CE POEME EST DEDIE
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Le poète n'est pas l'enfant gâté de la nature. — Son sort comparé à celui des autres êtres, bêtes et gens. — Préoccupé de l'inconnu comme Hamlet, il est, comme lui, accusé de folie. — Le poète est, de nos jours surtout, une sorte d'Hamlet, un rêveur symbolique. — Allusions à quelques personnages du drame de Shakespeare. — L'exil du poète est demandé par les sages de la cité moderne, comme il l'avait été dans l'antiquité par le divin Platon. — Introduction du philosophe grec parmi les conseillers du roi Claudius. — Hamlet, convaincu d'insanie, part pour l'exil. — L'esprit négatif de la critique opposé à l'esprit affirmatif de la poésie. ■ — Représailles du poète; retour sur lui-même en présence du siècle et des devoirs qu'impose désormais la poésie. — Tristesses du présent; regrets du passé. — Invocation à la muse de la virilité. — Le poète flétrit l'égoïsme individuel et social. — Apostrophe au peuple. — Les services rendus à la civilisation par les poètes. — Moïse et Alcée dans les temps anciens ; dans les temps modernes, Rouget de Lisle, Lamartine et V. Hugo. — Conclusion : -douloureuse mais féconde mission de la poésie.
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Thon, Nature, partial Nature, I arraign; Of thy caprice maternai I complain.
The lion and the bull tliy care hâve found, One shakes the forests, and one spurns theground. Thy minions, kings défend, control, devour, In ail th' omnipotence of rule and power. — But, oh ! thou bitter step-mother and hard, To thy poor, fenceless, naked child — the Bard ! B u R N s .
Voulez-vous connaître le mécanisme de la pensée et ses effets, lisez les poètes. Voulez-vous connaître la morale, la politique, lisez les poètes. Ce qui vous plaît chez eux, approfondissez-le : c'est le vrai. Ils doivent être la grande étude du philosophe qui veut connaître l'homme.
J'il est sous le soleil un être misérable,
Un être au front marqué d'une angoisse incurable,
Un douloureux esprit, un ardent désœuvré.
Un cœur d'amour avide et de bonheur sevré,
52 LESEPAVES
C'est bien ce fou sublime aux chimères troublées, Le fervent sectateur des Neuf Déguenillées. Des humaines douleurs cumulant les trésors, Aux maux de l'âme il joint les misères du corps. Faible et nu, contre lui tout s'arme et le torture. Il t'accuse à bon droit, o marâtre Nature! Quel que soit le limon dont l'a pétri ta main, Le poète, à coup sûr, n'est pas ton Benjamin. Bonne à tous, pour lui seul imprévoyante ou dure, Tu n'as point en souci les peines qu'il endure; Ton âme reste sourde au cri de ses besoins. Chaque être, cependant, est l'objet de tes soins : Le loup a la forêt, le lion son repaire; D'astuce tu pourvus la femme et la vipère; Prodigue aux plus cruels, tu donnas, à leur tour, Sa forte griffe au tigre et son bec au vautour; D'un cuir chaud et velu tu revêtis l'onagre, Et d'un manteau brodé le sénateur podagre ; Dans sa robe de dards s'en va le hérisson; Sûr au moins d'un abri, rampe le limaçon; Quand elle a bu des fruits la sève parfumée, Dans sa cellule dort la guêpe envenimée: Les rem, tes favoris, un globe dans la main. Versent en paix le sang et l'or du genre humain; Le bureaucrate altier vit de réponses rogne-- : L'avocat vend des mots, le docteur vend des drogues; Pour piège et pour lo^is l'araignée a ses fils; Diplomate et renard trament des tours subtils; Le lièvre et le poltron, la duègne et la tortue
Broutent tranquillement leurs feuilles de laitue; Le Juif et le marchand, putois Je la cité, Dans leurs comptoirs infects volent en sûreté; Et tous, bètes et gens, race à qui rien ne pèse. Tout cela dans ton sein, Nature! est à son aise: Ouvrant de larges bras à ta postérité, Tu fus clémente à tous, au poète excepté.
Partiale Nature! aigre et dure nourrice!
Aveugle est ton amour ou cruel ton caprice.
Ht pourtant, si quelqu'un est digne de pitié.
C'est bien ce grand enfant, idiot à moitié,
Qui, pensif et distrait aux pièges qu'on lui dresse,
Incapable de ruse ou de mondaine adresse,
S'en va, les yeux au ciel, donner à chaque pas
Contre une terre hostile et qu'il ne comprend pas.
Pour esquiver du sort les fantasques colères,
Si du lièvre il avait, du moins, les pieds célères!
Comme le daim vaguant dans l'épaisseur des bois,
Fuyant des envieux les féroces abois,
S'il pouvait oublier la meute et ses morsures!
Pour éventrer les chiens les cerfs ont leurs ramures.
Mais les siennes, à lui, sont celles dont l'hymen
l'are les plus grands fronts d'une discrète main,
Celles qu'une Béjart plante au front d'un Molière!
Du superbe Mammon flairant la crasse altière,
Chiens et flatteurs, du moins, ont dos souple et nez fin.
Lui, faute de bassesse, il aura froid et faim.
Sa sensibilité, triste objet de risée,
Comme un vivant sans peau, marche à tout exposée :
Au centuple il subit dans son âme et sa chair
Et l'insulte du sot et l'injure de l'air.
Couronné, comme Hamlet, de sa fierté souffrante,
Il va traînant partout son insanic errante.
O symbole éternel des plus hautes douleurs, Déshérité splendide aux navrantes pâleurs, Ce monde au cœur de fer, que la lyre importune, Jamais ne comprendra ton auguste infortune I
Ne soupçonnant qu'un fou sons ses divins haillons. Les courtisans laquais jappent sur ses talons; Mais le vieux Claudius, fratricide adultère, En tout ceci pressent un sinistre mystère : Des lèvres du rêveur il tombe quelqui foi De ces mots ambigus, menaçants pour les rois, Qui du peuple Midas font die i li oreilles. Depuis lors, il est bruit de choses sans pareilles,