‹ PoésiesChapitre 60 sur 74 · LA NEIGE · texte numérisé non relu

LA NEIGE

On dirait que la Terre a bu le sang des lis Et d'ini deuil éclatant voile cette hécatombe; Car déjà la blancheur des marbres clôt la tombe Où dorment pour lougtemps ces doux ensevelis.

Je t'adore, ô pâleur des vierges trépassées Dans l'éblouissemeut des rêves amoureux, Emportant dans l'azur les essors douloureux De leur âme pareille aux colombes blessées !

Quel vent a flagellé l'aile que tu parais.

Doux et flottant duvet tombé du vol des anges,

Et secoué daus l'air tes floraisons étrauges

Oui font comiue uu printemps à l'iiibernal cyprès

Les cygnes se sont-ils lienrtés contre la nue, Cherchant aux cieux l'azur de leurs grands lacs fermés? — Ou Psyché, renouant ses voiles parfumés, De ses jeunes candeurs s'est-elle souvenue ?

On dirait que la Terre a pitié de nos morts, Et, Vierge devenue au toucher de la neige, Suspend des floraisons le travail sacrilège Dans ses lianes qu'au repos invite le remords.

0 Neige! tu m'étreins le front sous le mystère De ta froide splendeur et, comme épouvanté, Je pense que, des cieux déchus de leur clarté, Le lait d'une déesse a coulé sur la terre.

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246 Ï-A Vît].

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Parlez, terrestres voix, chant nocturne des choses,

Des langues à venir chuchotement lointain,

Cris des enfantements, choeur des métamorphoses,

Dernier adieu des morts dont la forme s'éteint ;

Bruit des déchirements sans lin de la Matière, Lent et plaintif écho des engloutissements, Lente et sourde clameur dont la nature entière Dénonce le travail ohscur des éléments;

Montez dans l'air léger, voix nocturnes des tombes, Et 1 ercez, dans l'azur indifférent des cieux, L'appétit des corbeaux et l'amour des colombes Et los chers souvenirs des cœurs silencieux!

Exilés de la joie et de la foule impie, Les amis des tombeaux vous écoutent, charmés : Chantez l'hymne suprême où leur oreille épie Des mots, des mots connus et des rhythmos aimés!

Vous êtes la pitié de celle qui nous tue Et dont l'amour tardif nous défend de mourir, Et qui, le coup frappé, laisse l'âme abattue Regagner lentement la force de souffrir ;

Vous êtes la pitié cruelle de la Vie, Et douces cependant à qui vit sans remords. — Cher et tremblant reflet de la flamme ravie. Monte dans l'air léger, chant nocturne des Morts!

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