‹ PoésiesChapitre 32 sur 48 · LE %^VI'H.^LE · texte numérisé non relu

LE %^VI'H.^LE

LARBRE DU VOYAGEUR

frère du palmier, ô svelte ravinale, Sur nos sommets déserts la brise matinale Berce ta large feuille où reluit le soleil; Du sein noir des forêts ta verte tête émerge : La huppe des grands bois, l'oiseau bleu de la Vierge Du jour y guettent le réveil.

Bel arbre, tu te plais au fond des solitudes, Dans les ravins abrupts aux flancs ardus et rudes. Au voyageur errant sur nos monts sourcilleux Tu gardes dans ta feuille une eau qui désaltère. Et, sous l'astre au zénith, la fraîcheur solitaire De ton feuillaçre lumineux.

POÈMES ET PAYSAGES zéj

Dans ma songeuse enfance aux courses vagabondes, Q.ue de fois, égaré dans les gorges profondes, Ou gravissant le morne à mes pas familier, Enivré de soleil, de verdure et de sèves, Je me suis assoupi, l'âme pleine de rêves, Sous ton ombrage hospitalier !

Bel arbre, de la Musc ô verdoyant emblème, Entre tous nos amis de la forêt, je t'aime 1 La Muse comme toi se plaît sur les hauts lieux Aux esprits que du beau la soif divine altère. Elle offre, avec l'oubli des peines de la terre. Le rêve où revivent les cieux !

266 rOÈMES ET PAYSAGES

L-' E leurs cercles bruyants où tout est faux et vide duand j'ai, silencieux, longtemps subi le poids, Esprit malade, esprit de solitude avide. Comme un oiseau blessé, je m'enfuis vers les bois.

Là, tout est doux et grand, rien n'irrite et ne pèse; Je m'abreuve de calme et de recueillement. Les bois me sont amis 1 leur charme qui m'apaise Endort de mes pensers l'amer bouillonnement.

Là, sous le ciel tranquille, et voilé d'ombres douces, Dans l'herbe assis au pied du chêne ou du bouleau, Abrité sous un nid de silence et de mousses. J'écoute à moi venir les murmures de l'eau.

Là, j'écoute parler la brise avec la feuille; L'oiseau cause avec l'arbre et l'onde avec la fleur. Là, seul avec moi-même et leur voix qui m'accueille. Mon front se rassérène et je deviens meilleur.

L;i, j'oublie et les jours et l'homme et ses mensonges, Mon âme à l'idéal s'ouvre avec volupté. Là, je rêve et je vis 1 la beauté de mes songes Me voile les laideurs de la réalité.

L'.îme s'aigrit et saigne au spectacle des haines Dont ce monde, ô chanteurs ! blesse vos doux esprits ; Mais pour les cœurs souffrants tes brises et tes chênes, Maternelle Nature, ont des baumes sans prix I

Eh! qu'importe ce monde! Isolé dans ma peine. Je suivrai jusqu'au bout mon douloureux chemin. De doutes et d'aigreurs si ma coupe est trop pleine, Nature! Je viendrai la verser dans ton sein.

Alors comme aujourd'hui, tu berceras, ô mère! Sur tes herbes en fleur mes stériles dégoûts; Alors, pour endormir ma fiévreuse chimère. Je n'aurai qu'à poser mon front sur tes genoux.

Alors comme aujourd'liui, dans le calme des choses Je noierai mou esprit, je tremperai mon corps; Alors ton ciel clément, tes oiseaux et tes roses M'abreuveront d'oubli, de senteurs et d'accords.

Alors comme aujourd'hui, dans ta haute harmonie. Dans tes eaux, dans tes bois pleins de chastes pensers. Dans ta sérénité, Nature I sois bénie Pour les apaisements que tu m'auras versés !

L'0%GUEIL

iMaiige, vautour, c'est la chair J"uii brave !

MiCHELET .

IvEEUGE des grands cœurs, abri des nobles âmes,

O bouclier trempé dans les pleurs et les flammes,

Toi dont l'ange tombé dans les goufi'res brûlants.

Vaincu, mais indompté, couvrit ses larges flancs;

Cilice de l'archange, ô douloureuse armure.

Orgueil! voix qui jamais ne se plaint ni murmure;

Orgueil! austère ami des vaincus glorieux.

Toi dont la main, séchant les larmes dans leurs yeux,

Les relève et les montre à la foule étonnée

Plus grands que leur détresse et que la destinée;

Des victimes du sort sombre consolateur.

Le vulgaire hébété te hait ! — Adorateur

Des faux dieux, esprit fait pour ramper sous un maître,

Devant ton mâle front que rien n'a pu soumettre.

Il s'étonne, il s'irrite; esclave abject et bas.

Il te maudit, Orgueil! toi qu'il ne comprend pas.

Qu'importe? c'est la vie, ô puissant Prométliée!

Le monde en toi toujours ne doit voir qu'un athée.

Des tyrans de l'Olympe instrument odieux,

Que le féroce oiseau des féroces faux dieux

A te hacher les chairs, à te manger le foie,

Stupide punisseur, trouve une horrible joie ;

Que l'inepte vulgaire, au spectacle appelé,

Joj'eux, batte des mains à l'égorgeur ailé,

Q.u'importe? il est des cœurs qui te peuvent comprendre :

A t'insulter jamais ils ne sauraient descendre !

Par la vie éprouvés, ils savent que les croix

Et les gibets sont faits pour les prophètes-rois.

Pour ces libérateurs qu'une tourbe stupide.

Se vengeant des bienfaits, crucifie ou lapide;

Ils savent trop la vie, et l'homme, et son penchant

A servir, — plus servile encor qu'il n'est méchant ! —

Pour ses martyrs toujours couvant d'aveugles haines.

Toujours léchant la main qui le rive à ses chaînes !

Ils ont vu de trop près, du sceau des rois marqués.

Ces gras troupeaux des cours dans leur fange parqués.

Race aimant sa bassesse et portant enivrée

La pourpre de sa honte et l'or de sa livrée !

O misère de l'homme ! abîme qui confond !

Ils ont vu de trop près ces lâchetés sans fond.

Ces hontes dont jamais tu n'as subi l'empire,

Ils en ont trop souffert. Orgueil! pour te maudire.

Il est des cœurs encore et des esprits altiers Qui de la servitude abhorrent les sentiers.

Qu'un invincible instinct porte en haut ; fils des aigles,

De l.i Liberté seule ils reçoivent des règles.

L'air d'ici-bas les tue; il faut à leurs poumons

L'atmosphère sereine où plongent les grands monts ;

Libres comme la mer, les airs, les cieux sublimes.

De l'idéal humain ils habitent les cimes ;

Aimants autant que fiers, la sainte Humanité

Dans leur poitrine ardente a toujours palpité;

Et, quel que soit le sort, ou f;ital ou prospère,

Ils l'invoquent debout : Dieu pour eux n'est qu'un père!

Plutôt que l'esclavage acceptant le trépas,

On les brise, on les tue, on ne les courbe pas 1

Ils aiment le génie et ces fronts ceints d'épines

Ilxpiant sur la croix leurs chimères divines;

Et, devant les bourreaux de sang rassasiés.

Ils proclament divins ces grands suppliciés !

Souvent alors, souvent ivre et folle de rage,

La foule en les frappant croit punir un outrage;

Ils tombent, et la mort, dans leur cœur indompté,

Ne lit qu'un mot gravé, — ton nom, ô Liberté!...

Ces cygnes de haut vol, ces sereines figures.

Quand s'ouvrent dans les airs leurs blanches envergures,

Sont d'en bas salués de haineuses clameurs;

Des fétides marais le peuple entre en rumeurs,

L'oiseau des basses-cours, la volatile immonde.

D'instinct maudit en eux les insoumis du monde. ,

Insultez!... je comprends vos cris injurieux :

Ceux-là ne servent point de vautours aux faux dieux !

L'^in3%E FOUGÈ%E

In alta solitudine.

J E sais, dans ma foret natale, Un arbuste, enfont des hauts lieux Fière est sa tige orientale, Fier son feuillage harmonieux.

Verte et voisine des nuages, Sa tête, dans le bleu des airs.

Fleurit sur les cimes sauvages Comme la grâce des déserts.

Des rochers d'où sa flèche émerge.

Jusqu'au ciel il porte la voix Du furtif oiseau de la Vierge Et du merle ami des grands bois.

Les pleurs dont sa palme est mouillée, Sont tombés du nuage errant; Jamais sa feuille n'est souillée Par l'eau fangeuse du torrent.

Sur les pics, en pleine lumière, Debout sur les gouffres béants, Sa tige dans sa grâce altière Croit au milieu d'arbres géants.

C'est le roi svclte des arbustes.

Couronné de grappes de fleurs.

Son front, du sein des bois robustes, Monte et flotte au niveau des leurs,

Près de ces arbres centenaires

A le voir fleurir, on dirait

Uu frère auprès de ses grands frères,

Le Benjamin de la forêt.

L'air est tranquille et sans nuages Sur ses beaux rameaux éployés.

Loin sous lui roulent les orages; Leur voix ne passe qu'à ses pieds.

A ses pieds la brise légère, Douce habitante du rocher.

Fait monter la senteur amère De l'ambaville et du pécher.

A ses pieds où les palmes douces Balancent l'ombre et la fraîcheur, L'herbe jeune, les tendres mousses Font un lit vierge au voyageur.

A ses pieds l'arôme des plaines, L'éclat mol et tiède des cieux, Le bruit des chutes d'eau lointaines.

Tout repose l'âme et les yeux.

Et l'on s'oublie à son ombrage; Et, levant un front plus léger, On part, bénissant le feuillage De l'arbre ami de l'étranger.

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