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PREMIERE RENCONTRE DES SLAVES ET DES ROMAINS

Le rapide Danube roule ses vagues, largement il a répandu ses eaux ; près du Danube une ville claire s'est perchée sur une haute montagne. Lé roi romain établit son camp devant la ville ; eà rang, sans lin, les tentes blanchirent les rives. Sur le trône le roi est assis en manteau de pourpre; autour du trône, comme une foret, se dressent les lances et les haches.

De son trône le roi romain parle à des ambassadeurs ; des gens inconnus se trouvent devant ses yeux, l'un plus beau que l'autre : les cheveux d'or bouclés tombent en abondance sur leurs épaules, les yeux sont bleus. Tous se ressemblent de la même beauté et de la même force, comme si à tous la même mère a donné naissance. La naissance leuiÉ a donné une même mère — la terre natale, qu| par les versants de la Tatre s'avance jusqu'aux vagues du Danube et, de l'autre côté, jusqu'à une autre mer, à mi-nuit et vers l'orient, où, dans là saint espace, elle a préparé des prés, des vallées

U des forêts, comme un saint berceau pour une gloire immense !

° Une tribu slave les a envoyés, ayant décidé en conseil de rencontrer le roi romain en bienvenu et avec amitié. Ils ne sont pas prosternés devant lui dans la poussière, ils n'embrassent pas ses pieds dans une peur servile ; mais ils lui offrent le don de Dieu — le pain et le sel de leur pays. Et au grand roi, ils tiennent un semblable discours :

«' Tout notre peuple, les anciens et les princes nous ont envoyés pour que nous te souhaitions, Ô roi, la bienvenue. Tu es notre hôte, dès que tu franchis notre seuil ; nous sommes des Slaves ; ce pays nous est donné en apanage par Dieu. Largement il est par Lui pourvu de l'abondance venant du ciel : celui qui n'est pas paresseux y trouve son morceau de pain. Beaucoup ou peu —ce que nous possédons nous suffit, pourvu que nous semions sur nos terres à nous et récoltions ce que

nous avons semé.

« S'il vient un étranger chez nous, pourquoi et d'où il vient, nous ne lui demandons rien, au nom de Dieu la porte lui est ouverte î Sois le bienvenu ! Qu'il soit des nôtres ou étranger, toujours est prêt pour l'homme passant, sur la table, le don de Dieu. Tous vivent librement ici ! une loi est donnée par Dieu aux Slaves : grand péché est d'être esclave, mais plus grand est le péché d'être seigneur ! Ces péchés n'existent pas chez nous, il n'y en a pas

dans tout le peuple ! à tous est ouverte la voie vers la gloire et la liberté !

« Certes, comme au printemps les neiges tombent dans la vallée, l'ennemi féroce envahissait notre pays, comme tombé du ciel ; il s'établissait ici et croyait pour toujours nous tenir en esclavage, semer et labourer des champs par nous et faire paître sur nos champs ses juments — mais c'était une illusion! toute la terre se soulevait d'un bout à l'autre ! et demandait: où sont ceux qui ont forgel des chaînes pour nous? Où sont-ils ? demandele ! Nous sommes là, et eux — ils ont disparu ! Telle est la loi établie inébranlable dans les siècles : n'importe qui soit l'ennemi, l'étranger, et d'où qu'il vienne le conquérant du monde, — ici s'arrêtera son с ours, ici, dans la terre slave, il se bâtira lui-même son cercueil !

« Tu te trouves maintenant, ô roi, près de notre frontière. Que nous apportes-tu dans ta main, le glaive ou la paix? Si c'est le glaive, des glaives nous en avons aussi; et s'ils sont bien tranchants que Dieu te préserve de l'apprendre ! xMais si tu arrives chez nous comme hôte, avec la paix, avec une bonne parole, nous te recevrons avec gloire et te reconduirons avec honneur! Nous t'offrons le pain et le sel et te prions de les accepter aussi honnêtement, comme à toi, ô roi, nous les offrons. »

Le roi refusa le pain et le sel et sa face s'as-

;ombrit ; une colère vive s'alluma fièrement dans ses yeux ; aux ambassadeurs slaves, de son trône iorc il adressa, en levant sa tête, une telle parole : « Le soleil marche sur le firmament, et ^ers lui se tournent tous les yeux; de lui vient toute la vie et la lumière, sans lui — les ténèbres je la nuit. Entre lui et la créature il n'y a ni discussion ni négociation! Gomme le sort, pour tous son pouvoir est inévitable. Le souverain du monde — c'est Rome, et moi —je suis le souverain de Rome! Parmi les peuples de l'univers, y en a-t-il un seul qui, ayant osé un moment lui résister, n'ait pas disparu de la face du monde? Tous s'inclinent devant lui et en puisent leur vie. Inclinez-vous donc aussi ! J'arrangerai votre pays : ici j'installerai des Romains; et vous, je vous emmènerai avec moi, les anciens à Rome et les jeunes tout droit dans mes légions; soumettez-vous et vous aurez la paix, Thonneur et les lois. Sinon je vous chasserai tous avec vos familles devant moi, comme un troupeau; je vous attellerai aux charrues et je labourerai la terre avec vous! Gomme des chiens je vous attacherai aux chaînes près des portes, par milliers je vous jetterai en pâture aux lions ! Malheur sera, je vous le dis, à vos enfants et à vos femmes ! tremblez si je crie : « Malheur aux vaincus ! я Tremblez ! ce cri romain est plus terrible que la foudre de Dieu !... J'ai dit. Telle est ma réponse! transmettez-la chez vous! »

Le roi romain a fini son discours; tout se taisait autour de lui. Comme une foudre inattendue tomba sa parole sur les Slaves ; ils dirigent sui le roi leurs regards douloureusement étonnés: tout d'un coup, comme si de leurs yeux jaillissaienl des flèches, comme si des éclairs avaient passé sur leurs faces, leurs glaives en sortant de leurs fourreaux brillèrent ensemble et le même cri sortit de toutes les poitrines : « Jamais ! »

Autour du roi les hommes s'élancèrent et eurent à peine le temps de lever leurs boucliers pour le protéger... Le roi descendit tout de suite du trône... Les trompettes sonnèrent et aussitôt le camp se leva. Voilà qu'arrivent les Numidiens, un peloton des immortels, un peloton des Parthes, les Gaulois, les Ibériens et, les lances basses, l'infanterie romaine, qui entourèrent les héros ; et le travail commença! Comme un ours que cernent des chiens furieux la poignée de héros combat contre des armées entières; avec fracas tombent autour d'eux les cavaliers et les chevaux, les lances se brisent, les casques et les cuirasses résonnent... La poignée de héros combat, mais elle diminue, hélas! voilà qu'il n'en reste que trois : la mort plane au-dessus d'eux dans l'éclat des épées et des lances... il n'en reste plus que deux — plus qu'un... et celui-là tombe...

Et autour des massacrés dans le combat, les vainqueurs restent tout ébahis; il y a un grand

Lde dans les légions; on entasse une montagne de „orts et de blessés... César lui-même arrive Lee sa suite cosmopolite, sombre et confus. 11 lésire contempler lui-même ces barbares, a qui 5a parole semblait si déshonorante... et cependant cette parole est écoutée par tout le monde, par tous les rois de la terre! , Que sont-ils donc ces gens? pense-t-il, qui sont-ils?»

Tout pensif, vers les montagnes il dirige son regard sévère; il regarde au-dessous des nuages les sombres montagnes. Une nuée noire d a.g es s'avance au-dessus d'elles. On dirait que des tonnerres lointains se font entendre... Le roi regarde, et tout à coup il ordonne de lever^ son camp guerrier et de faire repasser le Danube a ses légions...

108 POÈMES ÉPIQDES

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