LE SOMMEIL
Quand l'ombre se couche en nuages transparents sur les jaunes guérets, couverts de gerbes, sur les bois bleus, sur l'herbe humide des champs; quand sur le lac blanchissent les colonnes d* vapeurs et dans les maigres roseaux le cygne dorl d'un sommeil léger, se balançant lentement et se reflétant sur l'onde, je me retire sous mon toit d« paille dressé à l'ombre des acacias et des chênes: et là, à l'heure convenue, le sourire aux lèvres, bienveillante avec sa couronne d'étoiles tremblantes et de sombres coquelicots, des hauteurs mystérieuses, par le sentier aérien, la déesse paisible, apparaissant auprès de moi, inonde ma tête d'une lueur pâle, et, en me fermant doucement de sa main les yeux, en ramassant ses boucles, elle se penche sur moi et m'embrasse en silence la bouche et les yeux.
GENRE ANTHOLOGIQUE
Sur ce promontoire sauvage, couronné de pauvre aîche, couvert de chélives broussailles et de la verdure des pins, le triste Menix, un pêcheur âgé, L'enterré son fils noyé. La mer Га nourri, et c'est mcore elle qui Га reçu dans son vaste sein et a ipporté avec précaution son cadavre sur le rivage. \yant pleuré son fils, le père lui creusa une tombe sous un saale branchu, et, l'ayant recouverte d'une pierre, il suspendit au-dessus d'elle une nasse tressée des branches du saule. — Pauvre monument de leur triste misère !
Dans un cahier oublié un mot oublié, et j'j revois tout le passé. Oh ! c'est étrange, je suis confus et charmé de me reconnaître dans une ancienne image... C'est ainsi qu'un voyageur revient aprè^ plusieurs années sous les voûtes paisibles du toi! paternel. Le mur s'est recouvert de verdure et les laisses des chiens sont oubliées près de la porte. L'ortie pousse dans le jardin entre les rosiers el les hirondelles ont fait leurs nids au-dessus des fenêtres. Mais dans le silence qui l'entoure, il lui semble que l'ancien esprit qui habitait là vit encore.
GENRE ANTHOLOGIQUE
Tout nourrit dans mon âme la pensée intime. Oh ! les forets sauvages où habite la brume, et la grotte mystérieuse, d'où ruisselle entre les pierres un fil d'eau, qui gronde, lance des écumes et saute tantôt comme un serpent, tantôt murmure comme un fil de diamants entre les racines d'un large orme, et puis après avoir brisé tous les obstacles des pierres et des troncs, il court au milieu de longues herbes, à l'ombre des sombres saules séparés dans leurs racines et liés de leurs branches...
11 me semble apercevoir dans l'épaisseur de la forêt, couverte de mousse, les dryades parées de feuilles de chêne, un vieillard couronné de laîche et penché sur une urne, un Sylvain avec des faunes tressant des corbeilles et le bonhomme Pan, qui suspend près du ruisseau des guirlandes de roses et de lierre, à l'entrée secrète de sa sombre grotte.