VIII PREFACE
faut la demander. Ils sont les précurseurs des métaphysiciens, s'ils ne sont pas les vrais métaphysiciens ; qui sait? Pour moi, je n'affirmerais pas bien résolument le contraire, et je dis que la lumière naîtra d'une sensation traduite par l'élan poétique. Une impression spontanée, chez un esprit supérieur, caractérisera tout à coup l'homme nouveau. Sera-ce l'amour ou la mort qui parlera? Peut-être l'un et l'autre. Peutêtre que dans l'extase du plaisir, excès de vitalité, ou dans la volupté du dernier assoupissement, paroxysme de lucidité, l'âme se sentira complète. Alors la vraie poésie chantera son hymne de triomphe. Les mots esprit et matière feront place k un mot nouveau exprimant une vérité sentie et non plus cherchée, et ce qu'un révélateur aura éprouvé passera à l'état de vérité, en dépit de toutes les discussions métaphysiques et de toutes les analyses anatomiques.
Nous n'en sommes pas là. Jamais la scission entre le rôle de l'esprit et celui de la matière n'a semblé plus prononcée en philosophie et en littérature. Donc l'homme est encore trop jeune pour se comprendre et se connaître lui-même. Tant mieux ! C'est un grand avenir ouvert pour les poètes et les artistes.
Les chants que voici sont des cris d'appel jetés sur
PREFACE. Tx
la route. Ils sont remarquablement harmonieux et saisissants. Ils ont l'accent ému des impressions fortes, et le chantre qui les dit est un artiste éminent, on le voit et on le sent de reste. Souhaitons-lui longue haleine et bon courage. Nous avons lu ses vers en épreuves ; nous ne savions pas encore son nom : notre admiration n'est donc pas un acte de complaisance.
Paris, mars 1866.