DÉDICACE
Qu'il soit tout en sang, mon poème ; que l'image le Brineguilde soit terrible, mais à travers son casque et sa cuirasse un cœur tendre luit, et si tu éclairais son âme par le saint baptême; si tu ouvrais les voies tracées par le Christ à ses hautes aspirations, elle nous aurait manifesté cette image de la beauté et de la force d'âme, que tu nous as réalisée par l'amour et l'éternel sacrifice de toimême.
A. N. Maïkoff.
PERSONNAGES
Gldrune, la femme de Sigurd tué.
Brineguilde, femme de Gunar, frère de Gudrune.
Meddv, \
GuERMUNDE, I
Guervarde, > Reines.
Uklunde la Belle, l
L'ancienne Guilde. )
Au temps des légendes mythiques Scandinaves de l'Edda laine
Sigurd, mort, est couché sur un lit de parade; tout son corps, depuis la tête, est recouvert d'un voile d'or; à sa tête brûle un flambeau et à ses pieds, pâle, le regard fixe, est assise Gudrune. Les cinq reines sur les marches du lit sont assises tout autour. Seule, l'ancienne Guilde a un siège élevé. Elles sont arrivées de tous côtés à la terrible nouvelle. Des guerriers en casques d'acier entourent leur cercle. Plus loin se pressent les anciens, la cour et les serfs. Dans la salle, on entend le murmure et le bruit de la foule dans la cour.
Le matin Sigurd était parti à la chasse avec ses beaux-frères. Presque aussitôt on l'a rapporté à la maison, tout ensanglanté. Le sang coulait de dix grandes blessures.
Brineguilde entre dans la salle, en ouvrant largement la porte. Son vêtement de zibeline et ses cheveux sont pleins de poussière neigeuse. Le froid, derrière elle, pénétra par la vaste porte. La flamme du flambeau de tous côtés s'agita, en fumant. Le voile d'or de Sigurd tressaillit en étincelant. Les ayant tous regardés, sans rien
dire, elle s'en va dans un coin. Elle écoule en rej gardant fixement ce qu'on dit autour d'elle
Près de Gudrune, à ses pieds, se trouvai! Meddy.
Le chagrin est d'autrui — mais elle a le cœui sensible !
Ayant doucement touché de la main les genous de Gudrune,
Elle dit : « Chère ! C'est navrant de te regarder !
Comme si tu étais changée en pierre ! Prononce au moins une parole ! A peine tu respires, el encore chaque fois tu tressailles !
Je Je sais, ma colombe ! ton chagrin esl lourd !
Une lumière claire était dans ton âme — la nuit noire s'y est installée !
Petite fleur de clairière — chacun te foulera !
Petit sapin au bord de la forêt — chacun t'offensera !
Ma biche aux yeux doux ! Ma gazelle !
Cela se comprend, qu'il t'est pénible de vivre toute seule !
Courait-il dans les montagnes ton cerf? — tu le suivais ! Buvait-il dans le ruisseau ? déjà tu sautes et gambades tout autour ! Si cela ne dépendait que de ma volonté — je t'aurais emportée! Je t'aurais choyée dans mon château... Il fait si terrible et sombre ici ! »
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Gudrune, silencieuse, pour toute réponse, doucement de sa main froide écarta de ses genoux la main de son amie.
Guermunde parla : « Bien vrai, tu ferais mieux de pleurer !
Ça soulage, de pleurer d'un seul coup le chagrin amer !
Pour le premier chagrin tu trouveras encore beaucoup de larmes.
Mais quand d'autres douleurs viendront :
On serait contente d'en avoir — mais il ny en aura plus !
Sécheront à jamais toutes les sources vivantes
du cœur !
Quant à moi — j'ai enterré deux époux bienaimés ! Tous mes cinq lils sont tombés dans un seul combat!...
Par une nuit orageuse je les ai cherchés parmi
les cadavres.
Et je les ai retrouvés tous. J'ai chargé la barque de leurs corps, et, en voguant, près d'eux je restais sans paroles, sans larmes. Je pensais : Que me reste-t-il maintenant ? Pourquoi continuerai^ e de vivre ?
Mais tu vois — je vis. Deux petits-fils me restaient : je les élève. Je mène ma maison, le peuple, tout comme avant.
En folsting je rassemble les doyens. Je les juge.
Si l'ennemi vient par mer ou par terre — je le rencontre moi-même. En avant de tous marche mon char ou mon navire... J'ai juré de trans mettre aux petits-fils la couronne paternelle, n'en ayant cassé dans mes mains féminines un seul créneau.
Agis donc de la sorte, car il te reste une fille. $
Guervarde parla : « Et moi donc ? Combien n'ai-je pas souffert !
Nous avions un royaume, une armée, et une gloire !
Dans la maison — une grande famille, tou-s jours des hôtes, des fêtes ! Sur le rivage on ne voyait pas la fin de nos vaisseaux, pareils aux monstres marins innombrables, sortis des profondeurs des ondes, et couchés au soleil sur le sable, en dressant haut leurs têtes aux gueules de dragons !
Maintenant le chardon et la bruyère y poussent. Les Alains y ont passé ! Tout est brûlé ! On tuait les uns, on emmenait les autres en esclavage !
Moi — la reine — je me suis trouvée dans la foule des esclaves !
On nous chassait d'une place à l'autre, affamées, pieds nus...
Le kagan me prit comme femme. Chez lui, à ses fêtes, je remplissais de vin les crânes de mon père, de mon mari, de mes trois frères, tous les
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cinq, qu'ils ont montés en coupes. Et, avec un salut, je les présentais aux convives ! Eh bien ! je m'y suis habituée ! Même au kagan je me fis ! Aussi entourée d'honneurs, je vivais comme une reine... nous recevions des rois...
Mais un jour le kagan fut empoisonné... par un Grec quelconque...
Puis il vint une armée... César lui-même... tout s'enfuit !
Je me cachais daus les marécages, dans les bois, je pensais que la mort était venue — mais je me suis trouvée ici.
Et encore j'ai trouvé un mari, encore une fois je sais reine, — pour la troisième fois! Tu es jeune encore : qu'as-tu donc à te désoler ?
Quant au mari — attends — tu en trouveras un qui sera encore mieux ! Crois-moi, je le sais — chacun est cher à sa façon !
I J'ai pleuré même le sauvage Alain. »
Comme si elle ne voit rien, n'entend rien, Gudrune reste silencieuse.
Le regard errant devant elle, — rien ne colore sa figure.
Urlunde — la belle — parla : « Un an j'ai vécu avec mon premier mari, Gudrune; après sa mort, je pensais : tout est fini ! Cela ne vaut plus la peine de vivre.
Je me suis jetée même sur son bûcher : à peine les gens ont-ils pu me retenir ! Toute une
année je fus comme morte : je pleurais, sans manger et sans boire- Mais j'ai rencontré Otten — et je devrais avoir honte de l'avouer — j'ai honte, mais à vous, souveraines, je l'avoue :
J'ai rencontré Otten — et mon cœur s'alluma sans en demander la permission î Je ne sais pas ce qui m'attend, mais grâce aux dieux, de leurs dons je suis couverte comme de fleurs !
Mes enfants sont beaux ! L'aîné manie déjà le gouvernail, connaît tous les agrès, quand et comment dresser la voile, de sorte que déjà on l'appelle le louveteau de la mer !
Connaissons-nous notre destin? A peine est-on née, les Nornes ont déjà noué le nœud de notre sort pour toujours, et il n'est pas en notre pouvoir ni de le délier, ni de le renouer ! »
Après elle, désira parler l'ancienne Guilde : avidement toutes les âmes se suspendirent à ses lèvres.
Partout on ramassait ses paroles comme des perles :
« Dans les vieux temps les larmes nous étaient imputées à déshonneur.
Quand on se mariait, on savait que la fin du mari était notre fin.
Quand tu allais sur sa couche, tu pensais: ainsi tu le suivras au bûcher.
Je vis presque depuis cent ans. Eh bien ! la vie m'était-elle une joie?
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И y a déjà quarante ans qu'en mer mon roi est
parti.
A sa recherche j'ai envoyé des courriers : ils retournaient sans nouvelles. J'ai érigé une tour sur le dernier rocher ; je reste tout le jour dans la tourelle et les gardes en haut.
Que sa voile se montre : Je la reconnaîtrai parmi cent...
J'ai un vieux devin et une femme prophétesse, Valka la sorcière : elle habite une grotte au-dessus de la Guelle1. Un étroit passage existe dans la grotte, et, par une fenêtre qui donne dans la Guelle, elle voit les ombres de tous les pénitents. Le mien ne s'y trouve pas encore, dit-elle.
Le devin Snorro observe le Walhalla2. Odin lui apparaissait.
Il connaît des herbes ; il les brûle et tombe
évanoui...
Son esprit monte alors jusqu'au Walhalla ; I en se cachant là, il regarde la foule des dieux.
Il a vu le clair Baldour, Bragy le chanteur, Frigue, Odin, assis autour d'une haute table.
Les ombres combattent, se pourchassant sur de blancs coursiers, et les femmes, tout autour, les admirent.
Mon roi, mon roi Olaf, non plus n'y est pas !
Ainsi dans les trois royaumes je le guette,
i. La Guelle : l'Enfer.
• 2, Le Walhalla; le Paradis des Scandinaves.
Dès qu'il apparaîtra, je le saurai, et tout de suite je le rejoindrai. La barque remplie de résine inflammable est toujours prête, mon costume de reine, la couronne. Vite je me parerai, je me mettrai dans la barque, je gagnerai le large,' et, entonnant le chant nuptial, j allumerai la résine; et comme une colombe je me précipiterai a sa poursuite! »
La devine s'est tue : la flamme s'est éteinte. Silencieusement les reines inclinèrent leur tête devant elle.
Avec un salut profond, Meddy seule osa parler : « Maintenant, Madame, il n'y en a pas beaucoup de pareilles à toi ! Nous est-il possible de vivre avec une telle foi et une telle patience ! Le mari part...
Pendant des années on reste sans nouvelles. On attend, on vit — orpheline — ni épouse ni veuve.
On attend, en lui brodant des ornements, en dessinant avec de la soie ses faits et ses prouesses : on tient ferme, on patiente en mettant une couture près d'une autre. Mais ensuite une larme tombe sur le travail. On reste toute sa vie sur le nid, et lui, il s'envole, et parfois il s'envole si loin, qu'on a peur qu'il ait tout oublié ! »
Silencieuse, Brineguilde restait à l'ombre, sur un banc. Depuis longtemps elle n'entendait plus les sages discours des reines. Tout à coup elle se
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leva et monta sur l'estrade près de Sigurd, rejeta la pelisse de sa ferme épaule sur le bras, le voile blanc descendit de sa tête, vivement elle secoua ses nattes noires en arrière.
Sa robe était en or ; à sa ceinture pendait un poignard; un anneau d'or descendait sur son front.
Elle arracha de la tête et de la poitrine de Sigurd le voile et découvrit dix plaies béantes. A l'instant Gudrune bondit et s'écria, d'un tel cri, que ses cris résonnèrent dans les vases forgés qui, sur des planches, le long du mur, étaient rangés. Son cœur fut percé comme d'un glaive par le regard triomphant des yeux menaçants de Brineguilde.
Alors les paroles, comme un fleuve, débordèrent chez Gudrune :
« Va-t'en, détestable ! Cache-toi, va-t'en de chez nous !
Tu n'apportes avec toi que du chagrin et des larmes!
Ce sang, c'est ton œuvre! ce sang innocent!
Au sang dès ton enfance tu t'es habituée comme •au doux hydromel. Alain sauvage, mais point Щіе devais-tu naître ! De quoi est-il coupable, Sigurd devant toi, dis-le? Est-ce parce que parmi les maris il brillait comme un soleil? Est-ce parce %ue sa gloire fit le tour du monde? Tu voyais que, quand il sortait avec moi, tous nous faisaient place, nous regardant avec joie. Toi seule, tu nous
regardais comme un sombre nuage ! En été quand ils partaient pour la guerre, je ne voulaii pas qu'avec ses frères Sigurd s'en allât.
Je tremblais sur lui comme sur un petit enfant
Trois jours et trois nuits je le suppliai de rester, et il m'aurait cédé, s'il n'eût vu ton regard, tes lèvres serrées, ton mépris, ton sourire moqueur I
Quand il monta sur son cheval, je tombai sani connaissance. Te souviens-tu de quel rire médian tu partis? Sa mort déjà tu la voulais, tu la cherchais depuis longtemps! Réjouis-toi, le voici!.. C'est ton œuvre, à toi! Tu diras : J'étais chei moi ! Mais tes yeux seuls suffisent, tu tues d'ui regard, tu peux te métamorphoser en ours, ei aigle. On raconte donc qu'autrefois tu étais Wal kyrie ! Attends que ses frères arrivent, on rassem blera les anciens, et alors tu sauras si Sigun était aimé par son peuple ! »
Pour interrompre son discours, Brineguikh essaya de parler :
« Tais-toi ! » s'écria Gudrune, « laisse-mo tranquille un instant, laisse-moi pour qu'ai moins une dernière fois je le puisse regarder- Ah! Mesdames, amer est mon sort!
Aussitôt que j'y pense... aujourd'hui encore avec le jour il s'est levé, il marchait sur la point* des pieds, seul il s'est équipé; doucement il s'ap prochait de la porte pour ne pas me réveiller. Ji restais en feignant de dormir. Mais je voyais tout
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e me taisais, et au moment où il allait sortir, vite je me levai, je Гаі embrassé; il me prit dans ies bras et comme un enfant me recoucha et partit en riant.
Et là-dessus, je ne l'ai plus revu!
I Je me suis levée et suis sortie dans la cour — quand tout à coup je vois son cheval Grani accourir seul : Où est ton maître? lui demandai-je encore en plaisantant. Le cheval s'effondra par terre — des larmes coulèrent de ses yeux — avec des larmes, il pleurait — et toujours je ne comprenais pas encore! Puis, je vois qu'on l'apporte! lue suis-je alors devenue? Encore maintenant je rie puis retrouver mon esprit! Où suis-je? De quelle hauteur suis-je tombée? Tu voulais voir mes larmes, vipère! Réjouis-toi! Tu en auras assez pour toute ta vie! Bois-les, serpent, dessèche mon sœur ! Voyez comme elle s'est parée ! De For, de l'ambre, des bijoux... On dirait que ce n'est pas la mort qui est dans notre maison, mais une
loce !
Oh! mon pauvre, mon pauvre! » Et en joignant ses mains, à haute voix, elle se mit à sangloter et tomba sur la couche funèbre en rapprochant des genoux de Sigurd sa joue ardente.
Les cinq reines sentirent leurs cœurs se serrer.
De temps en temps elles jettent sur Brineguilde un regard oblique. Mornes, les gardes regardent en s'appuyant sur les boucliers. Dans la
foule, on entendait les sanglots des femmes. Doi cernent Brineguilde répond à Gudrune :
« Écoute, Gudrune. Maudis-moi maintenan autant que tu veux, verse sur moi toute la colèrque tu as dansl ame. Autrefois... hier encore... ti voix, ton nom bouleversaient mon sang, me voi laient le regard, il me semblait que je t'aurai déchirée tout de suite !
Mais avec un frein de fer je retenais mon esprit en me serrant les mains, je les coupais avec lé ongles. Aujourd'hui, je te répondrai tranquille sans colère.
Aujourd'hui, quand Sigurd tué fut apporté, pou la première fois je voulais respirer à pleine poitrine!... Je suis partie dans les montagnes, et la je me suis promenée dans les neiges; là je chan tais à mon aise le chant de la victoire — je chan tais comme un enfant, je chantais aux blanche aurores en m'amusant de leurs reflets roses su] les hauteurs des montagnes!... « La petite W al kyrie », déjîi m'appelait-on alors. — Plus tare « Walkyriela terrible » опте surnomma... Oui! j'ai abandonné la quenouille, j'ai mis une cuirassj et un casque, en Walkyrie terrible! C'est vrai 1 dans les combats j'apparaissais : mon glaive, à qi je voulais, donnait la victoire!
Ah ! ces années— c'était mon âge d'or! Comme un aigle je vivais dans une hauteur inaccessible I Les petites créatures, qui vivent dans les trousi
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ans la terre, dans des querelles mesquines — je ie les connaissais pas, je ne les voyais pas!... Ah ! ourquoi ont-ils voulu que je me marie!...
Nous avions un manoir — mon salut, penais-je était là ! Un manoir — sur une monigne, même en été couverte de neige. On 'avait qu a lever le pont-levis et ce manoir 'avait plus d'accès.
Le royaume de l'éternel hiver. Seule fleurit là, ans la neige fondante, une fleur d'un instant, {le famille de violettes. Tout autour — le bruit |s ruisseaux — les tonnerres des cataractes, parmt au-dessus d'eux des arcs-en- ciel dans la pous- Ire diamantée, le ciel bleu — et le monde infini mt autour!
l'ai dit aux miens que je me retire là. Que le jjnéraire qui saura me trouver étant dans ce îâteau, que lui seul sera mon mari. Là-dessus, I partis.
Combien de jours se passèrent là? — je ne sais is— je ne m'en souviens pas... Un jour, j'ouvre s yeux... était-ce un dieu lumineux, né dans le |r éther ou dans l'impérissable aurore, ou un ortel merveilleux, d'une beauté à moi inconnue? ^héros se trouva devant moi... Un casque d'or — |-memeétonnéet joyeux — avec le glaive baissé...
ai, ce héros — il est ici!... Le voici — mort
ast Sigurd!
Ses cheveux, continuait-elle en touchant de sa
main Sigurd, ses cheveux tombaient en bouc sur ses épaules...
Ses joues pâles brûlaient alors d'incarnat...
Sa bouche serrée — mais avec la lèvre sup< rieure relevée,
Gomme elle répondait alors à l'étonnement < ses yeux au regard clair, qui brillait et caressait ( même temps!
Dans un moment, nos cœurs s'embrasère:
d'une même flamme; ces bracelets, sur ses bras ■ vous les voyez — ces trois — en or jaune — i sont à moi ! Ces trois sur mes bras sont à lui! S place, devant lafacedescieux, nous nous fiançâtm nous nous jurâmes l'amour éternel, pour la vi pour la mort! »
Tous, enlevant sur elle leurs yeux, l'écoutaiei étonnés :
Seule Gudrunc baissait son regard confus.
En se maîtrisant avec peine, l'autre reprit :
« Vous le saviez, toi Gudrune et ta mère, à q était Sigurd! Vous saviez qu'il allait envoyer i demander en mariage ! L' avez-vous abreuvé d'i poison quelconque au festin, ou lui avez-vo endormi la mémoire par un sortilège? mais le jo même la tendre mère fiança avec lui Gudrune!
Eh bien! avez-vous réfléchi à ce qu'alors je dev devenir? De ma vie, de mon cœur, avez-vous pitié alors? Avez-vous mesuré l'abîme où vc l'avez enfoncé, le précipice, où dans la nuit ét<
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telle il n'y a ni soleil ni étoiles, où seule parfois wmfQe de l'enfer une flamme brûlante, où on l'entend que gémissements et malédictions, les torpres de l'amour profané, de l'amour pur comme с ciel? Quand tu le cajolais de ta basse passion, ^д étouffant en lui l'esprit divin par une honteuse nollesse, en tâchant d'endormir par des caresses le chatte son héroïsme, as-tu pensé qu'ici, tout >rès, à côté de toi, se trouvait celle dont par une m posture vous aviez volé l'honneur et le droit, ;elle pour qui l'amour est un sacrifice et un devoir?
Oui, tu y pensais! mais tu jugeais par toinême :
I « Elle s'y fera ! Si ce n'est pas celui-là, elle en limera bien un autre, pas plus bas d'origine, aussi bau et aussi un roi de la mer. » — Mais l'âme, tnalheureuse, pourrais-tu jamais la comprendre, l'âme, cette lumière céleste, qui nous luit dans [es cieux, qui nous donne l'accès dans leur cercle joyeux, dans le Walhalla !
Ecoutez tous maintenant. Oui ! c'est mon œuvre !
J'ai tout calculé, je l'ai menée jusqu'à la fin.
Je me lis demander par Gunar en mariage ; comme bru, je suis entrée dans leur maison, dans leur famille.
Je me suis mise à susciter la jalousie entre mon foari etses frères. Contre Sigurd, je leur ai monté la tête ; je leur prédisais un avenir pénible et déshonorant, ne cessant de leur répéter que Sigurd
serait seul roi ici ; que Gudrune ne laisserait pas ej repos son mari, même qu'elle nous ferait tous pé rir, qu'elle nous pousserait tous dans la misère..
Il est dit dans les runes : Contre Sigurd, 1< glaive de Sigurd. Il me fallait me procurer ce glaive La nuit, quand vous dormiez, je me glissai furij vement dans votre chambretie.
La lune t'éclairait, tu dormais sur sa poitrine
Au-dessus de vous, haut sur le mur, le glaive était suspendu. Je t'ai enjambée pour l'atteindre et l'idée : « Si ce n'est pas toi que je tuerai?» me vint, mais à l'instant je la chassai comme ш bourdon! C'était la nuit d'hier et à l'aurore c< glaive a déjà fait son œuvre — par les mains d< Gunar! Oui, c'est Gunar,et tous ses frères avec lui eux tous je les ai incités et je les ai amenés à nu volonté... Je leur ai fait un hachis de foie de loup avec des morceaux de serpents ; dans leurboissoB j'ai versé du fiel de crapaud ; ils mangèrent el burent toute la nuit, et devinrent tout à fail féroces! »
Terrifiée, contre Urlunde, Meddy se pressait de son épaule. Curieuses, Guervarde et Guermundè attendent la fin. La voyante Guilde demeure toute! tremblante, dardant sur Brineguilde son regard dej faucon. Doucement sanglotait Gudrune en se1 couvrant la figure. C'est à elle que Brineguilde adressa les dernières paroles :
« Ecoute. Je n'ai plus dans mon cœur de haine;
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contre toi. Tout ce qui oppressait mon âme est fondu comme la neige : elle est légère et joyeuse, comme alors sur la montagne, dans le manoir, quand je vis Sigurd. Même, pour te consoler, je peux te le dire... mon regard maintenant perçoit loin dans l'avenir... Que de sang '....que de sang!... Dans du sang périra toute votre famille. Etly vengera Sigurd... et toi... tu trouveras dans le vengeur ton bonheur... tu nous oublieras... Parfois comme en rêve tu penseras, comme si ton esprit s'était envolé dans un royaume fabuleux où tout lui serait étranger, où tout l'oppresserait, comme ces montagnes éternelles; tu penseras à ces hommes, à leurs images et à leurs passions — et ton âme frémira, comme un navigateur timide se trouvant sur l'Océan dans un canot fragile — et tu désireras retourner au plus vite chez toi, à la maison, près de ton mari, tes enfants, tes esclaves, ta quenouille.
Les premiers temps, mon image sera terrible pour toi! je te paraîtrai une cruelle et froide Walkyrie. Mais le nouveau bonheur te réconci- \ liera avec moi. Ce bonheur, diras-tu, jamais elle n'aurait pu le donner, ni à elle-même, ni à un autre, et tu diras la vérité! Il n'est pas d'ici mon • bonheur! Mon bonheur est sans envergure, mon bonheur sans limite est avec lui! »
En montrant d'un geste plein d'autorité Sigurd, elle s'alluma d'un triomphe éclatant, et comme si
elle perçait de son regard la profondeur des cieu lentement, d'une voix ferme, elle dit encore :
« Les dieux de leur trône nous regardent déjà.
Les Walkyries s'élancent à la rencontre d'une nouvelle sœur, en honneur d'un héros les héros frappent leurs glaives contre les boucliers. On prépare dans le Walhalla le festin nuptial. » Et s'adressant aux esclaves : « Donnez-moi la couronne. » Comme pour un festin, sans hâte elle la mit. Elle posa ses genoux sur la couche de Si-? gurd et dit ces paroles : « Comme dernière volonté, je veux que vous me brûliez sur le même bûcher que Sigurd. »
Ayant délié les agrafes de sa robe, elle découvrit sa poitrine, et de la main ayant tâté son cœur, elle ajusta entre ses côtes la pointe du couteau. De la main droite elle frappa, avec force puis, ayant chancelé, elle tomba sur la poitrine de Sigurd.
Meddy et Urlunde s'écrièrent. Gudrune regarda, en ouvrant largement ses beaux yeux pleins d'effroi, comme si de sa pensée elle était impuissante à embrasser tout ce qui se passait. L'ancienne Guilde, se dressant avec impétuosité sur son fauteuil, et secouant les mèches blanches de ses cheveux, seule, en joignant les mains vers le ciel, s'écria dans une sainte extase : « Gloire, Brineguilde, à toi, gloire à toi, qui as trouvé un mari pour l'éternité, pour une vie inséparable! »
Pages.
Introduction !
Dédicace 3
GENRE ANTHOLOGIQUE
L'octave 5
Le sommeil 6
Sur ce promontoire sauvage 7
Dans un cahier oublié 8
Tout nourrit dans mon âme 9
L'art d0
La source de la montagne 11
L'épitaphe *2
La pensée du poète 13
J'aime à passer 14
CROQUIS DE ROME
Fortunata ^
Dis-moi, as-tu aimé 16
Les harpes d'Éole • • • 18
Comme les légendes 19
FANTAISIES
Pag
L'os antédiluvien 9fl
Un rêve d'une nuit d'été 99
Le printemps 94
Le champ ondoie de fleurs 95
Sous la pluie 26
Les sons de la nuit 27
Dans la forêt 28
Les nuages 29
Pan ;!".!!'.!!!;!" зо
Les hirondelles 39
Les feuilles d'automne 34
DE MON JOURNAL
J'aime quand ta tète 35
Sachant maîtriser 36
Pareille à une colombe 37
VOYAGES
О Océan 3g
De l'album napolitain 39
INTIMITÉ
Le champ 4q
Nuit de moisson 42
L'anachorète 43
Les cygnes blancs 44
Pourquoi revêtir 45
Pages.
L'œuvre achevée 46
A S. A. I. le grand-duc Constantin 47
Tout ce qui faisait tressaillir 48
AQUARELLES
Les vagues mortes 50
L'orpheline SI
Au bord de la Marmara 52
l'album d'antinoûs
Un haut palmier 53
Seul, sans forces , 54
Au-dessus d'une rivière 54
Il n'y a pas de mort 55
Vous vous êtes perdues 55
Tu ne vis pas pour la première fois 55
Il était prosterné 56
Regarde, oh ! regarde 57