eût reçu toutes sortes d'outrages :

Au vainqueur, non à moi, vous faites tout l'iionncur;

Si César en jouit, ce n'est que par bonheur.

Amitié dangereuse et redoutable zèle.

Que règle la Fortune et qui tourne avec elle I Dans la même pièce ( I, m), lorsque Cléopàtre appelle Pompée, im grand homme, Ploléniée répond :

Au sortir de Pliarsale est-ce ainsi qu'on le nomme? Et, pour citer encore le grand Corneille, Mort de Pompée, I, i :

Seigneur, quand par le fer les choses sont vidées,

I,a justice et le droit sont de vaines idt'cs. Dans son Dictionnaire philosophique , art. Théodose , Voltaire s'écrie : n Malheur aux vaincus; héiiis soient les victorieux! voilà la devise du genre humain. •• V. ,')0. •■ Sceptre immense, » puissant, r iniiiii' immeiisiis eu latiu.

Il nous faut tous mourir. A. sa vie ajoutées, Au prix du déshonneur, quelques heures de plus oo

Lui sembleraient trop achetées.

EPODE II

Lui, grands dieux ! courtisan menteur, De sa raison céleste abandonner le faîte,

Pour descendre à votre hauteur !

En lui-même affermi, comme l'antique athlète, 65

Sur le sol où son pied s'arrête, U reste inébranlable à tout effort mortel, Et laisse avec dédain ce vulgaire imbécile.

Toujours turbulent et servile.

Flotter de maître en maître et d'autel en autel.

Un vulgaire assassin va chercher les ténèbres :

Il nie, il jure sur l'autel; Mais nous, grands, libres, fiers, à nos exploits funèbres.

V. G5. Voici cette belle comparaison de l'athlète dans Régnier, Saf. I : Il se faut reconnoistre, il se f:iut essayer. Se sonder, s'exercer, avant que s'employer; Comme fait un lutteur entrant dedans l'arène. Qui, se tordant les bras, tout en soy se démène, .S'allonge, s'accourcit, ses muscles étendant. Et, ferme sur ses pieds, s'exerce en attendant.

V. C7. << Effort mortel, » d'un mortel ; comme dans ce vers de Virgile, Enéide ,

Page 1