V. 28. 11 avait dit dans 3Inaïs
Que vos iigneaux an moins viennent prt's de ma cendre Me bt^lcr les accents de leur voix douce et tendre. m. — Voyez dans ï Etude sur les OEm-res d'Jin/réel Elcg. I, ix/ce que nous a\ons dit sur la Jeune Captive. Nous ajouterons ici quelques mots sur le sentiment général qui règne dans cette pièce. Au milieu des victimes de la révolution , qui toutes marchent sans pâlir au supplice, pourquoi ce cri déciiirant, cet effroi de la mort? C'est que l'histoire n'enregistre que le courage des derniers instants, tandis que la poésie, ])lus iuiuiaine, n'o\ihlie ni les regrets, ni les sanglots de la veille. D'ail- Icuis {piel poc'te imaginerait une enfant, une vierge (|ui n'aimât pas la vie.' Polyxène s'écrie (Euripide, //t-'c. 410):
'AvyfAÇo;, àvuixevaioç, wv [x' ijj^'f^'^ Ty;(£Ïv. Kt, avant de marcher au supplice, elle adresse de derniers adieux à la lumière du jour; elle pleure, et cependant elle saura mourir sans i)cur, Sans troui)le, avec décence même. Iphigénie (Euripide, //;/i. 1218) ne lomlie-t-elie pas aux genoux paternels, regrettant de ne point avoir l'éloquence d'Orphée, et s'é( riant : iMri [a' â7io),c'aïi; sttj)(iov • rioù yàp tô çw; fiXÉTtîiv
SAINT-LAZARE Ul
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui, Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui, 5 .le ne veux point mourir encore.
Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort, Moi je pleure et j'espère ; au noir souffle du nord Je plie et relève ma tête.
Pourquoi Tàme tendre de Racine {Iph. V, iv) a-t-elle trop affaibli ces plaintes et ces regrets dans ces vers, pourtant si purs :
J'ose roH.ç dire ici qu'en l'état où Je suis,
Peut-être assez d'honneiir environnait ma vie
Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie,
Ni qu'en me l'arrachant, un sévère destin
Si près de ma naissance en eût marqué la fin?
Dans une élégie moderne, ce sentiment de l'amour de la vie a été très-bien saisi :
Quand, debout sur le faite, Elle vit le bûcher qui l'allait dévorer. Les bourreaux en suspens, la flamme déjà prête. Sentant son cœur faillir, elle baissa la tèle
Et se prit à pleurer *.
Dans Racine la résignation chrétienne tempère les regrets d'Ipliigéuie. Ce n'est plus la fille d'Agamemnon, c'est plutôt la sœur delà fille de Jephté. En effet, quand celle-ci connut le vœu de son père {/Jible, Juges, XI, III, 37), elle lui dit : <i Accorde-moi seulement celte prière : laisse-moi, pendant deux mois, me retirer sur les montagnes et y pleurer ma virginité avec mes compagnes. « — « Va, » lui répondit Jephté. Et libre, pendant deux mois, avec ses compagnes et ses suivantes, elle allait pleurant sa virginité sur les monts. On peut sans doute remarquer que ce sentiment de résignation est absent de la Jeune Captife, dont l'âme au contraire est pleine de l'amour de la nature. Mais il ne faudrait pas aller trop loin dans cette voie d'analyse, car, de l'aveu même du poète, cette élégie n'est que la touchante expression de vœux et de plaintes qui s'échappent d'une bouche aimable et nah-e.
V. C. Voyez £/eV. I, IX. 24. André se rapproche ici de Tibulle plus près encore. Nous ne citerons dans ces notes aucun vers de Tibulle, afin que le lecteur, recourant toujours à l'Élégie aux frères de Pange, établisse ainsi, dans son esprit, cette continuité de rapports par lesquels s'explique la création de la Jeune Capthe.
[') Est-ce une rencontre heureuse ou une intention du poL'te ? Cette strophe semble iiuitée de Lucrèce, I, 88, dans le récit de la mort d'Iphigénie :
Cui simul infiila \irginco5 circumdala complu? Ex ulraque pari malaniin parle profiisa 'st, El mœstuin simul aille aras adstare parentem Sensit, et huiic propler ferrum celare luiiiistro:' Aspeituque suo lacrymas effundere civeis : Muta MieUi terrain ^^enibiis suiiiiiii^sa petehil.
S'il est des jours amers, il en est de si doux ! 10
Hélas ! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts ? Quelle mer n'a point de tempête ^ /
L'illusion féconde habite dans mon sein. D'une prison sur moi les murs pèsent en vain,
J'ai les ailes de l'espérance : 15
Echappée aux réseaux de l'oiseleur cruel, Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel
Philomèle chante et s'élance.
Est-ce à moi de mourir ? Tranquille je m'endors. Et tranquille je veille, et ma veille aux remords
INi mon sommeil ne sont en proie.
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ; Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux
Ranime presque de la joie.
Mon beau voyage encore est si loin de sa fui ! 25
Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin J'ai passé les premiers à peine.