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LE CHAMP

Je suis sur la lisière du camp, — un étroit sentier couvert de trèfles et d'arroche... De quelque côté que je regarde — partout du seigle touffu ! J'avance, l'écartant avec peine de mes mains. Les épis reluisent, bruissent devant moi et me piquent la figure... J'avance, la tête baissée, comme si je me défendais des abeilles importunes, quand, ayant sauté par-dessus la baie des saules, tu passes à travers les pommiers dans le rucher.

Oh ! quelle bénédiction de Dieu ! Gomme il est réjouissant de s'étendre à l'ombre du haut seigle, où il fait frais et humide ! Pleins de soucis, les épis au-dessus de moi tiennent entre eux une grave conversation. En les écoutant je vois, sur toute l'étendue de la plaine, les moissonneurs et les moissonneuses, qui plongent comme dans une mer, lient déjà joyeusement les lourdes gerbes ; là-bas au grand matin battent les rapides fléaux ; dans les granges l'air est plein d'une odeur de miel et de roses ; les chariots grincent partout ;

INTIMITÉ 41

au milieu du peuple tumultueux on charge les sacs dans les ports ; le long de la rivière, à la file, comme des grues, passent les bourlaks, baissant leurs têtes, en appuyant avec les épaules et en battant l'onde de leur long câble...

Oh ! Seigneur ! tu accordes à ma patrie la chaleur et une abondante récolte, dons sacrés du ciel, mais en dorant de blés ses vastes plaines, donne-lui aussi, Seigneur, du pain pour Гапіе ! Déjà sur le guéret, où les semences de la pensée ont été jetées par Toi, le printemps a soufflé et les grains que l'hiver n'a pas fait périr ont promptement germé. Oh ! donne-nous le soleil! envoienous le beau temps pour que leurs tiges mûrissent sur les gras sillons ! Pour que vieux, nous appuyant sur nos petits-fils, nous puissions venir respirer un peu dans leurs champs fertiles et que nous puissions nous écrier, en oubliant que nous les avons arrosés de nos larmes : « Seigneur, quelle bénédiction ! »

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