‹ PoésiesChapitre 69 sur 74 · CONSTANCE · texte numérisé non relu

CONSTANCE

Pour qu'à respéraiice il no cède, J'ai muré mon coeur révolté Dans la morne fidélité Du souvenir qui le possède.

Vers l'horizon où l'aube a lui Pour qu'un vain rêve ne l'emporte, Comme une inexorable porte.

J'ai fermé le passé sur lui.

J'ai dit : ma part me fut comptée D'aimer sans en savoir mourir.

L'ombre est douce à qui veut souffrir Que me ferait l'aube enchantée?

Puisque ne peut ui'èlre rendu L'iieur de revoir le doux visage Qui fut ma joie et mon courage Et que, perdant, J'ai tout perdu!

L'EXIL

L'EXIL

A l'orgueil de mon rêve énamouré des cieux, Ta beauté surhumaine a fait une patrie. Tourné vers l'Orient, proscrit silencieux, Le temps n'a pas lassé la lerveiu' dont je prie.

Le temps n'a rien changé dans le cours de mon sang. Les rives qu'il poursuit, tes pas les ont foulées. Je mourrai l'œil tendu vers le soleil absent, Et le sein grand ouvert aux brises envolées.

L'air vide et le ciel \ide ont roulé, sur mon front. Des matins sans fraîcheur et des nuits sans aurore. Mon souffle et mon regard ensemble s'éteindront.

Mais, vers l'astre natal, ils monteront encore !

Ils iront se brûler à son nainbeau veniieil Plutôt {jue (le mourir dans la nuit étemelle ! Ah! pour les bien garder tout entiers au soleil, Je veux elore ma bouche et clore ma prunelle.

Car l'aube qui jadis lit ployer mes genoux,

Luit encor sous mon front, dans sa clarté première ;

Aveugle volontaire et de son mal jaloux.

Dans mes yeux refermés j'emporte la lumière.

J'ai voulu demander ma grâce bien souvent, Mais la terreur m'a pris de ta face superbe, Et mes os ont tremblé comme la feuille au vent ; Mon courage a ployé comme eût fait un brin d'herbe.

J'ai voulu confesser le crime châtié,

Et juscpi'au repentir lâchement condescendre :

J'ai pensé (pie les dieux ignorent la pitié,

Et détournent leurs yeux des fronts tachés de cendre.

J'ai peusé que les dieux ignorent le remords, Que la ])rière insulte à leur grave pensée. Et que les oubliés comptent parmi les morts. Dans l'austère dessein de leur bonté lassée.

L'EXIL. '270

Je reste donc muet comme dans un tombeau : Du souvenir en moi veille la lampe sombre. J'ai la brûlure après la clarté du flambeau, La brûlure du feu dans le froid noir de l'ombre !

Et j'attends ! Cependant qu'un monde prosterné Boit une âme au cbemin de ta beauté farouclie, J'attends qu'un rayon seul, au vide abandonné, Descelle, en les toucliant, ma paupière et ma boucbe.

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