‹ Poésies (volume 2)Chapitre 75 sur 91 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

Il était né, lui, sous un chêne,

Dans un buisson Je frais 1 i Lis :

Le bruit de la source prochaine.

Le souffle embaumé de la plaine Ont bercé ses premiers ébats.

La nature à son brun corsage Refusa les riches couleurs; Modeste et fauve est son plumage; Mais il est roi par son ramage, Roi du peuple ailé des chanteurs.

Du printemps c'est lui le poète.

L'hiver a-t-il fini son cours, Heureux de vivre et l'âme en fête, A la forêt longtemps muette Il dit le réveil des beaux jours.

Ce n'est pas l'ardente lumière Qu'il veut sous des cieux azurés, Mais cette clarté printanière Que verse en mai sur la clairière L'aube rose ou les soirs dorés.

Ce n'est p.is le torrent sauvage Qui parle à son instinct chanteur, Mais le ruisseau qui sous l'ombrage Mêle au murmure du feuillage Son onde an rythme inspirateur.

Quand le muguet de ses clochettes Blanchit l'herbe sous les grands bois Caché dans les branches discrètes, Il remplit leurs vertes retraites Des éclats vibrants de sa voix.

Quand de l'azur crépusculaire Le soir, à pas silencieux, Descend et couvre au loin la terre, Il chante l'ombre et son mystère.

Il chante la beauté des cieux !

Quand d'astres d'or l'air s'illumine, Beaux lys au ciel épanouis, Allant du chêne .1 l'aubépine.

Il charme de sa voix divine Le silence étoile des nuits.

Telle il vivait sa vie heureuse.

Oublieux des jours inconstants;

Et son âme mélodieuse

Versait l'ivresse radieuse

Qui déborde en elle au printemps.

Printemps et bonheur, rien ne dure.

O loi finale! après l'été, L'hiver à la bise âpre et dure; Une cage au lieu de verdure!

Des fers au lieu de liberté!

Un fils de mon île bénie, Poète errant, esprit pensif.

Voyant la muette agonie De ce grand maître en harmonie, Eut pitié du chanteur captif.

Il l'emmena sur nos rivages, Dans l'île aux monts bleus, au beau ciel, Rêvant pour lui, sur d'autres plages, De libres chants sous des feuillages Que baigne un soleil éternel.

Peut-être voulait-il encore Doter nos monts, doter nos bois, Nos soirs de lune et notre aurore, De ce barde au gosier sonore Et des merveilles de sa voix.

Quand cet enfant du Nord prit terre Chez nous, par la vague apporté, Sur notre rive hospitalière, Avec sa voix et la lumière II retrouva la liberté.

Ouvrant son aile délivrée Et fendant l'air, le prisonnier, L'œil ébloui, l'âme enivrée, Vint cacher sa fuite égarée

Dans les branches d'un citronnier;

Du citronnier de la ravine, Où la Source aux rochers boisés Étend sa nappe cristalline :

Frais Eden fait de paix divine, D'ombre et de rayons tamisés.

Autour de lui tout est silence, Onde et fraîcheur, brise et clarté :

Ravi, soudain au ciel il lance.

Avec son chant de délivrance, Son hymne à l'hospitalité.

Il dit la molle quiétude

Des bois, l'air suave et léger,

Et l'astre dans sa plénitude,

Et cette ombreuse solitude,

Si douce aux veux de l'étranger.

Il chante les eaux diaphanes

Où le ciel aime à se mirer;

11 chante.... et l'oiseau des savanes

Se tait, blotti dans les lianes,

Pour mieux l'entendre et l'admirer.

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