‹ PoésiesChapitre 331 sur 341 · HYMNES Eï ODES · texte numérisé non relu

HYMNES Eï ODES

Un scélérat de moins rampe dans cette fange.

La Vertu t'applaudit ; de sa mfde louange

Entends, belle héroïne, entends l'auguste voix.

O Vertu, le poignard, seul espoir de la terre, 70

Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre

Laisse régner le crime et te vend à ses lois.

Triste vieillard, depuis que pour tes cheveux blancs

Il n'est plus de soutien de tes jours chancelants,

Que ton fds orphelin n'est ])lus à son vieux père,

Renfermé sous ton toit et fuyant la lumière.

Un sombre ennui t'opprime et dévore ton sein. 5

Sur ton siège de hêtre, ouvrage de ma main,

Sourd à tes serviteurs, à tes amis eux-même.

Le front baissé, l'œil sec et le visage blême.

Tout le jour en silence à ton foyer assis.

Tu restes pour attendre ou la mort ou ton fds. lo

I. — Ce morceau, par la pensée qu'il exprime, se rapporte assez bien aux pièces composées à Saint-Lazare. Cependant il ne s'agit ici ni du père ni de la mère d'André Chénier, ni de lui-même, mais, comme le prouve le vers 10, d'un prisonnier détenu à la Conciergerie.

iU DERNIERES POESIES

Et toi, toi, c[Lie iais-tu, seule et désespérée,

De ton faon dans les fers lionne séparée?

J'entends ton abandon lugubre et gémissant;

Sous tes mains en fureur ton sein retentissant,

Ton deuil pâle, éploré, promené par la ville, 1-'»

Tes cris, tes longs sanglots remplissent toute File.

Les citoyens de loin reconnaissent tes pleurs.

« La voici, disent-ils, la femme de douleurs! »

L'étranger, te voyant mourante, échevelée.

Demande : « Qu'as- tu donc, o femme désolée! » 20

— Ce qu'elle a? Tous les dieux contre elle sont unis :

La femme désolée, elle a perdu son fils !

A MADEMOISELLE DE COIGM

Blanche et douce colombe, aimable prisonnière. Quel injuste ennemi te cache à la lumière?

V. 13 et siiiv. Ce sont les porliciucs arceiits di- Liicrèct-, 11, 3.'>r> : At in.itcr virideis saltiis orbata pcragraiis, LiiKiiiit liunii pnlibns vfsti<;ia pressa bisiilcis, Oiiiiiia convisi IIS oculis looa, si queat iisquam Conspiccre amissiim fœliim ; coinplctqiic qiRTclis Frondiferiim ncimis adsistcns ; et ncbra revisit Ad stabiilum, dcsidirio pcilixa Jiivcnci. V. 1 '1. (io .u-in retentissant t'sl anticiiie et bien Ix'aii. C'est ainsi ([iie dans Homère, //. XVIII, 30, les femmes pleurent la mort de Patroele :

Xepo't ûà Tiàaat

CTr/Jia TCSTtXriVovTO

V. 19. Il L'ctran^er, » c'est le Çivo; des (îrees, (jui signiliesonvent ce (|ne nous entendons par nn passant.

II. — ()ul)liiinl la Iriste réalité de la prison, Andi'é s'elloree de plier ses accents

Je t'ai Mie aujourcriiui (que le ciel était beau !) Te promener longtemps sur le bord du ruisseau, Au hasard, en tous lieux, languissante, muette, s

Tournant tes doux regards et tes pas et ta tête. . Caché dans le feuillage, et n'osant l'agiter, D'un rameau sur un autre à peine osant sauter, J'avais peur que le vent décelât mon asile. Tout seul je gémissais, sur moi-même immobile, lO

De ne pouvoir aller, le ciel était si beau ! Promener avec toi sur le bord du ruisseau.

Car si j'avais osé, sortant de ma retraite.

Prés de ta tête amie aller porter ma tête.

Avec toi murmurer et fouler sous mes pas ir>

Le même pré foulé sous tes pieds délicats,

Mes ailes et ma voix auraient frémi de joie,

Et les noirs ennemis, les deux oiseaux de proie,

Ces gardiens envieux qui te suivent toujours.

Auraient connu soudain que tu fais mes amours. :;o

Tous les deux à l'instant, timide prisonnière,

T'auraient, dans ta prison, ravie à la lumière,

Et tu ne viendrais plus, quand le ciel sera beau,

Te promener encor sur le bord du ruisseau.

Blanche et douce brebis à la voix innocente, 20

aux douces lois de la poésie; il revient à l'idjUe de sa jeunesse, à la gracieuse allégorie des Colombes, et sa pensée s'encadre dans un refrain qui lui donne un air ancien. V. 5. Segrais, Athis, IV, a tracé un tableau semblulile, qui n'est pas sans grâce : La nymphe cependant prisonnière chez elle, Solitaire, gémit, comme la tourleielle.

Quand, veuve incon-olable, aux plus sombres forOls, D'arbre en arbre elle va faisant ses longs regrets. V. 25. Le poète change d'image ; ici c'est l'image des Israélites (Racine, Estli. I, v) ; Faibles agneaux livrés à des loups furieux.

UG DERNIÈRES POÉSIES

Si j'avais, pour loucher ta laine obéissante,

Osé sortir du bois et bondir avec toi,

Te bêler mes amours et t'appeler à moi.

Les deux loups soupçonneux qui marchaient à ta suite

M'auraient vu. Par leurs cris ils t'auraient mise en fuite, 30

Et pour te dévorer eussent fondu sur toi

Plutôt que te laisser un moment avec moi.

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