PREFACE. Y
vain qu'il invoque ou proclame Vénus aphrodite. Ce rêve de poëte, qui embrasse ardemment le règne de la chair, ne pénètre pas dans la vie réelle de l'homme qui vit dans le poëte. Platon et le christianisme ont mis dans son âme vingt siècles de spiritualisme qu'il ne lui est pas possible de dépouiller, et, quand il a épuisé toutes les formes descriptives pour montrer la beauté reine du monde, et toutes les couleurs de la passion pour peindre le désir inassouvi, il retombe épuisé pour crier à l'idéal terrestre : Tu n'aimes pas !
Voilà pourquoi, après avoir dit : Non, le lyrisme n'exprime pas l'homme réel, on peut dire aussi : Oui, le lyrisme révèle le fond de l'àme du poëte, et moins il a la prétention de se montrer en personne dans ses vers, plus il trahit les tendances supérieures de son être.
Ici vit le grand combat qui, depuis deux mille ans et plus (beaucoup plus), tourmente et stupéfie l'àme humaine. C'est l'éternel pourquoi des générations avides d'un idéal mal cherché et qui semble insoluble encore à la plupart des hommes. Ce n'est pas ici le lieu pour philosopher et pour insinuer une vague intuition, une tremblante espérance de cette solution tant rêvée. C'est d'ailleurs aux poètes eux-mêmes qu'il