LA RE^'AISSANCE MORTELLE
Las des rapides jours et des lentes années, Des soirs tristes, des nuits mornes, des gais matins. Vers les Temps éternels, continus et lointains Que ne troubleront plus les heures obstinées.
Vers les Temps éternels mon rêve s'est enfui Par delà l'iiorizon dos sépultures vaines, Vers les Temps éternels donl les douleurs humaines Ne mesureront plus le monotone enimi !
Vers le Toujours promis de mes amours passées, Vers l'azur où l'extase a figé les soleils Dans l'immobilité des cieux toujours pareils, Mon Ame tend l'essor de ses ailes blessées.
Une glace éternelle a sculpté les flots blancs De la mer qui m'attire, et les ports sont moins calme: Que sa morne étendue où, pareils à des palmes, Sont couchés les sillons jadis faits à ses flancs.
Puisque tout uiouYcmcul pousse vers uu abîme, Tout esjioir vers un douie ou ])ieu vers lui remords, El qu'iui baiser sans fui u'esî qu'aux lèvres des moris, Vienne enfin bi pilié du tombeau magnanime!
Sous l'oblique regard des Orients vermeils Je veux, tel que Memnon, m'endormir dans la pierre. Le grand sommeil des dieux tente seul ma paupière, Ayant lassé l'oubli des lerrestres sommeils.
La pale encbanteresse, à mon clievet penchée. Laissa choir de ses mains lasses sa lampe d'or, Et, comme une maîtresse indifférente, dort, Dans ses cheveux et dans ses longs voiles couchée.
Rêve des cieux fermés et des jours révolus, Fantôme virginal et doux, ô fiancée Des célestes amours, ma ])lanche trépassée. Ne te réveille pas! je ne t'appelle plus.
L'azur a bu ton sang dans quelque aurore antique. Avec le sang des lis et des dieux méconnus, Et les rouges soleils ont brûlé tes pieds nus, 0 pâle sœur d'Icare, ô vision mystique!
Spectre divin, dans l'aube errante évaporé, Corps deveuii parfum, parfum perdu, nia bouche Se sèche à l'aspirer dans l'air mortel que touche Le vol noir de la nuit froide oii je le suivrai.
Je lasserai le vol de la nuit qui t'emporte,
Et, fermant les yeux d'or des constellations,
J 'oubli rai ta splendeur avec les passions
Qu'allume dans mon sein ton souffle épars, o morte!
Puisque, mêlant ta voix aux terrestres rumeurs,
Ton être épars m'entoure, et, fidèle, réclame
La foi jurée, — au seuil des ténèbres de l'Ame
Ne m'attends plus ! — Reprends ton corps auguste et meurs !
Uepreads ton corps auguste et sois corps tout entière,
Puisque la Mort s'arrête à l'esprit triomphant,
Et que de sa pitié toute àme se défend,
Et qu'un souffle sufflt à sauver la poussière.
Loin du souffle obstiné des créateurs pervers, Des rêveurs, des printemps et des métamorphoses, Revêts, pour t'y mouler dans l'oi'gueil de tes poses, La neige qui fera les éternels hivers.
Sous des éclats pareils et des blauclieurs égales, Tes ibriiies dans la neige à jamais revivront : Lève-lui seid dans l'ombre où j'ai caché mon i'roid, Astre froid des cieux noirs et des nuits boréales !
Revêts, })our y dresser ton spectre radieux, Quelque granit perdu dans l'inerte matière, Aussi dur que l'airain, jjIus blanc que la lumière, Moins vivant que le marbre habité par les dieux!
J'étais chaste à jamais de t'avoir possédée, Fille auguste et terrible, ô Yeslale, ô ma sœur : Car, dans tes bras sacrés, j'avais pris la douceur D'anéanlir en moi la Forme sous l'Idée.
La pudeur de mon rcve a trahi mon amour, Et, dans la nuit de l'Ame où je l'ai poursuivie, Vainement je te cherche, ô Cruelle, ô ma Vie, Et je me sens aveugle à ne plus voir le jour.
Réveille mes yeux morts, ô Cruelle, o Lumière, vSoleil d'un lirmament ou lanqje d'un tombeau, Rallume ta splendeur sur l'autel large et beau Où l'unie encor l'encens de ma ferveur première.
Que renaissent en loi, sous mes regards jaloux, Tes Beautés, visicnis que nulle ombre n'efface, 0 Pâleur, ô Clarté nocturne de ta face ! 0 Douceur de tes yeux si mortellement doux !
0 Langueur, cieux lointains que ton front rêve encore !
0 Rougeur de ta lèvre ouverte sur les cieux!
0 Charme enveloppant tes traits délicieux !
0 Parfums, souille errant sur tes fraîcheurs d'aurore !
0 Gloire de mon Rêve, à jamais mise en toi. Forme exquise et puissante en mon cerveau dressée, Incarne-toi dans l'ombre oii t'étreiut ma pensée : — Reprends ton corps auguste et ne meurs qu'après moi