‹ Poésies (volume 2)Chapitre 59 sur 91 · LA MER CALME · texte numérisé non relu

LA MER CALME

Le vent des nuits, flottant sur ta nappe sereine, Enfle ton onde, ô mer! de sa plus molle haleine. Comme un sein virginal que berce un rêve pur, Belle et calme, tu dors dans ta couche d'azur.

La lune épanche au loin sa lumière tranquille; La voile pend au mât, la vergue est immobile; Le vaisseau dort cloué sur sa quille de fer; L'étoile de Vénus se mire au flot amer.

O mer ! un monstre étrange habite sous ton onde : Il s'y replie et dort tant que l'aquilon gronde; Lorsque le ciel est pur et brille dans tes eaux, Le polype y déroule au soleil ses anneaux.

O poète ! en ton sein est une hydre glacée : Elle y dort quand ton cœur lutte avec ta pensée; Lorsque ton âme est calme et brille sous tes pleurs, L'hydre des souvenirs sort de ses profondeurs!

Inspiré de Miçkiéwicz.

LES DANAlDES

Nous n'aimons plus! Où donc est cet âge vanté, Quand des fleurs nous gagnaient le cœur de la beauté; Quand le nid d'un oiseau, des fruits, le lait des chèvres, Faisaient baisser les yeux et sourire les lèvres?

Les blancs ramiers alors servaient de messagers; Mais, 0 ramiers ! ô cœurs ! les temps vous ont changés. Les hommes sont grossiers, les femmes sont vénales; On préfère au bonheur les voluptés banales : L'une veut ton amour, l'autre veut plus encor; Celle-ci veut des vers; — toutes veulent de l'or I

Dans votre âme sans fond, en vain, ô Danaïdesl J'ai tout jeté, mon cœur, mes chants, mes dons candides. Aujourd'hui, comme vous, je veux d'un sort meilleur : De fou je deviens sage, et de tendre, railleur; Et, bien que j'aime encor l'éclat des noires tresses, Un corps souple, des yeux aux humides caresses, Aujourd'hui, palpitant sous un regard vainqueur, Je vous puis tout donner, tout, — excepté mon coeur!

Inspiré de Miçkiéwicz,

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