‹ PoésiesChapitre 60 sur 80 · L'UN DU GROUPE DES ÉCOUTANTS · texte numérisé non relu

L'UN DU GROUPE DES ÉCOUTANTS

Et après les femmes, aux disciples II apparut, e jour ?

JOB

Oui, vers le soir. Quand elles accoururent ailles des disciples et racontèrent ce qu'elles ont & tous considérèrent cela comme une rêverie. Sur ;eci deux d'entre eux, Cléophas et Luc, allèrent à ïmmatis. Le chemin passait par un endroit désert, ls marchaient seuls, quand subitement apparaît mtre eux un troisième qui leur demau de : de quoi ls se désolent et pourquoi ils pleurent. Ils s'étonmient : comment ne sait-il pas, étant à Jérusalem, me Jésus, le prophète, fut crucifié? Et il causa ivec eux de ces événements, et il leur était doux le l'écouter, et à ses paroles leurs cœurs brûlaient. La nuit commençait à tomber. Ils s'approchent le la maison et désirent rester encore avec lui, et le prient qu'avec eux dans la maison il entre aussi. On a allumé un flambeau, on apporte le pain et le vin. En prenant le pain, il leva les

yeux en haut en le rompant et rendit grâces : g même moment, comme si leurs yeux s'étaient 01 verts, ils reconnurent tous les deux que c'éta Lui-même, qui avait marché avec eux, qui pa lait avec eux, qui était à table et faisait toi comme ils l'ont vu faire, et leur esprit bondit. - «Ravis! » voulaient-ils s'écrier et se jeter vei Lui, quand tout à coup, à leurs regards, il devii invisible

DIDIME (en haut)

Moi, petite aveugle, je vous offre, à vous qi voyez, une petite lumière, une petite lumière.

(Deux jeunes gens, GLAUCUS et EUMÈNE, s'approchent d'elle prennent des cierges.)

EUMÈNE

D'ici nous ne pouvons plus avancer sans lu mière.

GLAUCUS (montrant la fillette)

Elle est aveugle?

EUMÈNE

Oui. Mais par tous les chemins, en observan des signes à elle, ici comme par la ville, partoui elle passera seule...

GLAUGUS

Et à nous, qui voyons, elle distribue la lumière !

EUMÈNE (en s'approchant de l'avant-scène)

Oui, mais c'est une simple coïncidence... tu ois, ici, nous avons un asile pour les pèlerins, eur premier repos. Ils arrivent de loin, d'Occilent, de l'Orient, de l'Afrique. Ils apportent des louvelles de toutes les églises, de tous les coins, te toute la terre. Autour des hôtes il y a toujours onversation.

GLAUCUS

Ici une aveugle distribuant la lumière !... à 'entrée un vieillard dans des chaînes, les bras, es épaules couverts de plaies, mais son esprit )lane dans les cieux et sur ses lèvres des paroles deines d'amour ! — tout ça c'est comme un songe nerveilleux!

EUMÈNE

Le patriarche! retourne-toi, le voici! Quand les îommes finissent leur labeur, quand de la lourde ;haîne il est relevé, — tous sont ici ! tous, iomme sur des fleurs mielleuses les abeilles, accourent entendre ses paroles... Ha lu les anciens ivres hébreux, il est lui-même de FOrient, il

fut chef de quelques peuples araméens, leui langues se ressemblent ; autrefois il vivait en щ plein de projets orgueilleux, et puis la défaite la perte de tout î Prisonnier, vendu, il traîne se jours en esclave; — eh bien — il dit que d l'existence la douceur il Га connue seulement ic par la grâce du Seigneur ; que c'est ici qu'il a goûl et compris la joie d'un aveugle recouvrant 1 vue; que dans les chaînes, sur une couche dun il a retrouvé ce qui nous est plus cher que 1 sceptre et la couroune et toutes les richesses d monde : — Dieu et la voie vers Lui! Depuis comme un voyageur, la nuit, au seuil d'une maiso éclairée, son regard ne se détourne pas de ce magnificences et il trouve dans leur contempla tion ce repos, cette force, ce calme par lesquel involontairement il domine et entraine tout ave soi, dans les hauteurs où il séjourne...

GLAUGUS

N'y est-elle pas tout entière, la doctrine di Christ, Eumène? Tout n'est-il pas dans la seul prière « Notre Père », dans la prière du règue d Dieu sur la terre? Si nous pouvions tous com prendre du Père la sainte perfection, et que nou puissions tous nous en bien pénétrer, la \l deviendrait une félicité éternelle et le mondi serait un paradis terrestre î Que nous fassioni

oujours sa volonté et le mal disparaîtrait pour ;oujours... Non seulement on oublierait le nom lu châtiment, mais môme du jugement !

EUMEN E

Àh ! Glaucus, par la raison on le comprend, et m voit de merveilleux exemples ; mais brusquenent on n'a plus de force, plus de foi, et on hésite et on attend comme devant un précipice — ou le salut, ou un faux pas — et la chute! Le patriarche Job est devant nous comme exemple... Mais... vois-tu, Glaucus, tout mon être est dédou- )lé ! un doute m'inquiète : conseille-moi. A demain îst fixé mon mariage et peut-être pour demain nême le décret de César ! Peut-être mes craintes îe sont pas à propos ; mais je frémis malgré moi i l'idée que je conduirai ma fiancée non pas devant l'autel, mais devant le bourreau, et si alors e lisais dans ses yeux un effroi ou un reproche nvolontaire — je faillirais... voilà ma crainte! elle n'oppresse et j'en souffre !

Si jeune, presque une enfant... J'entre, hier, la ristessedans l'âme. En plaisantant avec ses amies, îlle se dépêche d'achever sa parure nuptiale; et ;ïle voulait encore que je décidasse une discussion mtre elles à propos d'une couture!... Puis une mtre fois : le jour déclinait et toute la famille îtait réunie au jardin ; deux colombes au-dessus

de nous s'élevaient en cercle, toujours plus hau dans l'azur des cieux; elle suit du regard, n'osan pas respirer ; comme une étincelle brillante, ton jours s'affaiblissant, leur trace disparaissait dan l'azur... Elle me serre fortement la main et mur mure en souriant : c'est nous!... Quel ravisse ment et quelle douleur en même temps j'a éprouvés à ce moment... Que lui répondis-je Je ne sais plus... Excuse-moi, Glaucus ! au moin par un aveu je me suis soulagé le cœur...

GLAUCUS

Je te comprends ; mais je doute que tu n'aie pas tort devant elle. Je suis redevable à une femm de toute ma vie nouvelle, que j'appelle аіш depuis que j'ai connu le Christ. Ma mère m' élevé en mollesse, en me choyant. De cette opulenc je me suis après trouvé l'esclave, mais de 1 même opulence je jouissais en esclavage : moi maître était Mécène ; poète, artiste, c'est mo qui fus plutôt son despote, et il était content d'exé cuter tous mes caprices, étant fier seulemen des droits sur moi. Ainsi je ne connaissais pa d'obstacles à mes passions depuis l'enfance : ton jours entouré d'une foule d'amis, rien ne trouvai grâce devant nous partout où nous apparaissions Tout d'un coup je m'enflammai d'une passion oui! pour une femme mariée... Souvent je lavoyai

lasser couverte d'un voile... un petit enfant se ^ent parfois à son bras... J'invente de suite unstraagème : la faire sortir de la maison, l'enlever et la romper. J'ai composé mon discours et triomphant l'avance, mes amis en embuscade, je pénètre lans la maison et que vois-je ? sur des tapis épais die, un enfant sur le bras, un autre lui embrasse ecou, un troisième derrière l'épaule, à ses côtés, à .es pieds, tout autour, des enfants riants, et elle iourit, ceinte de cette vivante couronne de figures •nfantines ; tous àl'instant se sont serrés contre elle, route confuse : « Qui es-tu? pourquoi l'élan d'une imequi régnait ici sans méfiance, dans le mystère et lans le calme de sa sainteté, est-il troublé par ta présence?...» Tous les calculs, tous les mensonges avec esquels je suis entré chez elle se brisèrent. Que des mfants, excepté deux, les autres étaient des orphelins, que c'était une maison chrétienne, je le savais ivant. Je restai là comme pétrifié par la honte... Eumène, voilà ce que je veux dire : Il me semble que dans ta fiancée, encore jeune fille, doit rayonner la même mère future et la même providence pour ses prochains, que me fut l'autre plus tard... C'est à mon tour de m'excuser, je t'ai retenu.

(Ils s'en vont, ayant allumé les cierges. Pendant ce temps descend de 'escalier un vieillard aveugle conduit par un petit garçon.)

L'AVEUGLE (au garçon)

Ici on nous rassemblera et le décret sera déclaré !

Enfin!... Enfin mon jour arrive... je Гаі vu d< tout près, moi-même... Nous nous sommes attar dés en route et nous arrivâmes juste quand Pilat( l'amenait devant le peuple... Je me souviens di ce regard, les paupières un peu baissées, de touf$ l'image — je voyais alors — comme si elle s'était empreinte dans mon cœur — et pour toujours... Deux torches aux côtés — et Lui-même ceint d'une couronne d'épines... Je suis devenu aveugle, toul s'est obscurci dans ma mémoire... Lui comme

vivant Seul est resté... (Il s'arrête et écoute la voix de Job.)

JOB

Ne convoite pas les biens de la terre ! tu as accumulé des richesses et tu les as cachées ; ta pensée sera toujours avec eux, où que tu sois ! Ne ramasse des trésors que pour la vie éternelle...

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