TABLEAU
APRÈS LE MANIFESTE DD 19 FÉVRIER 18G1 r
Regardez : dans l'isba où brille une lumière vacillante, autour d'une fillette, une enfant, tout un cercle s'est rassemble'.
Péniblement, en suivant du doigt un mot après l'autre, l'enfant lit un imprimé aux pauvres moujiks.
Les moujiks, profondément songeurs, écoutent en silence, si ce n'est, parfois, que l'un d'eux crie aux femmes de faire taire les marmots.
Les femmes leur donnent le biberon pour leur fermer la bouche, pour pouvoir, ne serait-ce que du bout de l'oreille, entendre aussi quelque chose de ce qu'on lit.
Môme du poêle, d'où il n'est descendu depuis bien, bien des années, avance sa tête et regarde le grand-père, quoiqu'il soit sourd.
i. Ce manifeste proclamait l'affranchissement des serfs.
LES ÉCHOS DE L'iIISTOIRE 11Г>
Pourquoi donc écoutent-ils ainsi la fillette? Estelle donc si savante? Non! seule dans la famille, elle sait lire.
Et c'est à elle, enfant, que le devoir est échu de lire aux vieux la nouvelle précieuse de la liberté tant désirée.
Le sens de la nouvelle même est encore obscur pour eux comme pour elle, mais tous entrevoient au-dessus d'eux l'aurore de jours nouveaux...
Elle s'allumera, oh! mes frères, cette aurore! l'obscurité va vers sa fm! Vos enfants verront déjà la lumière en face !
Que la nuit domine encore, mais le jour se lèvera puissant! D'un regard prophétique, j'entrevois déjà briller le premier rayon.
Il brille déjà sur la tête, il brille dans les yeux de la mignonne savante avec le livre dans ses
mains !
La liberté, frères — ce n'est qu'une première marche dans le domaine de la pensée, où resplendit la lumière infinie !