‹ Poésies. Augm. de pièces inédites. Publiées avec pref. et notesChapitre 7 sur 24 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

cette correspondance pour comprendre les mille nuances, les délicatesses, les railleries aimables de ce don Juan poëte. Dans ces débris du passé , sous la cendre encore chaude de ces lettres, il y a des étincelles d'esprit, des mots adorables, des petits riens qui éclatent de malice, bagatelles si l'on veut, mais bagatelles lestes et ravissantes. Montreuil, par son originalité, par sa verve cavalière, par ses audaces de style et de langage, n'est pas entièrement de son siècle; il prédit le libertinage de la Régence et annonce la venue des roués; il y a en lui quelque chose du maréchal duc de Richelieu, avec l'enthousiasme en plus et la coquinerie en moins. Il pensait, comme Duclos, que « les femmes les plus honnêtes sont aussi les plus disposées à entendre les choses libres ». Il vante son cœur, — à son époque c'était une vanité à la mode ; — mais, s'il dit vertement ses désirs, s'il ne soupire pas cérémonieusement, si, au rebours des précieuses, il n'est pas dépris de la faiblesse des sens et des impuretés de la matière, on peut dire qu'il possède ce que Saint-Evremond appelait Vhonnêteié des expressions. L'amour, chez lui, est moins un vice acquis qu'une qualité naturelle. Sa vocation est d'aimer et d'être inconstant, et si, selon le mot d'un poëte', les poètes sont les tasses où les femmes

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