PRÉFACE DE L'AUTEUR
Je trouve indispensable de dire quelques mots à propos de la tragédie les Deux Mondes. Il y a le cela longtemps, encore au temps de ma jeuuesse, je fus frappé par la collision qui se produisit entre le monde gréco-romain, au moment du complet développement des principes formant sa base, et le monde chrétien, qui apporta un principe tout nouveau des rapports des gens entre eux. J'ai tenté alors même de représenter ce tableau dans un poème, Olymphe etEsther. Ensuite suivit le poème les Trois Morts, dont la seconde partie, la rencontre avec les Chrétiens, resta inachevée. En 1863, cette partie parut dans le Messager russe, sous le titre, la Mort deLucius. Plus tard, en approfondissant davantage l'étude de l'un et l'autre monde, je sentais toute l'insuffisance, la superficialité .des traits dont je caractérisais ces deux mondes dans mes essais, et vers 1872, le poème se recomposa complètement.
Dans la Mort de Lucius, le héros, le représentant du monde gréco-romain, était un épicurien; il m'a semblé que ce n'était pas assez. Le héros devait contenir tout ce que le monde ancien a pro-
duit de beau et de grand : ce devait être un gran patriote romain, puissant d'esprit et en mêm temps un Romain qui s'est déjà pénétré de toul la grâce et de la beauté de la civilisation grecque L'épicurien restait bien en arrière de ce type. J'a tâché de concentrer autour de mon nouveau prc tagoniste, que j'ai appelé Decius, pour rompre défi nitivement avec l'épicurien, toute la diversité de éléments de la société romaine contemporaine d l'époque de la décadence, comme un fond su lequel devait se dessiner sa figure. J'ai fait tou ce que j'ai pu pour représenter le monde païen mais pour concevoir le monde chrétien, non seu lement dans ses idées abstraites, mais dans se images vivantes, raisonnées, dans ses personnalités séparées, j'ai rencontré beaucoup plus d< difficultés à surmonter que dans le monde païen Un sentiment intérieur, incontenté, m'inquiétai toujours et je n'ai laissé passer rien de ce qui pouvait me faire connaître davantage l'esprit, l'image et l'histoire des premiers chrétiens, en tâchanl toujours de puiser aux sources venant, non des secondes ou tierces mains, mais directement dans la littérature, en tête de laquelle se trouvent les saints Evangiles. Ainsi, petit à petit, sans m'en rendre compte, il s'est amassé chez moi un « matériel » qui m'a permis d'exécuter en entier ma première idée et même sur le plancomposé en 1872. Ce plan est tel : Le poème doit comprendre trois parties
i actes. La première partie contient deux scènes, mt l'une doit servir d'introduction au monde îrétienet l'autre au monde païen. Les deux scènes rent écrites tout d'abord. La seconde partie devait dus introduire dans le monde chrétien même, ionde qui avait son centre à Rome, dans les catamibes. Elle fut plus longue à venir et ne paraît ne maintenant. La troisième partie comprend le jstin chez Decius, l'arrivée de ses amis, les chréens Marcellus et Lyda, et sa mort. 11 s'ensuit onc que la seconde partie de la tragédie, telle u'clle paraît maintenant, est complètement nouelle; la première scène de la première partie est ntièrement refaite, et la scène finale de la troiième partie considérablement changée.
Beaucoup de lecteurs trouveront étrange, peuttre, qu'un homme soit presque toute sa vie >ccupé d'une seule idée artistique, ou du moins 1 retourne vers elle si souvent. Très probablenent, j'ai dû me laisser guider par cet instinct : lu'il vaut mieux faire une seule chose, mais en i consacrant « toutes ses forces ».