‹ PoésiesChapitre 10 sur 80 · FORTUNATA · texte numérisé non relu

FORTUNATA

Ah ! aime-moi sans y réfléchir, sans tristesse, sans pensée funeste, sans reproches, sans vains doutes! Qu'y a-t-il à réfléchir? Je suis à toi, tu es à moi !

Oublie tout, abandonne tout, donne-toi tout entier ! Ne me regarde pas avec tant de tristesse ! N'essaye pas de deviner ce qu'il y a dans mon cœur ! Mais abandonne-toi et suis-le î

Je ne mesure et ne compte pas l'amour; non, l'amour — c'est tout mon être. J'aime, — je ris, je jure et je crois... Ah ! mon cher, que la vie est belle !

Dans l'amour crois que le bonheur ne s'en ira jamais, crois comme moi, ô homme fier^ que nous ne nous séparerons jamais, que jamais ne prendra fin notre baiser. . .

Dis-moi, as-tu aimé dans ta patrie? Avouele-moi, était-elle plus charmante que moi, plui belle ?

— Oui, elle était belle...

— T'aimait-elle avec autant de passion que moi I Oh ! dis, avait-elle un mari, un père, un frère, de la surveillance duquel vous vous êtes moqués? Raconte-moi tout... Gomment à minuit elle descendait pour te rejoindre dans le jardin touffu... Pouvait-elle comme moi t'enlacer avec autant de passion de ses bras, forts comme des serpents? Ses lèvres jamais assouvies de baisers s'unissaientelles avec autant de chaleur aux tiennes ? — Si on vous avait découverts pendant ces nuits secrètes, aurait-elle eu assez de force pour déclarer ouvertement, sans crainte, à la face de tous, que tu lui appartiens, que tu es sa vie, son sang, son âme ? Aurait-elle regardé le jugement sévère des hommes d'un regard tranquille et téméraire ? Aurait-elle été fière de la honte de son amour?...

Tu souris... Tu penses à elle...

Oh! elle était belle... et son image odieuse je ne puis pas l'arracher de ta mémoire !

CROQUIS DE ROME 17

— Ah ! ne l'insulte pas ! Profondément et sans calcul nous nous sommes aimés. Mais, crois-moi, pas une seule fois nous n'avons osé parler de notre amour. Elle paraissait être froide avec moi ; de notre amour nous étions intimidés et honteux : à peine un soupir mal dissimulé ou un regard furtif le trahissait. Notre conversation était insignifiante, des choses futiles et ordinaires; mais je ne sais comment il se faisait que dans ces paroles nos âmes devinaient un autre sens et que nous sentions le cri des souffrances secrètes. Et une .seule fois seulement, mes lèvres effleurèrent sa main : j'en fus honteux après, et j'en souffris quand, silencieuse, elle tourna sur moi son regard plein de larmes et de reproches et de tristesse...

Et ce regard m'a tout dit; il demandait grâce... Il me disait: il est temps, il faut nous séparer...

— Et vous vous êtes séparés ?

— Nous nous sommes séparés. Je voulais lui dire quelque chose, elle semblait le vouloir aussi; mais on est entré — et nous dûmes nous taire...

— Aimer ! se taire!... Et vous vous aimiez?... Dieu!...

LES HARPES DÉOLE

Quelle sécheresse !... l'air dort... et les cieuxse taisent...

La rangée des harpes d'Eole est silencieuse...

Ces harpes, ce sont vous, les chanteurs de ma patrie !

C'est l'image de vos âmes, remplies de tristesse, de rêves lointains, de tristes reproches!...

Elles se taisent comme ces harpes par cette chaleur.

Mais si un génie, un ouragan, avait passé près d'elles, et si un esprit de vie avait soufflé dans mon pays natal, de quels sons n'auraient-elles point retenti aux forces nouvelles, aux nouvelles révélations!...

Comme les légendes des voyageurs intrépides, remis de pays lointains, je lis dans mon âme les ouvenirs des jours passés.

Comme un rêve brillant je vois des monts, des tatues, de beaux palais, de sombres catbé- Irales ciselées, des villes antiques...

Des chants gais résonnent à la table amicale, lans un brouillard doré je vois défiler des jeunes illes ceintes de couronnes de roses...

Mais les cris des convives, les sourires des illes ne me réjouissent plus, et les charmantes autes d'autrefois ne me tentent plus...

Mon cœur demande un autre bonheur... Déjà les Ilots familiers le vent pousse mon canot vers l'autres ondes; la vague mugit.

La face de la nature s'assombrit, et d'étoiles l'une autre lueur la voûte mystérieuse des cieux e parsème...

Mon regard avide est entraîné vers elles, mais eur air calme, leur lueur froide et désespérante ne glacent l'àme !

Je tremble pour tout ce dont mon cœur vivait iutrefois,et en abandonnant le gouvernail, je regarde avec tristesse dans le lointain nébuleux.

20 POÈMES LYK1QUES

Et Tange blanc ne vient pas prendre le gouvei nail à côté de moi dans mon canot, comme au jours d'autrefois quand, intrépide, il le conduisai au milieu des vagues.

FANTAISIES

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