‹ PoésiesChapitre 64 sur 74 · L'INQUIÉTUDE DES MOMIES · texte numérisé non relu

L'INQUIÉTUDE DES MOMIES

Plus haut que le vol des ibis Et la pointe des granits roses, Et les pyramides moroses, Et le vieux temple d'Anubis,

Des âmes rêvent, endormies :

Les âmes d'hommes anciens Qui furent les Égyptiens Et ne sont plus que les momies.

— Elles rêvent, — et, doucement, Sur le sistre étoile des nues.

Modulent des chansons connues Du peuple des morts seulement.

258 l\ VIE.

C'est 11110 musique sans nom

Pareille à celle que l'argile

— Dès qu'aux cicux moulait l'aube agile,

Cliaulait aux lèvres de Memiion ;

(( Quand les jours seront révolus, Reyêtirons-nous la jeunesse?

Ils sont si lents qu'on ne sait plus » S'il est assuré qu'on renaisse.

(( Vêtus comme des chrysalides Et cachés au fond des tombeaux, Sous leurs bandelettes solides Nos corps restent fermes et beaux,

« Mais si le temps vient de l'oubli, Pourrons-nous bien les reconnaître?

Pour être mieux enseveli En est-on plus sur de renaître?

(( Sans doute les portes sacrées.

Les cent portes d'or de Memphis Depuis longtemps sont demeiu'ées Ouvertes sur nos derniers fils,.

(( Et des reptiles sont venus Qui, sous leurs armures squameuses, Ont fait glisser leurs ventres nus Tout le long de ses tours fameuses ;

(( Des crocodiles faméliques Qui, sur la pierre las d'errer, Auront englouti les reliques Où nos soufiles devaient rentrer

« Faudra-t-il, pour reconquérir Le terrestre habit de nos âmes, A notre tour faisant mourir, Fouiller des sépulcres infâmes?

« Mieux vaut, loin du fleuve et des îles, A travers les sables brûlés Fuir et, pour suprêmes asiles, Chercher des corps inviolés ;

« Et, dans les mêmes nœuds charnels S'il nous finit, deux à deux, descendre. Unir deux souffles fraternels Pour échauffer la même cendre.

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