SATYRE
TiRCis, le plus grand curieux Qu'on ait jamais veu dans ces lieux, Réglé par l'art dont il se pique, Épouse une si rare antique Qu'elle est plus propre, à ce qu'on dit. A son cabinet qu'à son lit.
Que n'ai-jede l'encre bien noire.
Afin de pouvoir avec gloire Tracer ses ténébreux appas Que le charbon n'égale pas!
Ses cheveux touffus que Nature Fit plus bruns qu'une nuit obscure, Et que les soins, l'âge et l'amour, Ont rendus plus clairs que le jour; Ses yeux de qui l'on pourroit dire Qu'ils aiment trop à se produire, Et qui sont si fort enfoncés
Où le bon Dieu les a placés Que, pour juger si leur lumière Cherche d'éclairer son derrière Ou d'illuminer son devant, Il faudroit estre bien sçavant; Ses yeux, qui ne sont point palpables, Qui fuyent le jour en coupables.
Mais dont les regards impuissants Font bien voir qu'ils sont innocents, Ou du moins, ainsi que je pense.
Qu'ils n'ont jamais fait d'autre offense Que d'avoir, en cent lieux divers. Regardé les gens de travers.
Qui pourroit peindre l'écarlate Dont son nez tout autour éclate.
Et qu'on ne peut comparer mieux Qu'au rouge qui borde ses yeux?
Il n'est point de parfaite image De son corps ou de son visage, Et je ne sçaurois rencontrer D'objet propre à luy comparer, Puisque tout l'Univers ensemble Ne produit rien qui luy ressemble, Que Nature a fait son museau Avec un moule tout nouveau ;
Puisque son esprit remarquable A son corps n'est pas comparable, Et qu'il se consume d'ennuy De le voir plus charmant que luy; Puisque l'humeur de cette prude Est encor mille fois plus rude, Au rapport de tous les humains, Que la peau qui ride ses mains.
Sçachez de plus que cette belle A trente ans est encor pucelle, Le tout faute d'un favory, Et que son curieux mary Est, s'il ne souffle la chandelle, En danger de la laisser telle.
POESIES INEDITES