Bibliothèque française, t. XVIII, p. 33i
2. Cette Relation du voyage de la cour de France vers les frontières d'Espagne, en l'année 1660, a paru dans un recueil de
X PREFACE
accompagné de Mazarin, alla épouser Marie-Thérèse, il nous donne les plus piquants détails sur une foule de villes, sur les moeurs des pays qu'il parcourt, sur les saillies du Roi et sur les dames espagnoles. Il passe à Avignon, à Nîmes, et parle savamment des antiquités qu'il y rencontre; à Pezénas, il s'attendrit sur le tombeau de François Sarasin; à Narbonne, il s'arrête et admire la fameuse Késurrection de Lazare, par Sébastien del Piombo. Le journal de ce voyage est le plus curieux document à consulter sur les noces de Louis XIV.
Montreuil ne fut pas poëte de profession, ce qui n'est pas un mince mérite; la gloire et les honneurs du Parnasse ne le tentaient que médiocrement. Assez sage pour ne trouver le bonheur qu'au fond de son cœur, il ne l'a jamais cherché dans l'opinion de ses contemporains, et il sut renoncera sa réputation pour son plaisir.
« Ma très-chère sœur en Nostre Seigneur et autrement, écrit-il à sa sœur l'Ursuline, je vous dirois, si je voulois, que, comme vous estes morte au siècle, je le suis aussi au cloistre, et qu'il m'est permis, aussi bien qu'à vous, de demeurer dans le silence envers les gens d'un autre monde; mais ce n'est pas là l'excuse que j'aie
quelques pièces nouvelles et galantes, tant en prose qu'en vers, Cologne, L. du Marteau , i663, in-12.
Ces lettres sont signées : De M. On lésa attribuées faussement à M. de Montigny, l'académicien; mais elles figurent dans les Œuvres de Montreuil.
PREFACE
à VOUS donner franchement (de ne pas vous écrire) : c'est que j'ay envie de passer pour bel esprit et que j'ay ouydire que tous les beaux esprits sont paresseux. On dit que la voye qui mène au Temple de l'Honneur est fort rude. Si j'y pouvois arriver par ce petit escalier dérobé, il me semble que je ne serois pas trop dupe. Pour y parvenir, aux vaillants il coûte la vie ; aux doctes, force veilles; à moy, il ne coûteroit que d'estre oisif, et il se trouveroit que je posséderois à bon marche cette rigoureuse maîtresse qui cause tant de travaux à sa multitude infinie de galants. Enfin, tous les chemins vont à Rome : c'est là celuy que je choisis pour parvenir à la gloire de ce monde. Plût à Dieu qu'avec aussi peu de peine vous puissiez gagner celle de l'autre! «
Notre sceptique abbé se tint parole : il fut toujours paresseux et sensuel. Les affaires de son cœur lui furent toujours plus chères que celles de son esprit, et il avoua avoir toute sa vie mieux écrit pour une femme qu'il aimait que pour un homme qu'il eiàt pu estimer. « La gloire ne me touche pas, écrit-il encore à son ami Ménage; j'aime mieux le repos, quoiqu'il soit obscur et qu'elle soit brillante. Le repos pourtant, c'est mal parler, car je ne suis pas oisif : je veux dire le plaisir. Je ne sçay d'où cela vient, je l'ay toujours aimé, et je ne voy pas d'apparence que je puisse me résoudre à le jamais haïr. Ce n'est pas qu'il ne m'ait joué de fort