LA COLOMBE ET LE PASSANT
De quel climat aimé des fleurs Viens-tu, colombe matinale r D'où viennent ces douces odeurs
Que P-lr '<-'s a'rs ton a>'e ex'] Quel soin t'amène dans ces lieux?
— Mon maître Anacréon m'envoie Vers Bathyllos aux noirs cheveux.
L'enfant, sa tendresse et sa joie, Des cœurs tyran victorieux.
Pour un hymne à lui m'a vendue Cvpris qui prise les beaux vers; Et, depuis, esclave assidue, Je l'accompagne et je le sers.
Je suis sa prompte messagère :
Tu le vois, d'une aile légère Je porte ses lettres d'amour.
Il m'a promis, a mon retour, La liberté ; mais qu'en ferais-je ?
Mon maître dût-il m'aftranchir, Je veux rester et le servir.
Pourquoi loin de lui m'en irais-jc Voler par les monts et les bois, M'abriter sous de noirs feuillages Et me nourrir de grains sauvages ?
Aujourd'hui je mange et je bois Ce que mange et boit le poète :
Le pain que lui-même il émiette, Je viens le prendre dans sa main.
Il me tend sa coupe et son vin; Et quand j'ai bu, tout enivrée, Autour de sa tète inspirée Je vole et joue en liberté, Puis je me pose à son côté Et sur sa lyre je sommeille.
Adieu : qu'on se hâte à présent.
Car tu m'as rendue, ô passant !
Plus bavarde que la corneille.