G ETE
Oh, mon Dieu! mon Dieu!
DACE
Oui, il le retint et l'empêcha. Mais Davus « Ceci — cria-t-il — c'est ton œuvre, tu les ra semblés et tu les troubles, tu les pervertis, ma chez moi le jugement est court. » Eh bien, le garçc fut jeté aux murènes, dans l'étang, et le vieux il à la chaîne.
GÈTE (ayant réfléchi;
Et qui sait? Le garçon maintenant est a paradis ! tout de même il a donné sa vie pour so prochain! Voilà ce qui m'arrive parfois. Gomm si j'avais un ennemi... je le sauve, tantôt dufJ tantôt de l'eau et il s'étonne de moi ; alors je lu explique qu'elle est ainsi, la loi du Christ : «Aim ton prochain », et tout ça me parait si vrai... j parle et je brûle, je pleure même.
(Silence.)
DACE
Rêves-tu de la maison, parfois?
GÈTE
Bien plus rarement.
DAGE
Quant à moi, j'en rêve souvent. Ainsi je vis ne fois qu'on établissait un camp en face de hez nous, sur l'autre rive du Danube ; j'entendais in bruit bizarre et des hennissements. Ensuite, me autre fois je rêve qu'on est de retour d'une ;uerre, qu'on a amené des captifs et qu'on se lispose à les immoler aux dieux. Alors je me uis mis à supplier de ne pas leur faire de mal. fe blasphémais fort contre les idoles, et tous ,e mirent à crier contre moi; on me saisit, >n me traîne... on veut me tuer — et moi je >rie pour eux... Le vieux Job alors aussi se rouve là...
(On entend le claquement d'un fouet. Gète se lève et regarde en bas le la montagne; il revient essoufflé.)
GËTE
On apporte Davus... on court, bien qu'en montant!
(Il secoue Job.)
Mon père! réveille-toi! C'est Davus ! (n s'enfuit.)
(Dix enclaves accourent en portant un brancard en or, et le déposent devant la porte. Quand ils se sont arrêtés, deux d'entre eux tombent sans connaissance, les autree respirent avec peine. Du brancard sort le gros majordome de Decius : Davus.)
DAVUS (en détendant son bras qui tient le fouet)
Les vilains! J'ai tout de même mal à l'épaule Aujourd'hui leur seigneur veut bien mourir, et il ne peuvent même pas presser leur pas ! (il regar.
les esclaves tombés.) Ils sont Crevés, les chiens ! il deviennent faibles! (En donnant un coup de fouet à Dace Qu'as-tu à regarder? OUVre ! (Aux porteurs, en s'apercevai qu'ils veulent ramasser les esclaves tombés.) Laissez-les donc
en manque-t-il?... Allez, vous tous, en avant courez ! frappez dans la grande planche dix fois ensuite attendez un peu — qu'on frappe encon dix fois. Attendez encore un instant — qu'ai frappe encore dix autres fois ! Une fête pour tou Rome !... Eh bien, qu'attendez-vous?
(Les esclaves courent; Davus leur crie :)
Que tout le monde sorte de ses trous! qu'oi courre tous à la besogne, toute la cour, que toui le monde soit habillé et proprement lavé. Que j( n'oublie rien de rien... Bien, ce n'est pas poui la première fois que nous régalons Rome; même les Césars étaient satisfaits! — Un chœur, des danses — c'est pour commencer; des fleurs à chaque changement de plats, une lutte de gladiateurs — pour la fin. (Se retournant vers les esclaves.) Que
de ceux-là quelqu'un ne fasse une bévue !...
Je ne comprends pas bien, qua-t-il mon peuple? ils sont bien trop tranquilles, bien trop
atients. . . On ne vole plus du tout ! . . . tout marche icn... mais ils sont taciturnes, ils chuchotent 3Ujours... On voit des gens qui se glissent tout \ temps auprès de ces chiens... oh ! nous sommes ur un volcan! Ça sent Spartacus, oui, Spartacus I
(Il s'en va par la porte.)
DACE (ayant fermé la porte aux esclaves tombés)
Psttî Asiatique ! Bourivoï ! ils n'entendent pas.
(Parait Lyda, une jeune femme, vêtue d'une tunique de couleur sombre, ouverte d'un voile blanc, qui lui descend très bas sur le visage; elle st suivie par plusieurs'chrétiens.)
LYDA (en voyant les cadavras)
Qu'est-ce? le sang coule... portez-les en bas, iiiprôs des malades.
(Plusieurs personnes les emportent.) DACE
Ils ne vivront plus !... pauvre Bourivoï... on nous a pris ensemble et amenés ici...
JOB (avec un chagrin résigné; en général il parle avec douceur)
Ils ont fait leur temps de souffrance et se sont présentés devant Dieu; et maintenant ils sont devant lui... Le Très Haut à son jugement tiendra compte de leur douceur!
DACE
Et voilà... clans cette même nuit, comparaitr aussi leur maître et il les rencontrera... h hautain, grand, inaccessible pour nous; il regai dera de la géhenne ardente vers le radieux paradis vers ses esclaves!...
JOB
Ne devance pas le jugement du Seigneur.
LYDA
A propos du maître, qu'as-tu dit ?
DACE
Mais il paraît qu'aujourd'hui il veut mourir..
LYDA
11 est donc malade?
DACE
Non, Davus disait comme quoi il meurt aujourd'hui.
LYDA (à part
Dieu! je ne le sauverai donc pas!...
DAGE
On invite tout Rome à la fête. Et Davus se îmène à cause de ça.
LYDA
Decius se meurt! Lui,Decius! mais en lui se eurt Rome entière, dans les siècles de ses ranes enfoncée. Et pourrai-je l'ébranler de mes tibles mains, moi, une femme?
Oh! non, non, non!... Folle que je suis! et tu es fait un vœu... (a Job.) Mon père, peut-il croire
JOB
Le Seigneur est tout-puissant. Il ordonnera et l montagne marchera.
LYDA
Mais c'est le bien, c'est la vérité qu'il cherhait !
JOB
Ayez pitié de tous, Seigneur! Donnez la force tous de surmonter le fardeau de l'orgueil et de econnaitre où est le jour, où est la nuit.
LYDA
Je viens auprès de toi, mon père; voici de quoi 1 s'agit : Je suis chargée par Marcellus d'annon-
сег que le décret pourra paraître aujourd'h même : déclarant que demain matin nous noi présentions devant les autorités ; que nous noi prosternions, comme devant Dieu, devant la stati de César — sinon — la mort. Pour délibérer si la décision à prendre, Marcellus nous appelle to dans les catacombes, en conseil.
DACE (enthousiasmé)
Ta vision !
LYDA
On posera à chacun une question : qui es-ti chrétien? tu réponds oui, et on te destine, ou poi les animaux, ou pour le feu ; et tout de suite ( nous met tous à la torture, pour arracher dans souffrance la confirmation de tout ce dont ( nous accuse.
DACE
Voilà la raison de la vision des anges!
LYDA ià Job)
De quoi, mon père, parle-t-il?
DACE
Cette nuit, il avait une révélation d'En-Haut.
JOB
La signification des visions est cachée. Je doute l'il soit convenable de parler de ces mystères; ais encore il se peut que le Seigneur dans une sion nous annonce sa volonté ! . . .
Oui! il m'arrive aujourd'hui si bien quelque îose que, maintenant encore, je ne suis comme is moi-même ... Je restais là et au-dessus de moi —
temps allait à la quatrième heure —j'entends mdainementuue voix : « Lève-toi » ; et comme si î m'eût ravi vers la hauteur, mais seulement esprit, le corps restait prosterné par terre, comme n vêtement ôté ; je l'ai vu : pâle, comme mort, ms mouvement... Je m'étonnais en moi-même, t levant mon regard vers le ciel, qui s'ouvrait этте un nuage, je vis : Quelqu'un siégeant sur n trône, entouré d'une lumière intense, émanant e Lui dans l'espace, comme d'un soleil.
Des armées innombrables, dans un brouillard adieux, sont tout autour rangées, étincelantes de laives et de cuirasses, prêtes au combat. Plus as, dans l'air, étaient des anges aux ailes déloyées, avec des glaives aux mains... et il parait : « Ayez soin des âmes de ceux qui ne se sont >as prosternés devant les idoles, qui n'ont pas eculé devant la mort terrible », et vivement les égions des anges, en secouant avec bruit leurs iiles,se dirigèrent vers la terre et se précipitèrent
dans l'espace... Je me baissai pour les voi mais le nuage se referma aussitôt et tout disp; rut... 11 faisait noir autour de moi, tout me pesai j'étais épouvanté ! j'ouvris péniblement les yei — tout, comme avant — le portique, la maisoi la chaîne, tout était là... le jour pointait à peine.
UN VIEILLARD (avec vénération)
C'est pour ses œuvres que le Seigneur a rai ton âme vers les cieux... Peut-être il prévient рз toi qu'il vient lui-même juger et en donne u témoignage.
JOB
Quand le Seigneur viendra? personne ne 1 sait... le monde le verra soudainement dans un clii d'oeil, comme un éclair : il jaillira de l'Orient e tout d'un coup enflammera le ciel jusqu'à la limi de l'Occident...
LYDA
... Maintenant adieu, mon père; je vais chez le: autres.
JOB
Annonce à tous.
DACE (à Lyda)
Demain nous nous rencontrerons peut-être aux sons des trompes... le jour du jugement.
LYDA (fait quelques pas, puis s'arrête)
Leurs cœurs se réjouissent... Oui! Mais mon me est encore tourmentée par le vœu que je
l'ai pas accompli. . . (Elle se retourne vers le palais de Decius.)
)h ! Decius, Decius. . . Mon Dieu, est-il possible qu'au uoment où il se trouve maintenant, au-dessus du >récipice, tu ne lui jeites ton rayon du firmament toile sur la voie obscure qu'il a parcourue !