L HYMNE D H ARM OD IUS
Sous le myrte et les fleurs vous cachiez votre épée, Couple vaillant, le jour où, vengeant la cité D'Athènes, vous avez, sur sa pourpre usurpée Immolant le tyran, fondé la liberté!
Non, vous n'êtes point morts ! vos âmes bienheureuses De l'H.idès oublieux n'ont point subi l'affront. Vous êtes au pays des Ombres valeureuses, Prés du fier Diomède et d'Achille au pied prompt.
Sous le myrte et les fleurs nous porterons l'épée En souvenir de vous, 6 vengeurs fraternels Dont la main dans le sang d'Hipparque s'est trempée, Et de la liberté releva les autels !
Votre gloire croîtra d'âge en âge, bénie; Votre nom survivra, des siècles respecté : Vous avez, ô héros! tué la tyrannie.
Vous avez, 6 sauveurs! fondé la liberté.
Imité Je Callistratc.
LA l'LECHE ET LE CHANT
J'.ii décoché dans l'air la flèche à pointe d'or; Elle est allée au loin s'abattre sur la terre. Si rapide elle a fui dans sa course ! Que mon regard n'a pu la suivre en son i
J'ai soupiré dans l'air un chant l'ait de tristesse; Bien loin il est allé s'abattre sur le sol. Est-il donc un regard ailé dont la vitesse Puisse à travers le ciel suivre un chant dans son vol:
Longtemps, longtemps après j'ai trouvé dans un chêne La flèche à pointe d'or, enfoncée à demi; Et le chant où mon âme a soupiré sa peine, Vivant, je l'ai trouvé dans le cœur d'un ami.
Imite de Longfcllow.
ÉTUDES POÉTIQUES IÔJ
Tell me, moon, thon pale and grey Pilgrim ot" heaven's homeless way, In what depth ol" night or day Seekest tliou repose now?
SlICLl
Dis-moi, mobile étoile aux ailes de lumière, Qui poursuis dans l'azur ton vol mystérieux. Où va ta course? est-il un but à ta carrière? Cloras-tu quelque part tes ailes dans les deux?
Dis-moi, lune pensive, ô pâle voyageuse ! Cheminant aux déserts du firmament lacté, Dans quelle profondeur obscure ou lumineuse, Olune! cherches-tu le repos souhaité?
Dis-moi, vent fatigué qui vas à l'aventure,
Comme un déshérité sans foyer ni repos,
Est-il un nid secret au fond de la nature,
Est-il un nid pour toi dans l'arbre ou sur les flots?
I0.| I ES i PA VES
Dis-moi, nier tourmentée au murmure sauvage, Qui te plains à l.i nuit, qui te plains au soleil. Par delà l'horizon est-il quelque rivage Où tu doives trouver ton lit et le sommeil?
Et toi, cœur inquiet, plus agité que l'onde. Plus errant que la brise et qu'un rien l'ait gémir. Est-il un lieu béni, dans l'un ou l'autre monde. Où tu puisses, mon cœur, oublier et dormir"
LES SOLEILS 'DE JUItL
A J u les Le mil ois
Come, long sougln !
Su ELLE Y.
Lie soleil, concentrant les feux de s.i prunelle, Incendiait les deux de sa gloire éternelle; Dans les bois, sur le fleuve aux marges de gazon, Et sur les monts lointains, lumineux horizon, Partout, resplendissant dans sa verdeur première, Juin radieux donnait sa tête de lumière.
Sous la forêt et seul, triste enfant des cités. Un rêveur s'enivrait d'ombrage et de clartés
l68 LES ÉPAVES
Sur son front qui fléchit bien que jeune d'année--. Les précoces douleurs, les luttes obstinées. Sillon laborieux, avaient tracé leur pli. Pour l'heure,- il s'abreuvait d'air limpide et d'oubli. Fils d'un siècle d'airain, sans jeunesse et sans rêve, Son âme aux lourds soucis pont un jour taisait trêve ; igs traits il buvait des grands bois les senteurs, Écoutant la fauvette et les cours d'eau chanteurs, Et l'abeille posée aux ramures fleuries, Et l'hymne qu'en son cœur chantaient ses rêveries.
Cependant, par degrés, au vol de ses pensers,
Il sentait s'éveiller l'essaim des jours passés.
I1 étés disparus la fauvette invisible
Disait l'hymne enivrant d'un amour impossible ;
Ses rêves, ses candeurs, les beaux printemps défunts
Sur son front éprouvé secouaient leurs parfums;
Jour à jour, fleur à fleur, effeuillant ses années.
Longtemps il respira leurs promesses fanées;
Et plus il remontait vers ses espoirs éteints,
Plus l'idéal éclat de ses riants matins
Lui montrait froide et sombre, hélas! sa vie austère.
Le soleil, cependant, ruisselait sur la terre!...
Alors, sentant monter les brumes de son cœur,
Ces deuils mystérieux de l'homme intérieur,
Sous les clartés dont l'astre au loin dorait les plaines.
Tranquille, il épancha ses tristesses sereines :
Limpidité des cieux, resplendissant azur. Paix des bois, ô foret qui dans ton sein m'accueilles; Soleil dont le regard ruisselle auguste et pur, Dans la splendeur de l'herbe et la gloire des feuilles;
Nature éblouissante aux germes infinis,
Silence lumineux des ramures discrètes.
Voix qui flottez des eaux, chants qui montez des nids,
Illuminez en nous les ténèbres secrètes !
Dissipez de nos cœurs la froide obscurité, Rayons qui ravivez et fécondez les sèves! Souffles des bois, ruisseaux vivants, flammes d'été, Faites éclore en nous la fleur des premiers rêves !
Nos rêves, où sont-ils!' L'un sur l'autre brisés, Nous les avons tous vus tomber, gerbe éphémère. Chacun de nous, pleurant ses jours stérilisés, Porte en secret le deuil d'une auguste chimère.
Celui-ci dans l'amour et cet autre dans l'art, Ceux-là plus haut encore avaient placé leur vie; Mais, trahi-, par leur siècle, enfants venus trop tard, Eux-même ils ont éteint leur flamme inassouvie.
IJO LES EPAVES
En vain, autour de nous fleurissent les étés, Esprits déçus, cœurs morts, il nous faut nous survivre ! A qui n'a plus l'amour que font les voluptés? Je bois avec horreur le vin dont je m'enivre!
Après la foi, le doute, hélas! et le dégoût. Plus de fleurs désormais, même au prix des épines! De tout ce qui fut cher rien n'est resté debout : Le désenchantement erre sur nos ruines!
Ruines sans passé, néant sans souvenir.
Ténèbres et déserts des jeunesses arides. L'air du siècle a brûlé nos germes, l'avenir Ne doit rien moissonner aux sillons de nos rides.
Chacun, dans le secret de ses avortements, Sans avoir combattu médite ses défaites. Heureux ceux qui sont nés sous des astres cléni Notre astre s'est couché, même avant nos prophètes.
Des désillusions l'ombre envahit les deux. A quoi se rattacher désormais? à qui croire? Le but manque à nos pas : pèlerins soucieux, Sans guide, nous errons dans la nuit vide et noire.
Où sont nos dieux? où sont les cultes immortels? L'art, veuf de l'idéal, s'accouple à la matière; L'esprit cherche, éploré, les antiques autels; Loi, mœurs, toi des aïeux, tout est cendre et pou
Au veau d'or l'athéisme offre un cupide encens; Le tait, voilà le dieu que notre orgueil adore. L'âme et l'amour, vains mots! nous vivons par les sens Eve raille, ô Psyché! l'ardeur qui te dévore.
Plus d'idéale ardeur, plus d'altiers dévoûments, De flamme incorruptible où raviver nos flammes ! Plus d'espoirs étoiles au fond des firmaments ! La nuit inexorable au ciel et dans les âmes!
Qui donc, illuminant le vide ténébreux, Rendra, vivant symbole, un culte à nos hommages? Pour enseigner leur voie aux esprits douloureux. Qui te rallumera, blanche étoile des Mages?
Sont-ils venus, ces jours dont l'aigle de Pathmos Sondait la profondeur de ses veux prophétiques? Le ciel, ouvrant l'abîme aux insondables maux, Va-t-il livrer la terre aux coursiers fatidiques?
Est-ce la nuit sans terme? est-ce la fin des temps? L'homme et le monde ont-ils vécu leurs destinées? Faut-il, croisant les mains sur nos fronts pénitents, Chanter le Requiem des ères terminées?... —
O Christ! ton homme est jeune encor; l'humanité. Rameau qu'ont émondé tes mains fortes et sages, Doit grandir pour atteindre à son suprême été : Ton arbre, ô Christ ! n'a pas donné tous ses feuillages.
Cet idéal humain, type divinisé,
Dont ta vie et ta mort ont prouvé le mystère,
0 maître! parmi nous qui l'a réalisé?
L'homme a-t-il incarné ton Verbe sur la terre?
.Mœurs, famille et cité, tout lui reste à finir; Nous n'avons qu'ébauché ton œuvre sur le monde. Dieu de paix et d'amour, ton règne est à venii ! Pour des siècles encor ta parole est féconde !
Et nous passons. Qu'importe! Empire et royauté Avant nous ont passé, vaine écorce d ; cho
Mais ta pensée en nous fermente, ô Vérité ! L'homme élabore un Dieu dans ses métamorphoses.
Nous passerons : il est des germes condamnés. Eh bien ! consolons-nous, fils des jours transit- D'autres moissonneront nos espoirs ajournés : Des vainqueurs les vaincus ont semé les victoire'!
Abdiquons le présent, mais non point l'avenir; Du sort, résignés fiers, acceptons le partage. Que ceux qui vont s'éteindre à ceux qui vont venir Transmettent en partant leur foi pour héritage!
Tournés vers d'autres jours, effaçons-nous du temps ; Que l'oubli sur nos nom-, répande sa poussière.
1 ciel rde à la terre encor de longs printemps;
irons-nous : après l'éclipsé, la lumière 1
\ r ro MX AI. ES
Les radieux étés après les noirs hivers!... Poète, autour de toi resplendit la nature. Q.ue la beauté du jour resplendisse en tes ver-,! Chante la bienvenue à la race future !
Pourquoi désespérer lorsque tout rajeunit. Lorsque la vie en tout éclate et se révèle ? Pourquoi se lamenter quand l'oiseau sur son nid Dit sa chanson d'amour à la saison nouvelle -
Comment douter du jour eu t.ice du soleil? Comment croire au néant en face de la vie r Brille en nos cœurs, flamboie, astre au regard vermeil ! Monte et palpite en nous, sève qui vivifie!
Nous vieillissons, — au loin, verdissent les épis. Nous gémissons, — ici, la fleur s'ouvre et l'eau coule. Nous nous troublons, — là-bas, sous les bois assoupis, Dans la paix du bonheur la colombe roucoule.
Tout aime à nos côtés, tout sourit, tout renaît; L'air chaud et pur circule imprégné de lumière. Tes ombres, ô poète! ici, qui les connaît ? Chante, espère, éblouis de clartés ta paupière!
La sagesse est d'aimer, la force est d'espérer. D'ombres n'attristons pas le mois brillant des roses Et, détournant les yeux de ce qui fait pleurer, Absorbons-nous, pensifs, dans le bonheur des choses.