‹ Poésies (volume 2)Chapitre 58 sur 91 · I. IRONIE · texte numérisé non relu

I. IRONIE

Tu crains le ridicule, ô jeune homme insensé! Autour de toi regarde, interroge les âges :

Partout auprès du Beau boite un masque glacé; 1 I moqué des dieux, des prêtres et des sag

Le Juste sur sa croix n'en fut point respecté; Toujours aux pieds du Bien son rire âpre circule.

Le Mal seul n'est point ridicule!

On s'est raillé de tout, — de Satan excepté!

Laisse-toi donc railler, jeune homme aux divins songes; Crois au Bien, en dépit du lâche et du moqueur; Chante, les yeux levés, l'ivresse où tu te plonges; Noble, ne rougis point d'avoir un noble cœur. Berce tes frais pensers au vent de l'harmonie. Et, comme un arbre en fleur aux bruits mélodieux,

Ouvre tes rêves dans les cieux!

laisse rire à tes pieds la boiteuse Ironie.

Cap sublime! debout sur tes crêtes ardues, J'aime à voir à tes pieds les vagues éperdues

riser, inondant ton granit étemel D'une fumante écume où flotte Farc-en-ciel. Souvent, comme un troupeau de sauvages cavales.

. vois, secouant leurs crinières rivales, Franchir tes blocs d'airain dans leurs bonds orageux, Sur le sol immergé rouler leurs flancs neigeux, Puis s'enfuir, et laisser aux grèves Je leurs plages La perle et les coraux, l'ambre et les coquillages.

Les vierges, les enfants, douce postérité, Vont glanant le trésor par l'abîme apporté.

O poète! cœur jeune, esprit trempé de flamme, Des passions ainsi le flot gronde en ton âme ; Mais que ta lèvre chante, et tu verras, charmé,

les mers de l'oubli rouler le flot calmé, Fuis s'éteindre et laisser après soi sur les sables D'impérissables vers, des chants impérissables.

Inspire de Miçkiéwicz.

Rompu le gourvernail! L'équipage en rumeurs Au bruit des éléments va mêlant ses clameurs. La voile est en lambeaux, la mer est déchaînée; Cables et mats brisés sur la vague acharnée Flottent. La pompe joue. On entend par moments Dans les flancs du vaisseau d'horribles craquements.

L'air rugit. L'albatros au grand vol circulaire Plane seul et des vents brave encor la colère. Présage affreux! là-bas, comme un dernier espoir, 1. 'astre plonge et s'éteint sanglant dans le flot noir.

Et l'ouragan triomphe! et voyez : menaçante, Une forme, du sein de la houle puissante, Apparaît! C'est la Mort! Sur les crêtes de l'eau Elle marche visible et va droit au vaisseau.

Des cris I des pleurs ! — Ceux-ci, que l'épouvante enivre, Roulent pâmés dans l'onde, et l'onde les délivre. Là, c'est un groupe ami plongé dans ses adieux. Celui-ci prie et tombe en regardant les deux.

Quel est ce passager calme sous la tempête? due fait-il à l'écart quand sa tombe s'apprêter Il regarde, il écoute, il rêve... — Heureux celui Qui peut rêver à l'heure où tout sombre sous lui! Mais plus heureux qui peut, des pleins dans la paupière, Lmbrasser un ami, dire à Dieu sa prière !

Imité Je Miçkiéwicz.

HT UDF. S POHTIQUES 14$

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