‹ PoésiesChapitre 19 sur 80 · LES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

LES HIRONDELLES

Mon jardin se fane tous les jours ; il est chiffonné cassé et désert, malgré le buisson flamboyant I capucines qui y achève sa belle floraison.

Je suis triste! tout m'irrite, et la lueur autom nale du soleil, et la feuille qui tombe du bouleau et le bruit de la sauterelle tardive.

Quand, par habitude, je regarde sous le toit japerçois un nid vide au-dessus de ma fenêtre; ji n'y entends plus le habillement des hirondelles le vent a mis à nu sa mousse et sa paille.

Mais je me rappelle avec quel soin deux hiron délies le construisaient. Gomme elles joignaien les petites branches à un peu de terre et le rem plissaient de duvet!

Qu'il était gai et adroit leur travail ! Gomme elles furent ravies quand cinq petites têtes bien vives se firent voir par-dessus le nid:

Et toute la journée, les bavardes causaient comme des enfants...

Après, elles commencèrent à voler, les volages! Je les vis ensuite beaucoup moins.

Et voici que leur nid est abandonné!

Elles sont dans un autre pays, très loin, très loin, très loin...

Oh! si je pouvais, moi aussi, avoir des ailes!

Les feuilles d'automne tourbillonnent dans le vent.

Les feuilles d'automne gémissent avec angoisse :

« Tout périt, tout périt ! Tu deviens noir et nu, ô notre bois bien-aimé, l'heure delà mort a sonné! »

Le bois royal n'entend pas leurs alarmes.

Sous l'azur foncé des cieux sévères il est lié par un sommeil puissant, et dans son sein mûrit une force nouvelle pour le printemps.

DE MON JOURNAL

J'aime quand, ta tête doucement appuyée à mon épaule, tu me regardes avec amour m'absorber dans ma pensée, que tu t'efforces de deviner. Épris de toi, je tourne mes yeux vers toi et je rencontre ton regard; nous nous sourions sans rien dire, comme si dans ce doux silence nous nous unissions en pensée et nous disions beaucoup par ce silence et ce regard.

Sachant maîtriser les élans de tendresse, tu es avare de caresses. Toujours maîtresse de toi-même tu couves ton sentiment en silence dans le sanctuaire de l'âme malade et chagrinée... Je sais que ta passion se nourrit de larmes. Mais quand, lassée par des rêves jaloux, en surmontant le doute l'angoisse et la fierté, tu te rends à ton cœur comme un faible enfant, et me serres dans tes brai en sanglotant, oh! je sais, ma chère amie, qu'une autre ne pourra jamais aimer comme toi!

11 n'y a pas de paroles plus tendres que les tiennes, rien n'est plus sincère que tes larmes e tes serments muets, rien n'est plus éloquent qu< tes aveux et tes reproches ; un regard plus profom et plus reconnaissant n'existe pas, et il n'y a pai de baiser plus fort que ton baiser, par lequel toi âme voudrait me dire combien tu aimes, combiei tu as souffert.

DE MON JOURNAL 37

Pareille à une colombe au printemps radieux, tu 3S envahie d'une tendre joie... Pour la première nis, peut-être, tu t'es livrée de toute ton âme à la passion longtemps comprimée...

Alors qu'enivré de l'harmonie du bonheur je jreux silencieusement contempler cet instant — rayon de soleil dans la brume,

Et que je me tais pour ne pas perdre un seul les sons qui vibrent dans nos cœurs, je te vois subitement te taire, l'angoisse au cœur, et tes larmes coulent une à une.

A mes prières de me dire quel doute t'a troublée, de quoi ton cœur fut percé, tu réponds : Je ne suis pas faite au bonheur, il m'effraie — est-il de bon augure?...

Eh bien ! que les tempêtes reviennent ! C'est le soleil encore qui les suivra... Nous bénirons alors encore une fois et nos souffrances et nos larmes.

VOYAGES

О Océan toujours grondant et morose !

Dans une lutte fière avec les dieux éternels, titan enchaîné autrefois de chaînes éternelles, et portant seul son ancien désespoir, tu t'es apaisé... est-ce pour longtemps? Oh! un seul instant, et terrible se dressera subitement le vieillard; et rageant contre tout, contre le soleil doré, contre les chants des Néréides, contre la douce lueur des étoiles, contre le bonheur qu'a éprouvé le poète, qui avait trouvé le repos dans son repos sacré, — il secouera ses vagues, en maudissant le sort implacable, et exigeant, plein de menace dans sa fierté exaspérée, que ni l'homme, ni Dieu, n'ose regarder comment il supporte son chagrin dans son isolement.

Biarritz, 1859.

VOYAGES

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