A DANIEL STERN
Cet arbre à la flèche élancée Qui croît sur le mont paternel.
Comme une sereine pensée Qui de la terre monte au ciel;
Ce bel arbre au vert diadème.
L'orgueil et l'amour de nos bois, C'est un symbole et votre emblème :
Je pense à lui quand je vous vois.
Vous aussi, des cités poudreuses Vous fuyez les bruits indiscrets :
Vous aimez les cimes ombreuses, Le grand silence des forêts.
Dans une haute solitude Abritant vos jours éprouvés, Pour l'art sévère et pour l'étude Avec la Muse vous vivez.
Dans votre retraite choisie, Sur vos lauriers aux rameaux verts.
L'oiseau bleu de la poésie Descend et vous chante des vers.
Vous lisez Shakspeare et Virgile, Gœthe et Dante au verbe d'airain.
Tacite à votre main virile Parfois a prêté son burin.
Ouverte à toute œuvre sentie.
Votre âme, à qui rien n'est voilé, Sait accueillir comme Hypatie La Science au front étoile.
Votre muse patricienne Du peuple a compris la grandeur; Votre foi, poète, est la sienne, Et votre cœur entend son cœur.
Gardant la chaleur, non les flammes D'une époque aux songes épais, L'orage qui gronde en nos âmes Ne vient plus troubler votre paix.
Sans fiel, sans passion farouche.
Vous enseignez la Liberté; Pour convaincre, sur votre bouche Dieu mit la sereine équité.
Vous sondez d'un regard paisible Les noirs problèmes du présent, Et votre esprit juge, impassible, Les cris d'un monde agonisant.
Voyant par delà les années
Ce que l'homme un jour doit bénir,
Vous saluez les destinées
Que porte en ses flancs l'avenir.
Ehl qu'importent ces clameurs sombres D'un siècle aveugle et furieux !
Des temps nouveaux sur nos décombres Blanchit le jour mystérieux.
Qu'importent ces victoires vaines, Succès d'un jour! fruit avorté!
Il n'est de conquêtes certaines Que dans tes rangs, ô Vérité !
Qu'importe en ces temps d'aventure Si le fait trahit la raison ! Partout de la moisson future Le bon grain lève à l'horizon.
Et vous comptez sur les années, Et du vrai méditant la loi, Fidèle aux causes ajournées, Dans l'avenir vous avez foi.
Et, calme en cette solitude, Abri de vos jours éprouvés.
Des hauts espoirs faisant étude.
Avec la Muse vous vivez!
LES SOLEILS 'DE SETTED^CBllE
Oous ces rayons cléments des soleils de septembre Le ciel est doux, mais pale, et la terre jaunit. Dans les forêts la feuille a la couleur de l'ambre; L'oiseau ne chante plus sur le bord de son nid.
Du toit des laboureurs ont fui les hirondelles; La faucille a passé sur l'épi d'or des blés; On n'entend plus dans l'air des frémissements d'ailes : Le merle siffle seul au fond des bois troublés.
La mousse est sans parfum, les herbes sans mollesse ;
Le jonc sur les étangs se penche soucieux ;
Le soleil, qui pâlit, d'une tiède tristesse
Emplit au loin la plaine et les monts et les cieux.
Les jours s'abrègent; l'eau qui court dans la vallée N'a plus ces joyeux bruits qui réjouissaient l'air : Il semble que la terre, et frileuse et voilée, Dans ses premiers frissons sente arriver l'hiver.
O changeantes saisons! ô lois inexorables! De quel deuil la nature, hélas! va se couvrir! Soleils des mois heureux, printemps irréparables, Adieu ! ruisseaux et fleurs vont se taire et mourir.
Mais console-toi, terre! ô Nature! ô Cybèle! L'hiver est un sommeil et n'est point le trépas : Les printemps reviendront te faire verte et belle; L'homme vieillit et meurt, toi, tu ne vieillis pas !
Tu rendras aux ruisseaux, muets par la froidure. Sous les arceaux feuillus leurs murmures chanteurs; Aux oiseaux tu rendras leurs nids dans la verdure ; Au lilas du vallon tu rendras ses senteurs.
Ah! des germes captifs quand tu fondras les chaînes, Quand, de la sève à flots épanchant la liqueur. Tu feras refleurir les roses et les chênes, O Nature! avec eux fais refleurir mon cœur!
Rends à mon sein tari les poétiques sèves, Verse en moi les chaleurs dont l'dme se nourrit. Fais éclore à mon front les gerbes de mes rêves. Couvre mes rameaux nus des fleurs de mon esprit.
Sans l'ivresse des chants, ma haute et chère ivresse. Sans le bonheur d'aimer, que m'importent les jours ! O soleils! 6 printemps! je ne veux la jeunesse Q.ue pour toujours chanter, que pour aimer toujours !