‹ PoésiesChapitre 29 sur 48 · LES SOLEILS T)E D\C^I · texte numérisé non relu

LES SOLEILS T)E D\C^I

i-V'uN souffle virgiiiLil le plus aimé des mois Emplit l'air; le lilas aux troncs moussus des bois

Suspend sa grappe parfumée; Les oiseaux sont joyeux et chantent le soleil; Tout sourit; du printemps tout fête le réveil:

Toi seule es triste, ô bien-aimée !

« Pourquoi ces yeux rêveurs et ce regard penché? De quel secret ennui ton cœur est-il touché?

Q.u'as-tu, ma grande et pâle Amie, Q.u'as-tu? Vois ce beau ciel sourire et resplendir! Oh! souris-moi! Je sens mon cœur s'épanouir

Avec la terre épanouie.

« Sur le cours bleu des eaux, aux flancs noirs de la tour. Regarde! l'hirondelle est déjà de retour. Ailes et feuilles sont décloses.

C'est la saison des fleurs, c'est la saison des vers. C'est le temps où dans l'âme et dans les rameaux verts

Fleurissent l'amour et les roses.

« Soj'ons jeunes ! fêtons le beau printemps vainqueur ! Qiiand on est triste. Amie, il fait nuit dans le cœur;

La joie est le soleil de l'âme!

Oublions ce que l'homme et la vie ont d'amer! Je veux aimer pour vivre et vivre pour aimer.

Pour vous aimer, ma noble Dame!

« Loin de nous les soucis, ô belle aux cheveux bruns ! Enivrons-nous de brise et d'air et de parfums.

Enivrons-nous de jeunes sèves!

Sur leurs tiges cueillons les promesses des fleurs ! Assez tôt reviendront l'hiver et ses rigueurs

Flétrir nos roses et nos rêves ! »

Et, tandis qu'il parlait, muette à ses côtés. Marchait la grande Amie aux regards veloutés;

Son front baigné de rêverie S'éclairait à sa voix d'un doux raj'onnement; Et, lumière de l'âme, un sourire charmant

Flottait sur sa lèvre fleurie.

LES JOVKS 'DE JVI'M A Eufrétic L...

CuGÈNE, puisque Juin, le plus feuillu des mois, Est de retour, veux-tu tous deux aller au bois? Ensemble et seuls, veux-tu, sous l'épaisse ramure. Prendre un long bain de calme et d'ombre et de verduie? Viens-t'en sous la forêt de Meudon ou d'Auteuil Ouïr gaîment siffler le merle et le bouvreuil. Vois, ami, le beau ciel! la belle matinée! Tout nous promet sur l'herbe une bonne journée. Qjai te retient? Partons, amis au cœur joyeux, Allons vivre! fermons nos livres ennuyeux! Oublions nos travaux, nos soucis, notre prose! Sur sa tige allons voir s'épanouir la rose ! Dans la mousse odorante où croît le serpolet, Quel bonheur d'égrener des fraises dans du lait, Et, d'un tabac ambré fumant des cigarettes, Assis sur le gazon jonché de pâquerettes.

De discourir de tout, de demain, d'aujourd'hui,

Et du passé d'hier, bel âge évanoui.

Jours si vite envolés de collège et d'études,

Et de nos froids pédants aux doctes habitudes,

Et des maîtres aimés, nos bons vieux professeurs,

Les Ménard, les Duguet, aux sévères douceurs !

Nous nous rappellerons nos longues promenades

Au Pont du Sens, nos bains l'été, nos camarades,

Chers enfants dispersés à tous les vents du sort,

Ceux-là pris par le monde, et ceux-ci par la mort,

Hélas!... Et le silence aux molles rêveries

Alors remplacera nos vives causeries ;

Et des dômes ombreux qu'attiédit le soleil.

Descendra sur nos fronts un transparent sommeil,

Sommeil foit de lumière et de vague pensée;

Et, comme une onde errante et d'un doux vent bercée,

Abandonnant notre âme à ses songes flottants,

Les yeux à demi clos nous rêverons longtemps...

Puis, renouant le fil des longues confidences,

Nous dirons nos travaux, nos vœux, nos espérances ;

Et, tels que dans l'églogue aux couplets alternés.

Deux pasteurs devisant sur leurs vers nouveau-nés.

Nous nous réciterons, toi, ta chère Vendée,

Beau livre où ton esprit couve une grande idée;

Moi, mes chants sur mon ile aux palmiers toujours verts,

Éclose au sein des eaux comme une fleur des mers.

Et tu verras passer dans ces vers sans culture

Un monde jeune et fort, une vierge n.tture.

Des savanes, des monts pleins de mâles beautés.

Et, creusés dans leurs flancs, ces vallons veloutés Où, près des froids torrents bordés de mousse fraîche, Mûrissent pour l'oiseau la jam-rose et la pêche; Un soleil merveilleux, un ciel profond et clair, Des bengalis, des fleurs, joie et parfums de l'air, Tout un Eden baigné de splendeur et d'arôme Où tout est poétique et grand, excepté l'homme !

Puis les oiseaux viendront, gazouillant leurs amours,

A mes lointains pensers donner un autre cours.

Ils diront leurs amours, et moi, sous la ramée,

Comme eux, je te dirai ma pâle bicn-aimée.

Aux longs cheveux plus noirs que l'aile du corbeau,

Aux yeux d'ébène, au front intelligent et beau,

Sa bouche jeune et mûre, et sur ses dents nacrées

Le rire éblouissant de ses lèvres pourprées,

Et sa belle indolence et sa belle fierté.

Et sa grâce plus douce encor que sa beauté !

Alors, adieu mon île et les vertes savanes,

Et les ravins abrupts tapissés de lianes.

Les mimosas en fleur, le chant des bengalis !

Adieu travaux et vers, la Muse et mon pays !

J'aurai tout oublié, radieux et fidèle.

Pour ne me souvenir et ne parler que d'elle !

Je te raconterai — souvenir embaumé ! —

Comment, un soir d'avril, je la vis et l'aimai ;

Comment de simples fleurs, de douces violettes

Furent de notre amour les chastes interprètes;

Comment, un autre soir» à son front j'ai posé

24b POEMES ET PAYSAGES

Des lèvres où mon cœur palpitait embrasé; Comment dans un éclair de volupté suprême, Pressant contre mon sein le sein brisé qui m'aime, Foudroyé de bonheur et me sentant mourir. J'ai crié : « Maintenant, ô mort ! tu peux venir ! »

Mais, vois ! le ciel serein ! la belle matinée ! Tout nous promet sur l'herbe une bonne journée. Viens-t'en! fuyons la ville! Amis au cœur joyeux. Allons vivre ! fermons nos livres ennuyeux I Ensemble et seuls, allons sous l'épaisse ramure Prendre un long bain d'oubli, de calme et de verdure !

Page 1