‹ Poésies. Augm. de pièces inédites. Publiées avec pref. et notesChapitre 11 sur 24 · PREFACE X:X · texte numérisé non relu

PREFACE X:X

Ménage', Saint-Evremond* et la plupart de ses quarante collègues; il correspondit avec le musicien Lambert, et partout il fut reçu sur sa belle mine et son esprit. Daniel de Cosnac, évêque de Valence, qui avait eu déjà un de ses frères pour secrétaire, résolut de se l'attacher pour le même emploi. Nous croyons que le poëte était à ce moment assez mal dans ses finances. Son épître dédicatoire à M. Mole, conseiller du Roi, témoigne d'une gratitude de cœur, mais aussi de bourse, car il dit : « Quoyque j'eusse déjà le nécessaire, la vie ne m'estoit pas trop agréable; on n'est heureux que du superflu. Grâce à vostre générosité. Monsieur, sans le secours de la philosophie, je puis vivre content. » N'est-ce pas significatif? Montreuil avait dissipé la plus grande partie de sa fortune dans les {voyages et les plaisirs. Il suivit M^"" de Cosnac

1. Ce fut Montreuil qui déroba à Ménage, ou plutôt à un nommé Girault, à qui Ménage l'avait confiée, la Requête des Dictionnaires, en copie manuscrite. C'est à lui, dans un sens, que nous en devons l'impression. V. Ménage, Ant. Bailletj et Asselineau. Recueil des facturas de Furetière, t. II, p. 3 3 3.

2. Saint-Évremond ayant fait présent à Montreuil de ses Œuvres mêlées, où il se trouve une pièce intitulée : Idée de la femme qui ne se trouve point, celui-ci l'adressa à une demoiselle avec ces vers, qui n'ont pas été imprimés :

la femme parfaite en tout point Est celle qui ne se trouve point :

Saint-Évremond le dit. Que vous a fait ce grand esprit Pour luy donner un démentie

XX PRÉFACE

lorsque celui-ci fut nommé archevêque à Aix, et, grâce à la protection de ce prélat, il obtint, vers 1690, le greffe de l'Université '.

Daniel de Cosnac ne nomme pas une fois Montreuil dans ses Mémoires. Cela est curieux et étrange à la fois, car ces Mémoires, bien rédigés et nourris d'intéressants récits, auraient pu nous révéler sur Montreuil quelques circonstances de la fin de sa vie, qui pour nous est assez obscure.

Richelet place la mort de Montreuil en 1682; Ladvocat, dans son Dictionnaire historique, dit qu'il mourut en 1 691, et Mor^rt veut qu'il soit mort à Valence en 1692; la Biographie universelle de Michaud donne l'année 1692, à Valence. La question pourrait donc être fort indécise si le registre de la paroisse de Saint- Sauveur, à Aix (année 1691, f° 5o), ne nous fournissait l'extrait suivant : « L'an 1691, et le vingt et unième du mois d'aoust, a été enseveli dans cette église Saint-Sauveur M. Mathieu de Montreuil, mort

I. Une lettre de M"* de Sévigné, à la date du i3 novembre 1689, prouve que Montreuil se trouvait déjà à Aix cette même année. M. de Calvy, juge de Grasse, fit à cette époque le mauvais quatrain suivant :

Mathieu de Montreuil, par Boileau tant vanté. Dont la prose et les vers charmoient toute la France; Mathieu de Montreuil est en Provence, Greffier de l'Université...

V, les Rues d'Aix , par Roux Alphéran , in-S"*, 1846, t. pf, p. 284, et De Haitze, Histoire d'Aix, ms., liv. XXIV, § 27.

PREFACE XXr

le même jour, âgé d'environ quatre-vingts ans, natif de la ville de Paris. Présents, etc. »

La plupart des œuvres de l'abbé Mathieu de Montreuil se trouvent dans les recueils de Sercy et de Barbin. Boileau ' s'en moque agréablement dans sa septième satire, lorsqu'il s'écrie :

On ne voit point mes vers, à l'envi de Montreuil, Croiiir impunément les feuillets d'un recueil.

Cette épigramme vise évidemment Mathieu, et non ses frères; mais nous sommes persuadé que le plus grand nombre des pièces que l'on trouve dans les Parnasses de 1645 à i665, et qui portent la signature De Montreuil, ne sont pas de l'abbé. Tous les Montreuil étaient poètes, même l'Ursuline, dont nous avons vu quelques vers assez bons, entre autres un sonnet (Recueil de Sercy). Il est donc assuré que dans l'édition qu'il a donnée de ses œuvres Mathieu de Montreuil n'a recueilli que celles qui lui appartiennent en propre, laissant ses frères au chaos des Recue/Zs de toute sorte, où nous nous sommes bien gardé de prendre la moindre pièce qui ne fût pas consignée dans les éditions de l'abbé.

I. Il est curieux de lire une note de Brossette sur les rapports de Montreuil et de Boileau, qui furent toujours excellents. Despréaux estimait infiniment son confrère et lui adressait un exemplaire de chacun de ses ouvrages.

XXi: PREFACE

Nous avons cependant à déplorer la perte d'une partie des manuscrits de Montreuil. Il avait entrepris de commenter le Cyrus de M"® de Scudéry, et nous eussions été curieux de juger de ses qualités incon testables pour développer la quintessence métaphysique de ce lourd et interminable roman. D'un autre côté, nous trouvons dans les Nouve//cs oeuvres de René le Pays une lettre de Grenoble adressée à l'abbé de Montreuil sur sa guerison (à la date du i 4 juillet 167 1). Dans cette épître, l'auteur d'Amitiés, Amours, Amourettes, exprime douloureusement ses regrets sur la perte des papiers et poésies de Montreuil, jetés au feu dans un accès de fièvre et de dévotion. Ce fait, peu connu , nous donne à penser que le charmant poëte avait peut-être fait autre chose que des madrigaux adorables; mais, hélas! si les manuscrits restent, les cendres ne parlent pas, et nous ne saurons probablement jamais le nom seulement des chefs-d'œuvre que ce père barbare anéantit dans son délire.

Pélisson, Moréri et d'autres savants biographes or thographient le nom de notre poëte : De Montereul. C'est une erreur : il est peu d'exemples, au XVII*' siècle, où un nom propre ne subisse quelque variante; mais le plus sûr est de se fier au titre même des œuvres, surtout lorsque ces œuvres ont été publiées sous les yeux et par les soins de leur auteur. La première édition des Œuvres de Mathieu de Montreuil parut à

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Paris, chez Charles de Sercy ou Louis Billaine, en 1666, in-12'. Elle fut réimprimée in-12, en 1671, chez Thomas Jolly et Claude Barbin , et, plus tard, chez Ch. de Sercy et Osmond, en 1679 et 1680, in-i 2. Montreuil corrigea lui-même l'édition de i 67 i , et c'est sur celle-ci que nous avons fait cette nouvelle réimpression, en revoyant soigneusement le texte et en retranchant quelques mauvais madrigaux ou vilaines épigrammes, dont les pointes étaient émoussées et sans valeur.

Campenon, en 1807, dans son recueil en deux volumes des Lettres choisies de Voiture, Balzac , Pelisson et Boursault (Paris, Dentu, imprimeur-libraire), a fait une longue place à notre poète en donnant l'hospitalité à la majeure partie de ses lettres en prose et à

I . Les frontispices d'une même édition des Œuvres de Montreuil portent différents noms de libraires. Nous croyons bon de donner ici, comme pièce à l'appui, l'extrait suivant du privilège accordé par le roi en 1666 :

« Par Grâce et Privilège du Roy, donné à Paris le sixième jour de Mars i 666 ; par le Roy en son Conseil, signé Le Gros, il est permis à Claude Barbin, Marchand Libraire à Paris, d'imprimer ou faire imprimer un Livre intitulé : Les Œuvres du Sieur de Montreur , pendant le temps et espace de dix ans, à compter du jour qu'il sera achevé d'imprimer. Et défenses sont faites à toutes personnes, de quelque condition et qualité que ce soit, de l'imprimer ou faire imprimer, vendre et débiter, sans le consentement dudit Exposant, à peine de trois mille livres d'amende, comme il est plus au long porté par ledit Privilège.

« Et ledit Barbin a associé audit Privilège Thomas Jolly, Louis Billaine, Charles de Sercy et Guillaume de Luyne, pour en jouir conjointement, suivant l'accord fait entr'eux, »

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