VIII PREFACE
par amour. Il changeait de séjour comme de maîtresse, et s'attardait aussi peu dans une ville que dans un cœur. C'était un homme-colifichet , comme on eût dit au siècle dernier; mais en même temps il avait une allure de mousquetaire empanaché, brave et hardi, portant crânement son épée, — car il était abbé d'épce^, — et courant les aventures comme un Aramis. Son histoire est toute d'amour, comme celle d'une femme : c'est l'histoire d'un papillon papillonnant et bel esprit, qui ne meurt que pour renaître, mais qui meurt amoureusement, languissamment , avec mièvrerie, les yeux noyés de voluptés et voilés de désirs. Aimer et madrigaliser, voilà son unique préoccupation, sa seule ambition. La politique et les cabales le laissent froid et souriant. Sous la Fronde, il aime : c'est toute sa profession de foi ; il n'est ni pour le Roi des Halles, ni pour le Coadjuteur, ni pour Mazarin; il est contre les maris et pour leurs femmes. Que lui importe la guerre civile, à ce sublime égoïste?
L'Amour ne reconnolt ni parents ni patrie. Je ne suis pas cruel , mais je suis amoureux. Qu'on pille dans les champs la niaison de ma mère. Et que tous ses fermiers ne lui payent plus rien. Que m'importe cela? Philis, laissons-les faire : Pourvu que vous m'aimiez, je n'ay que trop de bien.
0 Né avec un esprit amusant et un cœur assez porté
1 . Montreuil nous fournit lui-même ce détail dans plusieurs de ses lettres.
PRÉFACE IX
à la tendresse, dit l'abbé Goujet', étant d'ailleurs d'une physionomie revenante et d'une figure aimable, il plut aux dames; il en fut recherché et ne pensa qu'à les amuser et à se réjouir. Ses lettres peuvent passer pour un journal amoureux, et ses vers, surtout ses madrigaux, éloignés de la versification guindée de tant d'autres poésies de ce genre, sont clairs, faciles, naturels, et renferment ordinairement un joli sens. »
Montreuil est quelquefois peu correct en son style; il est souvent négligé et d'une assez grande hardiesse d'expressions; il dira que « son âme est dédupée des charmes amoureux »; mais en dépit de ces défauts, il sait rester toujours folâtre, aimable et plaisant. On a essayé d'insinuer qu'il imitait Voiture dans ses lettres: il n'en est rien. Nodier, à ce sujet, s'écrie quelque part : « Montreuil a souvent l'élégance de Voiture, mais avec beaucoup moins d'affectations et de manières; la nuance qui les sépare est délicate, mais elle est sensible et vraie : Montreuil, c'est Voiture naïf; il paraît trouver tout naturellement ce que l'autre prend peine à chercher. On croirait queVoiture court après l'esprit et l'esprit après Montreuil. »
Dans la relation du voyage qu'il fit sur les frontières d'Espagne 2 à la suite de Louis XIV, lorsque celui-ci,