‹ PoésiesChapitre 34 sur 80 · MÉMOIRE DU CŒUR · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DU CŒUR

Passant en brouillard par devant les étoiles irgentées, et devenant tout à coup transparente sous les rayons de la lune, une bande diffuse de [mages légers vogue dans le ciel à l'heure paisible de minuit... Acette heure tranquille, quand le fougueux élan des désirs et des aspirations s'apaise et que des essaims de souvenirs passent devant mon âme fatiguée, diffus comme ces nuages, venant Dieu sait d'où, de l'obscurité, de loin, des gouffres du passé, une vision après une autre. Mais au travers d'eux, toi seule, éclairant tout, toi chaste et pure, tu resplendis au-dessus de moi, comme la Providence vigilante, comme le délice de mes regards — seule comme la lune dans le bleu firmament, immobile au-dessus de cette vanité, audessus de ce mouvement stupide des nuages...

D'APOLLODORE LE GxNOSTIQUE

— L'esprit du siècle est votre idole ; mais votre siècle n'est qu'un court instant. Les idoles tombent dans l'oubli, dans le néant...

— Insensés ! Votre esprit n'a-t-il donc pas compris qu'au-dessus de tous les siècles — il existe l'Eternité !...

Je crois en la raison et en la sainteté du Grand Esprit, je l'appelle Dieu. Je crois aux esprits innombrables évoqués par Lui à l'existence. Le monde est créé pour qu'ils puissent, étant incarnés, acquérir une force nouvelle dans la lutte passagère avec la matière, dans le chemin vers la perfection.

— Des chers qui sont morts, conserve dans ton cœur les claires images.

— Ils seront autant d'anges qui te protégeront dans les tempêtes de la vie.

d'apollodore le gnostique 65

— Ne dis pas qu'il n'y a plus de salut, que par les chagrins tu es épuisé : d'autant que la nuit est plus noire, d'autant plus brillent les étoiles; d'autant que la douleur est plus profonde, d'autant Dieu est plus près...

— La Nuit Éternelle s'approche... Le cœur dans la crainte a tressailli... Je commençais à regarder plus fixement dans ces ténèbres terrifiantes... Tout à coup une étoile s'y montra, après une autre, une troisième, et enfin tout le firmament s'enflamma d'étoiles. Chacune d'elles me découvrait à tout instant une nouvelle beauté, et me pénétrait plus profondément l'âme, ainsi que je les pénétrais davantage... Chacune avait prononcé une parole, et chaque parole, je le sentais avec joie, trouvait un écho dans mon âme ; elles disaient toutes que plus loin, quelque part, existe un Soleil Éternel, le Soleil dont la lumière leur donne et Téclat et la beauté...

— Oh! que tu es pâle à côté de Lui, soleil de ma jeunesse ! Comme il est futile et mesquin l'hymne que nous te chantions î

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