‹ Poésies (volume 2)Chapitre 74 sur 91 · LE BENGALI · texte numérisé non relu

LE BENGALI

I l était né dans la rizière

Qui borde l'étang de Saint-Paul.

Heureux, il vivait de lumière, De chant libre et de libre vol.

Poète ailé de la savane, Du jour épiant les lueurs,

II disait l'aube diaphane.

Bercé sur la fataque en fleurs.

11 hantait les gérofleries

Aux belles grappes de corail Et, parmi les touffes fleuries.

Lustrait au soleil son poitrail.

Il allait plongeant son bec rose, Au gré de son caprice errant, Dans le fruit blond de la j.un-rose, Dans l'onde fraîche du torrent.

LKS AUTOMNALES

A midi, sous l'asile agreste

Du ravin au vent tiède et doux,

Ivre d'aise, il faisait la sieste

Au bruit de l'eau sous les bambous.

Puis dans quelque source discrète.

Bleu bassin sous l'ombrage épars, Baignant sa gorge violette, Il courait sur les nénuphars.

Quand l'astre au bord de mers s'incline, Empourprant l'horizon vermeil, II descendait de la colline Pour voir se coucher le soleil :

Et sur le palmier de la grève, Et devant l'orbe radieux, Au vent du large qui se lève, Du jour il chantait les adieux ;

Et la nuit magnifique et douce D'étoiles remplissant l'éther, Il regagnait son lit de mousse Sous les touffes du vétiver.

C'est là que l'oiseleur cupide, Le guettant dans l'obscurité, Eerma sur lui sa main rapide Et lui ravit la liberté.

l82 LES ÉPAVES

Dès lors il subit l'esclavage.

L'n marin, chez nous étranger, L'emmena de son doux rivage Sur mer avec lui voyager.

C'est ainsi qu'il connut la France.

Quand il y vint, le jeuni Vêtu d'azur et d'espérance.

Resplendissait dans sa beauté.

Partout, sur les monts, dans la plaine,

Brillait un ciel oriental :

L'exilé de l'île africaine

Se crut sous son climat natal.

Mais vint l'automne aux froides brumes. La neige au loin blanchissant l'air;

Il sentit courir sous ses plu m Les âpres frissons de l'hiver.

Rêvant à l'île maternelle

Aux nuits tiédes comme les jours,

Il mit sa tête sous son aile.

Et s'endormit, et pour toujours!

C'était un enfant des rizières, liamps de canne et de m Lu proie aux bises meurtrière..

Il mourut plein de son pays.

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