‹ Poésies (volume 2)Chapitre 7 sur 91 · LES %OSES T)E L'OUBLI · texte numérisé non relu

LES %OSES T)E L'OUBLI

1 oète, entre les fleurs Je l'âme il en est une Qui croit aux vents aigus de l'adverse fortune. Quand rêve, espoir, printemps, tout s'est évanoui, Dans le jardin aride où l'âme se recueille, C'est la suprême fleur, hélas 1 que l'homme cueille, Et cette fleur a nom la rose de l'oubli.

Pour nos cœurs dépouillés il est des roses noires. Sur les restes fanés de nos douces histoires, Sur notre rêve éteint dans l'ombre enseveli, Sur nos vœux moissonnés par les heures fatales, Un jour on voit grandir les fleurs aux noirs pétales, Les roses sans parfum, les roses de l'oubli.

Espoir des jours premiers, ivresse printanière,

I.il.is qui balanciez vos fronts dans la lumière, Amour, lys virginal dans l'ombre épanoui,

Promesses qui des ans nous cachiez les ivraies,

O fleurs de notre avril, vous étiez donc moins vraies

Que ces roses, vos sœurs, les roses de l'oubli !

11 vient une heure froide aux angoisses mortelles; Nos amours les plus chers, ingrates hirondelles, Désertent notre toit par l'hiver envahi. D'irréparables fleurs gisent sur nos collines; Tout dort; seule, une voi.x, la voix de nos ruines, Nous dit : « Cueille, il le faut, les roses de l'oubli ! »

Ami, songe à cette heure amère, inexorable. La lèvre ment : notre âme est vide et misérable. Outragé dans tes vœux, par ton espoir trahi, Un soir, cherchant en vain une forme envolée, L'écho te répondra du fond de la vallée : « Séparons-nous; cueillez les roses de l'oubli. »

Eh bien, résigne-toi! sans colère et sans haine, D'une idéale erreur, hélas! subis la peine, Ne maudis point le sort ni ton rêve flétri. De tes espoirs glanant les feuilles dispersées. Ensevelis sans fiel tes ivresses passées : Cueille en aimant encor les roses de l'oubli.

Loi FLEU% T>ES TOWBEoiUX

v>roissez sur nos tombeaux, croissez, ô violettes! Symbole chaste et pur des cœurs inentendus. Versez encor, versez sur nos cendres muettes Vos parfums qui nous ont perdus.

Oh ! vous m'avez trompé, vous aussi, fleurs que j'aime! Un poison m'est venu caché dans votre odeur. J'ai cru respirer l'âme en respirant l'emblème : La femme fait mentir la fleur.

N'importe! autour de moi croissez, 6 violettes! Symbole chaste et pur d'un cœur inentendu. Versez encor, versez sur mes cendres muettes Vos doux parfums qui m'ont perdu.

Et vous, des morts jamais si visitant l'enceinte, Vous heurtez un tombeau qu'a verdi l'abandon, Ne vous détournez plus! venez, cueillez sans crainte La fleur divine du pardon.

*A HE'UMI'hlE

Ji quelque jour ce livre, où ma pauvre âme en pleurs

A la Muse a conté ses plus chères douleurs.

Se trouvait sous vos mains, ouvrez-le : sous le voile

Du symbole, à vos yeux se lèvera l'Étoile

Dont le culte en mon cœur, culte unique et sacré,

A grandi par l'épreuve et par l'âge épuré.

Bien des jours ont passé depuis l'heure fatale

Et bénie où mon rêve en sa grâce idéale

Sous vos traits m'apparut; où, troublé désormais,

J'ai senti que mon cœur se donnait à jamais!

Depuis, j'ai vainement lutté pour le reprendre :

L'inaltérable feu couve encor sous la cendre

De mes espoirs éteints et des jours révolus...

De ces jours d'autrefois ne vous souvient-il plus?

Remontez-y sans crainte, et, comme un lac dont l'onde

Réfléchit d'un ciel pur la pureté profonde,

D'un passé sans remords que j'appris à bénir

Laissez flotter en vous le chaste souvenir. Il ne vous dira rien, rien que ne doive entendre Une àme au seul devoir s'immolant fière et tendre, Qui, sous la main du sort se taisant pour souffrir, De sa douleur du moins n'eut jamais à rougir; Et qui pour soi gardant sa peine et son mystère, Dans ses blancheurs de cygne a traversé la terre.

Aujourd'hui que l'automne aux pensives tiédeurs

A de l'âge en ma veine assoupi les ardeurs,

Que les rêves fiévreux où la raison s'oublie

Ont fait place en mon àme à la mélancolie

Des soleils déclinants, des espoirs envolés;

Comme un long crépuscule au front des bois voilés,

Le souvenir lointain de ma saison torride

Verse un jour pale et doux sur mon présent aride;

Et d'un regard plus calme embrassant le passé,

Je pèse en mon esprit, de tant d'efforts lassé,

Ce monde où j'ai connu moins de fleurs que d'épines.

Une voix, cependant, du sein de mes ruines

Me dit : « Console-toi; du moins ton rêve pur

Ne t'aura pas trompé : si ton ciel est obscur,

Porte plus haut les yeux; l'Étoile inaccessible,

Emblème immaculé d'un amour impossible,

Brille toujours et verse à ton front attristé

Les tranquilles splendeurs de sa sérénité.

Elle t'a tout donné, te donnant sa lumière.

D'une idéale ardeur l'étincelle première

Te vint dans son rayon sur ton front descendu.

A travers les erreurs où ton pied s'est perdu,

Elle a toujours, visible au delà des orages,

Vers le bien et le beau ramené tes hommages.

Symbole de l'amour, non de la volupté,

Son empire sur toi, c'était sa pureté.

Bénis donc l'être cher qui, de ton culte digne,

A traversé tes jours dans ses blancheurs de cygne.

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