‹ PoésiesChapitre 67 sur 74 · LES IMMORTELS · texte numérisé non relu

LES IMMORTELS

h pense quelquefois qu'à ceux-là seulement Que vierges elle a pris, la Mort laisse leur àme Gomme une récompense ou comme un châtiment.

ils aimeront ailleurs plus implacablement, Ces âpres dédaigneux de l'amour de la femme ; Car, plus que nos désirs, leurs rêves sont cruels.

Et seuls, ils connaîlront, après riiumalne vie, L'éternel renouveau des cieux spirituels Où se rafraîchira leur ànie inassouvie.

Je ne sais, cependant, si je leur j)orle envie . Leur chimère peut-elle égalei' les douceurs Dont s'enchante, i)our nous, votre beauté fragile,

Cher et vivant troupeau de mes terrestres sœurs? Entre vos bras féconds, nous, les fils de l'argile, De l'immortalité rapides possesseurs.

Nous léguons à des tlls l'heur de nous faire vivre, Puis vers le grand repos cheminons sans remord ; Car chaque volupté dont l'Amour nous enivre

Comble un peu du néant que nous garde la Mort ! Et tous meurent pourtant, pleins du rêve de suivre, Par delà l'inconnu visible des tombeaux

Et l'horizon banal où se clôt la matière,

Des chemins infinis vers des mondes plus beaux.

Et nul ne croit avoir vécu sa vie entière.

Vienne la floraison des divins renouveaux ! Mais son enchantement n'est qu'ironie et leurre S'il ne te rend à nous, ô spectre radieux,

Lumière de la voie et délices de l'heure.

Corps féminin pareil au souvenir des dieux!

— Car, si tu ne renais, toi seul vaut qu'on te pleure !

268 LA YIE.

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