‹ PoésiesChapitre 45 sur 74 · NÉNUPHARS · texte numérisé non relu

NÉNUPHARS

Sur l'eau uiorle et pareille aux espaces arides Où le palmier surgit daus les sables brûlants, Le uéuuj)bar em|)lit de j)arlums somnolents 1/air pesant où s'endort le vol des cantbarides.

Sur l'eau morte à l'aspect uni comme les flancs D'une vierge qui montre aux cieux son corps sans rides, Le nénnpliar, nombril des chastes néréides, Creuse la lèvre en fleur de ses calices blancs.

Sur l'eau morte enir'onvrant sa corolle mystique. Le nénuphar apporte mi souvenir antique : — Vénus marmoréenne, éternelle Beauté,

Tou image me vient de l'immobilité.

Et sous tou h'out poli je vois tes yeux de pierie,

Connne les nénuphars piolouds et sans jtaupière.

VESPKRA

Le soleil, déchiré par les rocs ténébreux, Tombe, comme César, clans sa robe sanglante. Avant de nous quitter, l'heure se fait plus lente, Et de confuses voix murmurent des adieux.

C'est le soir! — L'horizon se remplit de lumière, Lt la pourpre s'allume aux rives de l'azur; Et le flot attiédi, plus profond el plus pur, Enivre de chansons la rive hospilalière. ,

Derrière les brouillards où Phébé va s'asseoir,

La dernière colline a caché ses épaules;

L'onde baise tout bas les longs ciieveux des saules :

Vesper luit, comme un })leur, dans l'œil profond du soir

(In eiileiid Jimiiniiivr, sous les K'iilcs iiiursiiros Di's lierres vu^aboiids, les elièiies orniieilleiix, El les soupirs loinl;iiiis (jii'élèvenl vers les cieux: ).es pins eiisaiighiulés d'odoranles blessures.

C'est l'heure où (oui eœnr fier fuil dans la liberlé. Vj\ seiilaui se rouvrir la blessui'e reriiiée, Taudis qu'au seiu des Heurs la ualure pâmée I)oil la fraielieur de Tondire el l'inuiiorlalilé!

r.\ VIE DES CHOSES. . 207

Les ombres s'allongeaient, à des dragons pareilles; Les grand'^ bois, aeeroupis au bord de l'borizon, Semldaient des bœufs coucbcs ou de frileuses vieilles. Qui cbauffent leurs pieds morts alentour d"im tison.

Dans l'azur immobile et poli comme un marbre, Des étoiles filtraient, pareilles à des pleurs; Et la sève, perlant sous l'écorce de l'arbre, Emplissait l'air voisin de puissantes odeurs.

A l'ombre des roseaux dressés comme des piques.

Les grenouilles , en cbœur, jet aient leurs voix rhythmiques ;

De nocturnes oiseaux, dans l'air, trayaient des ronds.

Et la brise, frôlant la cime des bruyères

En soulevait l'essaim vibrant des moucberons

Dont la lune arpentait les vivantes poussières.

IIÏ

Luisante à l'horizon comme une lame nue, Sur le soleil tombé la Mer eu se fermant De son sang lumineux éclabousse la nue, Où des gouttes de feu perlent confusément.

Comme une foule émue après un châtiment, Sous l'oblique rayon des étoiles sacrées, Une procession d'ombres démesurées Derrière les troupeaux chemine lentement.

On dirait ({u'un vieil orgue aux lentes harmonies, De l'océan désert peuplant l'immensité, Murmure dans la nuit de graves litanies, Et qu'un Miserere par la vague est chanté.

Et, comme au bout d'un bras un chef ensanglanté, La Lune monte au ciel, qui, dans la nue obscure. Semble, avec son front pâle et sa morne figure, La tête sans cheveux du grand décapité.

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JV

La lumière qui fuit vers l'horizon plUs pur, Comme une ronce folle aux plis traînants d'un voile, Se pend au bord des cieux flottants, et chaque étoile Semble une épine d'or qui déchire l'azur.

Les feuillages aigus que sa robe balaie Montent au front de Dieu dans l'éther emporté ; Puis la lune à son flanc ouvre une large plaie Oïl la terre, en rêvant, vient boire la clarté.

Car la splendeur des nuits est laite de blessures; Leur silence est douleur et non sérénité : Un Christ inconnu saigne en leur obscurité.

Sur tous, l'ombre et l'amoiu' enlacent des morsures; Et chaque souvenir, renaissant et vainqueur. Semble une épine d'oi' qui déchire le cœur!

l.A VIE DES CHOSES. 211

Lo vont frais a doublé les ailes de la nue

Dont le soleil tombé, comme un Partlie qui fuit,

Ensanglante le vol d'une flèclie inconnue :

L'herbe tremble au toucher des pieds froids de la nu il

Vénus, qui de sa mère enfin s'est souvenue, Sur le flot éploré q)enche son front qui luit : L'innombrable baiser de l'onde la poursuit Vers son lit d'algue verte à peine revenue.

Tout se hâte d'accord vers un commun retour; Et, rempli des senteurs qu'exhalent les pelouses. Sous les toits citadins où brûle encor le jour

Une à une soufflant les lumières jalouses, Vers les lits parfumés des nouvelles épouses Le vent frais a doublé les ailes de l'Amour.

Derrière les grands joncs, rôdeur mélancolique, Le crapaud fait tinter sa langue de cristal, Et rhythme, comme un bru il mécanique et fotal, L'innombrable retour de son cbant bucolique.

La couleuvre aux yeux verts pailletés de métal Soudain jette au chanteur sa stridente réplique, Et glisse jusqu'à lui sa course famélique. Avec un sifilement ironique et brutal.

Tout re tait, et l'horreur de l'ombre en est accrue, Et puis, le regret vient de la voix disparue : Quand le soleil lassé clôt le cycle vermeil

Où l'aiguille de feu tout le jcur se balance,

Le nocturne veilleur comptait l'heure au silence,

Et mesniait aux bois la douceur du sommeil.

Des souffles attiédis, sous les cieux taciturnes, Roulaient le fleuve errant des vivantes odeurs, Lointain enchantement des floraisons nocturnes, Du monde des parfums invisibles splendeurs !

J'en oubliai l'effroi de ces ombres moroses

Que l 'heure à nos cerveaux comme aux mont s vient asseoir ,

Et j'admirai comment l'air pénétrant du soir

Fait jusque sous nos fronts monter l'âme des roses.

J'avais maudit l'azur et ses illusions; Mais sentant, réveillé des mornes visions. Respirer sous mes pas l'argile maternelle.

Le désir me surprit de me mettre à genoux Et d'adorer, perdu dans la nuit solennelle, Cette grande pitié de la Terre pour nous !

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