C\C^4-11GUE%ITE
i\v voyageur las de la route, Saignant aux ronces du chemin.
Rends l'espérance, ôte le doute; A ses tristesses tends la main.
Ne t*en va pas. Sa vie est sombre; Une lumière est dans tes yeux :
Il sentira blanchir son ombre Sous ton sourire lumineux.
Tous les rêves de sa jeunesse L'un après l'autre l'ont déçu ; Qu'en te voyant, il reconnaisse L'idéal à l'aube aperçu.
Xon ! tout n'est pas leurre et mensonges Sur ce globe où l'homme est jeté :
Du plus suave de ses songes Montre-lui la réalité.
Sa pauvre .une, au bien obstinée, De lutte en lutte, erre au hasard.
L'énigme de sa destinée,
Qu'il la lise en ton clair regard;
Dans cet œil profond et candide.
Bleu diamant de pureté.
Où s'unissent, hymen splendide, L'intelligence et la beauté.
Pour ses illusions fanées Sois le rayon et l'eau du ciel; Rends-lui de ses jeunes années Le chaste rêve originel.
Ce que l'.ime rêve ou devine.
Souvenir ou pressentiment.
Est une promesse divine :
Or, Dieu jamais ne se dément.
C'est lui qui dans nos cœurs allume Les hauts instincts dont nous souffrons I mge ardent qui nous consume, Un jour nous le posséderons.
Cet idéal où tend notre âme Peut se trouver dès ici-bas.
Verrions-nous luire en nous la flamme Si le foyer n'existait pas?
Sois pour ce lils d'une autre terre.
Cet exilé vers toi venu.
La Psyché faite Je mystère Dont s'éprit son cœur ingénu.
Aimer, sourtrir, lutter, attendit, Voilà quel lot lui lit le sort.
Pour ce chercheur stoïque et tendre Sois la main qui conduit au port.
Donne une l'orme à sa pensée, Donne un corps à sa vision ; De sa chimère caressée Sois la blanche apparition.
Sois dans la nuit pour sa paupière L'étoile du bien et du beau ; Affirme à ses yeux la lumière Avant qu'il descende au tombeau.
Sois la sœur, la consolatrice
Qu'attendent ses jours éprouvés; L'âme, la lyre inspiratrice
De ses destins inachevés.
Sois la Muse aux chastes tendresses Qu'en secret il saura bénir :
Acquitte envers lui les promesses Qu'à son passé fit l'avenir.
PAVES
Espoirs déçus I prière vaine!
Ainsi qu'une ombre dans la nuit.
Ainsi qu'un souffle dans la plaine, La vision s'évanouit.
Résigne-toi, poète, oublie Ce dernier rêve de ton cœur.
Souffre et pars. La mélancolie Seule ici-bas sera ta sœur.
Lève-toi, suis ta route austère, Vis pour ton art sous l'œil de Dieu.
Dis aux promesses de la terre Un tranquille et suprême adieu.
N'attends rien de la créature, Rien que l'humaine infirmité :
Le vide, ici; là, l'imposture; I • p irtout la fragilité.
Ne mets dans l'homme et dans la femme [on amour ni ton amitié;
Mais pour tous deux emplis ton .'une D'une intarissable pitié !
Étouffe en toi toute amertume, Sois doux à tes propres douleurs :
L'oiseau lave au ruisseau sa plume, Lavons notre orgueil dans nos pleurs.
Comme un palmier de nos collines, Comme le saule ami des eaux, Aime la brise où tu t'inclines Et qui fait gémir tes rameaux.
Aime l'épine pour la rose Qui t'enivre de son odeur; Refais ta vie et la compose D'apaisement et de candeur.
L'abeille change en ambroisie De l'absinthe les sucs amers; Change comme elle en poésie L'.icre saveur de tes revers.
Songeant qu'ici-bas toute épreuve Doit être une expiation, Dans la coupe où ta soif s'abreuve Bois ta propre rédemption.
Tourne-toi vers la solitude,
Ht, sous la paix des palmiers verts,
bais de toi-même ton étude.
De toi-même et de l'univers.
204 Lus EPAVES
Absorbe-toi dans la nature.
Merveilleux et \ ivant tableau ; Donne ;'i ton esprit pour pâture La contemplation du beau.
Acceptant ces lois impassibles Dont le règne éblouit tes yeux.
Cesse de tes vœux impossibles.
Cesse d'importuner les deux;
lit sans révoltes misérables, Incline enfin ta liberté- Sous les décrets impénétral De l'infaillible Volonté.
Suis ta route, et si tu succombes, Heureux de ton sort accompli, Dors en paix : — l'herbe sur les tombes Pousse moins vite que l'oubli.
LUS A. UTOMNAI.ES 20J
Lji [\C0'R.T ■DE L'OISEoiU C^%?DIrÏL.<AL
L'heure charmante, au vol rapide, au souffle pur.
Le crépuscule ouvrait ses ailes dans l'azur.
L'astre était descendu derrière la montagne,
Ht du grand cap Bernard l'ombre sur la campagne
S'allongeait. Dans la rade, à la crête des flots
Le soleil éteignait l'or de ses javelots;
Et les barques au loin, dans le couchant en flammes,
Comme des cygnes noirs se berçaient sur les lames ;
Et l'ombre des beaux soirs, de la plaine aux coteaux,
Du vallon aux sommets, de plateaux en plateaux
Montait, enveloppant de brunes mousselines
Les ondulations fuyantes des collines;
Et partout, dans le ciel, et sous les bois épais,
L'ineffable silence et l'ineffable paix...
Cependant, des pitons ardus aux pics subli
La lumière expirante illuminait les cimes.
Et des arbres altiers dont nos monts sont couverts,
Molle et vague, dorait encor les dômes verts.
Sur un tamarinier géant dont la racine
lit le vaste feuillage emplissaient la ravine.
Un cardinal, l'oiseau flamboyant, au bec noir,
Se berçait en plein ciel à la brise du soir.
Dans la verte épaisseur de l'arbre au large ombrage
Brillait comme une fleur de pourpre son corsage :
L'écarlate poitrail de l'hôte ailé des bois
Révélait le chanteur que révélait sa voix.
Tourné vers le couchant, enivré de lumière,
Il chantait le soleil dans sa clarté dernière.
Tandis que l'orbe d'or à l'horizon baissait,
Pour le voir de plus haut, plus haut il s'élançait;
Et son bec, grand ouvert, sur le mont et la plaine
Versait l'hymne du soir dont son âme était pleine,
Hymne où le crépuscule, éteignant ses couleurs,
Mêlait aux rythmes clairs ses mourantes pâleur-*:
Et l'ombre se faisait au ciel et sur la terre.
Où de la nuit déjà planait le grand mystère.
Soudain, un coup de feu dans l'azur retentit;
La voix se tut; de branche en branche s'abattit
L'inoffensif oiseau de la foret paisible...
Un chasseur attardé, subitement visible,
Surgit de la ravine. — En ses doigts teints de sang
Palpitait, tiède encor, le chanteur innocent ;
Et la main sacrilège ouvrant la gibecière,
V mit l'oiseau de pourpre ami de la lumière;
LES AUTOM N A LES
Puis, distrait et bc.it, placide meurtrier, Il reprit de la plaine à pas lourds le sentier.
J'étais jeune, oli ! bien jeune encor. Ce drame agi
Entant, m'eut pour témoin. Le souvenir m'en reste,
Aujourd'hui comme alors, vivant et douloureux.
A travers les climats, les jours, les ans nombreux.
De mon passé lointain quand j'évoquais l'histoire,
Ce souvenir toujours attrista ma mémoire.
O révolte du Bien que le cœur seul m'apprit!...
ISn doute amer dès lors entra dans mon esprit;
Ma jeune conscience, à tout jamais blessée.
De pourquoi sans réponse obséda ma pensée.
Pourquoi le Mal?... Pourquoi la mort et la douleur:...
Pour s'étonner du Mal, l'homme d'un lieu meilleur
Est-il donc descendu?... Que voit-il sur la terre?...
Aux triomphes du Mal convive involontaire.
Il s'indigne!... Ici, là, partout, la cruauté!...
De la création absente est la bonté !
Sourde à ses vains soupirs, l'impassible Nature