PREFACE XVII
Montreuil parle dans ses vers : il y a pour lui confusion d'amours comme de pseudonymes ; mais c'est dans la magistrature qu'il semble surtout avoir promené ses bonnes fortunes. » Il est évidemment malaisé , avec la meilleure bonne volonté , en dépit des recherches, de débrouiller la liste amoureuse de Montreuil; mais, bien qu'on ignore les destinataires et les dates de ses missives, elles n'en sont pas moins instructives et du plus vif agrément à parcourir. L'amusant écrivain s'y montre léger, arrogant, voluptueux et pétulant à l'extrême. Une dame lui écrit : «Je vous renvoie ma montre; elle ne va pas assez vite. Je m'en étonne, vu qu'elle vient de vous. » Quelquefois aussi il y est fat ; il fait parade de la beauté de ses dents, qu'il compare à des perles, et s'étonne qu'on fasse trop peu de cas de ses grâces extérieures : car la plupart de ceux qui les méprisent, selon lui, ne sont pas beaux, et tâchent, par ce sentiment bizarre, de se consoler de ce qui leur manque. Dans toutes ses lettres ilest amoureux, «7 en a dans l'aile; mais il possède des façons si différentes d'exprimer sa flamme qu'il ne fatigue jamais et sait plaire toujours. « Ne vous amusez plus à m'écrire de si belles lettres, dit-il à une amie; quand elles ne viennent que de votre esprit, elles ne vont pas à mon cœur. » A une demoiselle il envoie ce billet impudent : « Enfin, j'ay levé vostre jupe de dessous hier, chez le marchand. Je pense que j'ay bien fait, car, de l'hu-
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meurdont je vousconnois, je ne juge pas que vous me la laissiez lever jamais dans vostre chambre. Je ne vous demande point ce que vostre estoffe vous a coûté : il suffit que je n'aie plus rien à vous. Plût à Dieu fùt-il aussi vrai de dire que vous n'avez plus rien à moi ! » — Ne citerons-nous pas encore cette fin de lettre à une dame? Elle est d'un tour charmant. Il veut faire une déclaration; il n'ose, et conclut ainsi : « Je me sens déjà pour vous une amitié si forte qu'entre elle et de l'amour H n'y a que cette feuille de papier, encore est-ce du papier qui boit. » — Sur la fin de sa correspondance, notre galant devient hautain; il a tant croqué de cœurs dans sa vie qu'il fait le difficile. « A vingt ans, écrit-il, je me contentois d'estre le maistre d'un cœur; à vingt-cinq, j'ay voulu m'en faire le roy; aujourd'huy, j'en suis devenu le tyran. » C'est encore dans ses lettres que le poëte se révèle Bibliophile ; il nous apprend qu'il possédait plus de six cents volumes, que Michon (un relieur bien inconnu aujourd'hui) lui a reliés en maroquin noir et rouge.
Montreuil, à Paris, se lia avec la meilleure société. Il ne fit que passer à l'hôtel Rambouillet, mais assez gracieusement pour devenir l'ami de la marquise de Sévigné'; son frère, l'académicien, lui fit connaître
I . On trouve dans ses Œuvres plusieurs lettres charmantes à M™^ de Sévigné.